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Vous en parlerez à votre cheval...
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21 mai 2013

Vacances - seconde partie : l'abbaye de Senanque

En fin de journée, c'est à l'abbaye de Senanque que nous nous sommes rendues. Une abbaye encore occupée par une communauté de neuf moines, âgés de 28 à 70 ans. Ces bâtiments sont un véritable bijou d'architecture romane. Le dépouillement cistercien donne à voir la beauté pure du travail de la pierre. Les voûtes, les colonnes du cloître, les murs d'une blancheur immaculé. Un endroit véritablement apaisant, que l'on aurait voulu ne jamais quitter.

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22 janvier 2013

Rien ne nous survivra. Le pire est avenir.

Rien ne nous survivra fait l'effet d'un coup de matraque sauvagement asséné sur le crâne. J'avais lu le tout début il y a près de deux semaines, et, gênée par l'alternance des points de vue à la première personne ainsi que par la violence qui se dégageait des premières pages, j'avais mis le roman de côté. Finalement, mon retour de Caen hier aura eu raison de mes réticences. En deux soirs, j'ai littéralement dévoré les quelques centaines de pages du livre de Maïa Mazaurette (qui est, paraît-il, connue, mais que je ne cite que pour conserver l'équilibre et le rythme de ma phrase).

Rien ne nous survivra

Le contexte est simple : les jeunes se sont révoltés, et ont décidé d'éradiquer les vieux. Ainsi, le roman commence deux ans après le début de la révolte ; la guérilla des jeunes a détruit Paris, les vieux campent sur leurs positions au Nord et les jeunes ont pris possession de la Rive Gauche. La limite d'âge : vingt-cinq ans.

Je viens de lire quatre ou cinq critiques et commentaires sur ce livre, et tous abordent un point précis du roman, mais jamais le même. L'un s'attarde à débusquer la signification de l’œuvre, l'autre sur la narration, un autre encore sur la relation entre les deux protagonistes. Que l'on soit clair : je n'ai pas cherché la moindre critique de la société dans ce livre. Classé en SF, empiétant sur le territoire du fantastique, je l'ai pris pour une histoire. Horrible, atroce, d'une violence inouïe, certes, mais une histoire quand même.

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J'ai fini par m'habituer à la narration en points de vue alternés. Deux personnages, deux snipers, Silence et l'Immortel. Autant vous le dire tout de suite : le sniper rejoint dans mon imaginaire de midinette l'archer. Et pourtant, les deux personnages autant l'un que l'autre sont absolument terrifiants, quand on y pense.

Meurtres, assassinats, raids ; les cadavres s'entassent, les blessures pourrissent, les rats pullulent, la faim et la mort rôdent. Paris est calcinée. On pensait avoir cerné le décors. Puis s'ajoutent aux deux voix, une troisième, impersonnelle, celle de la Théorie. Parce qu'il faut une idéologie à une révolution. Et l'on nous parle des débuts de la révolte. Des parricides en masse. Un certain choc, voire un choc certain, écarquille les yeux du lecteur à ces lignes. Puis la lecture se poursuit.

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Ce qui m'a fait tenir ? Le meilleur. Silence. On imagine, sans trop réfléchir, un garçon. Puis le doute s'installe, quand l'Immortel précise que personne ne sait s'il est féminin ou masculin. Ma lecture avance au fil des pages, cherchant l'indice grammatical, le petit accord, qui trahira le sexe de l'énigme Silence. Mais en vain. Et ses relations n'aident guère : amitié qui pourrait être plus avec Vatican, experte en renseignements, et l'obsession amour-haine-désir sadomasochiste que lui voue l'Immortel.

Les courses poursuites dans les bâtiments en ruines, sur les toits, dans les rames désertées du métro ont parfaitement satisfait la midinette qui est en moi, que l'intrigue sentimentale a fini par décevoir. Mais il en fallait plus pour détrôner Silence en mon esprit. La classe incarnée. Malgré les horreurs perpétrées par son bras, ses idéaux le placent au-dessus de la mêlée, qui finit par devenir semblable à ceux qu'il ou elle combattait. Un petit côté Sa Majesté des mouches, qui m'avait bien traumatisée à l'époque.

Pour résumer, un récit qui ne fait pas dans la dentelle, à la démesure de plus en plus folle, au rythme soutenu, dont le style quasi-répétitif lancine autant que les bombes qui tombent sur Paris. Amoral. Cathartique, presque.



PS : les deux photographies sont de Sven Fennema.

 

19 février 2013

Il y eut un soir, il y eut un matin

Bientôt une heure du matin, la ligne 13 est bondée. Elle quitte les souterrains, s'élève vers le ciel, s'envole, fuit, file au-dessus de la Seine. Le ciel est bleu roi, les étoiles scintillent, les satellites clignottent. La Seine est noire, et les lumières de la ville s'y reflètent comme d'immenses flammes dorées.

Huit heures du matin, le jour se lève sur Asnières. De mon quatrième étage, les immeubles, les toits des maisons, les grues se découpent sur le ciel poudré. Rouge, orangé, rose, mauve, bleu, blanc se dégradent, se mèlent sur la toile infinie du firmament. Les Anciens imaginaient un bol retourné sur le plateau de la terre, mais il s'agit d'une grande surface plane, sur laquelle les astres laissent libre cours à leur imagination.

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Quand la 13 s'élève à nouveau au-dessus de la Seine, en sens inverse, se précipitant vers le gouffre des tunnels parisiens, les tours de la Défense se dressent dans le brouillard d'un petit matin glacé, le soleil levant illuminant tout de ses rayons éblouissants. La Seine luit doucement en contrebas, brune et boueuse, noyant les arbres et les quais trop bas.

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Sept heures du soir, j'arrive sur le campus de Caen par le haut. J'ai décidé de changer mon itinéraire. Du haut de ce champ de Mars universitaire, les pelouses noyées dans l'obscurité inquiètent. Mais le ciel, de plus en plus sombre, laisse voir la ligne verte du soleil couchant. Au-dessus de ma tête veille le quart de lune. Devant mes yeux, guidant mes pas, les derniers rayons faiblissent. J'accélère, je coupe par la pelouse, la terre meuble s'enfonce sous la semelle de mes chaussures. Quand j'arrive dans ma chambre, il fait nuit. Le campus s'est tu.

Ce matin, huit heures, les pelouses sont blanches, givrées comme des confiseries. Les cloches sonnent à l'église Saint-Pierre, ou est-ce une autre ? Les oiseaux s'éveillent, le soleil paraît, lentement, derrière les immenses bâtiments blancs.

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Tous les jours, je vois le ciel, la lumière, et tous les jours j'admire cette infinie palette de couleurs, cette variation qui jamais ne se lasse, jamais ne me lasse. Renouvellement incessant. Emerveillement tous les jours renouvelé.

22 août 2012

Curiosity Shop

Curiosity Shop - 2, Au-dessus de la mêlée

Titre Curiosity Shop, tome 2 "1915 - Au-dessus de la mêlée"

Scénaro : Teresa Valero
Dessin : Montse Martin
Couleurs : Montse Martin & Gabor

Editeur : Glénat (2012)

Le récit s'ouvre sur un conte, que le narrateur coupe avant la fin : extrait des Mille et une nuits, Shéhérazade voit le jour se lever et se tait ; le bonhomme au chapeau melon en fait autant, au grand dam de ses auditeurs. Max, jeune fille en fleurs et pour le moins intrépide, en fait partie.

L'histoire se déroule en Espagne, alors que la première guerre mondiale fait des ravages. L'Espagne est neutre, mais cette guerre est sur toutes les lèvres et la contrebande est florissante. Dans ce décors particulier s'ouvre une chasse au trésor. Antiquaires louches, pas forcément recommandables, partent à la poursuite de la table de Salomon, au cœur du conte d'ouverture. Max, qui aide Luna, une vieille dame, à tenir sa boutique d'antiquités, refuse de rester à s'ennuyer à Madrid et part elle aussi pour Tolède, sur les traces de ce trésor légendaire.

Le dessin n'est pas désagréable, quoiqu'assez classique, et grandement mis en valeur par la couleur. La narration très dynamique, voire haletante à certains moments, nous fait suivre avec avidité les aventures de Max et des autres. Les quatre principaux personnages sont très attachants, tous à leur manière, et leur part de mystère ne fait que leur donner plus de force.

En achetant cet album (que j'ai choisi – je ne le cache pas – pour sa couverture à la Muscha), je ne pensais pas que ce serait si bien. Maintenant, je n'ai plus qu'une envie : savoir la suite ! Et le petit côté Indiana Jones au féminin qui s'en dégage n'est pas pour me déplaire, au contraire.

PS : je n'ai découvert qu'en rédigeant cet article qu'il s'agissant d'un deuxième tome. Ce fait ne m'a absolument pas dérangée pour la compréhension de l'histoire, même s'il est fort probable que certaines petites bizarreries trouvent leur explication dans le tome un.

Curiosity Shop

22 août 2012

La Douce

La Douce

Titre La Douce (oneshot)

Auteur : François Schuiten

Editeur : Casterman (2012)

Cette histoire, c'est celle d'un mécanicien, Léon Van Bel, presque amoureux de la locomotive qu'il conduit, la 12.004, qu'il a surnommé "la Douce". Locomotive à vapeur, cela va sans dire. Mais peu à peu, l'électricité remplace la vapeur, et les téléphériques se chargent désormais du transport des marchandises et des voyageurs. Les locomotives partent pour la féraille. Et ça, Léon, ne peut l'accepter : sa Douce, c'est toute sa vie.

Une très belle histoire aux accents réalistes - j'ai fini par comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un récit historique quand sont apparus les téléphériques et les mystérieuses innondations - qui nous emmènent dans l'Histoire (avec un grand H) du chemin de fer. Parce que la locomotive 12.004 a existé.

Le récit est captivant, le personnage de Léon émouvant, et le graphisme de François Schuiten, comme toujours, envoûtant ! Paysages et architectures sont à couper le souffle. Et certains passages font rêver, dont une traversé du pays en voyageurs clandestins à bord d'une cabine de téléphérique. Le côté cabane improvisée a un petit quelque chose de La Tempête (de Florence Seyvos et Claude Ponti).

Bref, un délicieux mesclun d'Histoire, de train, de science-fiction et d'aventure, servi avec son superbe graphisme noir et blanc.

La Douce

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30 juillet 2012

Secret Garden (K-Drama, le retour !)

Plus d'un mois sans poster, et voilà que je reviens pour vous parler d'une nouvelle guimauve à la mode coréenne ! Je vais définitivement vous faire fuire, mais qu'importe : je n'ai pas grand chose de mieux à vous raconter en ce moment.

Il semblait que j'avais abandonné les séries coréennes, j'avais l'impression d'en avoir fait le tour malgré leur nombre impressionnant. Mais en réalité, il n'en était rien. Un brin de curiosité, un peu d'ennui, un soupçon de devoirs à rendre à la fac, et j'étais repartie pour une saison complète !

Secret Garden (KDrama)

Pour me remettre dans le bain, j'ai opté pour la comédie sentimentale clicheteuse et collante de sucre. Mais comme j'ai ri et pleuré, je n'ai pas regretté mon choix. Et sans compter que j'ai trouvé cette série carrément "osée" à côté de celle que j'ai déjà vues ! (Attention, point de méprise sur ce point : j'entends par "osée" la présence de plusieurs baisers et quelques allusions. La plupart du temps, on est content d'avoir une embrassade et un faux baiser de cinéma à la toute fin.) Bref, passons.

L'histoire est toujours plus ou moins la même : un riche héritier, une fille de rien (bon, là, elle est cascadeuse, c'est la classe, mais elle est pauvre), un concurrant, une garce jalouse. Sauf que là, le concurrant se bat plutôt pour récurrer son ancienne amoureuse et que la garce n'est pas vraiment une garce et qu'elle n'est pas jalouse. En fait, l'amoureux transi n'est pas dans le carré central.

Et petite nouveauté incongrue : ajoutez un brin de magie, qui a pour effet de faire échanger leurs corps aux deux protagonistes, dès qu'il pleut. En découlent des situations drolatiques et des images encore plus clichées. Mais ça ne me dérange pas. La série n'est pas centrée uniquement sur ça, et l'alternance des changements est rythmée correctement. C'est sans doute ce qui rattrape l'ajout scénaristique téléphoné de l'accident d'acsenceur et de la grosse coïncidence qu'on voyait venir dès le début.

Et j'oubliais la mère du richard, mégère absolument hystérique et insupportable. C'est à cause d'elle que le happy end n'est pas complet. Je lui en veux.

PS : d'autres posts à venir bientôt, j'espère.

25 mai 2012

Biarritz

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L'averse nous cueille alors que nous arrivons à peine au sommet du Rocher de la Vierge. La pluie est drue. Au bas de la roche, les surfers ont bien du mal à trouver la vague. Nous trouvons refuge à l'église, où le silence et l'atmosphère nous font oublier le déluge qui sévit dehors. Le parapluie de Marion en est tout retourné !

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27 janvier 2011

Arietty

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Des couleurs à couper le souffle, un décors où l'on a envie de se réfugier, pour ne jamais en partir, des personnages de contes et légendes, mais auxquels on finit par croire malgré tout... Les raisons d'aimer ce film sont multiples. Mais je crois que c'est vraiment ce décors sublime, aux couleurs par centaines, avec fouillis végétal, fleurs sauvages, intérieurs douillets, qui m'a vraiment séduite.




Je ne ferai pas de résumé, pour ça, allez voir par là. Et je pense même que je n'en dirai pas davantage. Ce film est à voir pour le plaisir des yeux. Et pour la jolie histoire.

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Est-ce que cette chambre ne fait pas rêver?

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21 février 2011

Les Femmes du 6ème étage

Quand nous sommes partis pour le cinéma, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. J'avais certes lu une critique pas trop mauvaise, mais j'ai pour habitude d'éviter de me fier aux critiques. Pour tout dire, j'y allais surtout pour Fabrice Lucchini, que j'ai appris à apprécier.

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Ouverture sur une scène de réveil, sous les toits parisiens : la journée commence pour les bonnes qui y logent. En descendant chez les bourgeois, la radio nous met au parfum, l'histoire se passe sous De Gaulle.

Un scénario cousu de fil banc, dont j'ai espéré à chaque minute qu'il allait me surprendre, mais qui préférait la simplicité de l'histoire convenue. Qu'à cela ne tienne, si le récit manque de piment et d'imprévu, il ne manque pas d'épices et de sel. On entre dans le film sans s'en rendre compte, et lorsque le générique de fin apparaît, nous nous levons avec un sourire jusqu'aux oreilles.

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Des scènes drôles, malentendus, gaffes ; une ambiance bon enfant qui allège le cœur et éclaircit le ciel gris de ce triste mois de février. Et pourtant, ce film fait s'entrechoquer deux mondes radicalement différents.

Tout là-haut, perché au sixième ciel, le monde haut en couleurs et en douleurs des bonnes espagnoles, qui arrive du pays chacune avec ses rêves et ses blessures. En dessous, l'univers des bourgeois, engoncés dans une vie qu'ils n'ont pas forcément choisie.

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Ce n'est pas pour l'histoire qu'il faut voir le film, mais pour ses acteurs, tous excellents. Lucchini est loin du personnage extravagant que l'on connaît, et les actrices espagnoles, chacune dans son personnage, sont réjouissantes.

Il y a des clichés, mais ils ne sont pas lourds. Il y a de la guimauve, mais c'est trop bon.

18 octobre 2010

Content pour rien

Des néons au milieu d'une foultitude d'instruments bizarres et brillants, des verres, des bouteilles, des tôles. N'étions-nous pas censées voir (écouter) de la musique de cour japonaise ?

orgue_a_bouche___petit_modele__refEn fait de musique de cour, nous avons eu un morceau interminable interprété à l'orgue à bouche, une espèce d'harmonica géant, au son beaucoup plus mélodieux. L'air joué m'a fait penser à un immense monochrome, et lorsqu'il s'acheva, je pus reprendre mon souffle, que j'avais retenu sans m'en rendre compte. C'était lent, très lent, un peu trop lent et répétitif. Monochrome, oui, c'est le mot je crois. Aussi, lorsque la musicienne recommença le même morceau, j'eus du mal à retenir un soupir d'exaspération. Mais la torture prit fin. Non, ne fit que commencer.

L'orchestre s'est mis en mouvement, ou plutôt, en stagnation. Une troupe d'astronautes, comme effrayés de toucher à leurs instruments. Mon sourire s'accentue lorsque je vois celui qui joue avec ses verres tourner la page de partition. J'ai l'impression qu'ils ont pris plaisir à s'environner d'un maximum d'instruments et d'outils en tout genre, en faisant le pari de s'en servir le moins possible. Un xylophone trône devant mes yeux, et ne servira que pour trois malheureuses notes. Au lieu d'exploiter leurs instruments, ils vont grappiller à droite à gauche, comme s'ils avaient peur de se donner complètement.

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Je m'ennuie et ne comprends pas. L'absence d'un rythme perceptible à l'oreille de simples mortels me perd complètement. Je regarde le plafond, compte le nombre de sourdines du trombone à coulisse, observe l'altiste qui fait des trucs bizarres et cherche à deviner les musiciens que je ne vois pas. Et là, soudainement, le joueur de trombone pose son instrument et sort une plaque de rhodoïd. Ploc, un coup. Ploc, deux coup. Il tourne sa partition. Reprend son trombone. Change de sourdine. Une fois, deux fois. Pose le trombone, reprend le rhodoïd. Je commence à rire dans mon écharpe.

Lorsque c'est fini, j'applaudis mollement, tout en notant dans ma mémoire les trucs comiques de cette musique conceptuelle qui se prend trop au sérieux.

Cerise sur le gâteau : le grand échalas-bobo-parisien qui déambule à la fin devant les musiciens en les félicitant d'un « good! » bien franchouillard... Y en a vraiment qui n'ont peur de rien.

PS: ce morceau (par la compositrice de ce soir) de musique ne faisait pas partie du programme, mais est un bon exemple de ce que j'ai enduré (quoiqu'en plus rythmé et moins angoissant, je trouve...)

11 janvier 2011

Correspondances

Le cerveau qui se déconnecte, les points de repère qui se désagrègent. Des images qui tournent en boucle derrière les yeux, même ouverts, des phrases, des personnages, des situations qui ne me lâchent plus. Voilà ce qui arrive quand un roman ou une série me captent complètement. Et ça peut durer plusieurs jours, jusqu'à ce que j'ai atteint le point final ou le générique du dernier épisode.

Dernièrement, j'ai eu le malheur de tomber sur une série que j'ai regardée en quelques nuits. Dans les moments – plus ou moins longs – où je n'étais pas plongée dans cet univers, je n'en décrochais pas pour autant. Dans de telles circonstances, difficile de lire ou de voir autre chose.

Pourtant, j'ai été au cinéma. Et je suis passée du K-drama au film d'animation franco-belge. D'Iljimaeà Une vie de chat. Et j'ai été surprise par de nombreux points « communs ». Deux histoires qui n'ont rien à voir, si ce n'est qu'il y a un cambrioleur. Des promenades nocturnes sur les toits, des serrures crochetées, des bijoux volés.

Étrange, déstabilisant, amusant.

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10 décembre 2006

Label rouge

Chroniques marocaines /6/

P1010096Avez-vous déjà mis les pieds dans le marché d'un mellah? Et bien ce n'est pas triste. Dans des ruelles alambiquées s'entassent légumes, épices, olives, poissons et... poulets! Vivants, évidemment. Dans les cages, sous les étals, des poulets, blancs, piaillent, se battent, s'ébattent. Quel remue-ménage! Ici, les poulets, on les pèse vivants, on les égorge devant vos yeux, puis on les plume, saigne, vide en direct! Ceci est une preuve de la fraîcheur de la viande, certes, mais pas du client! L'odeur des parages vous retourne l'estomac, vous pâlissez à vue d'œil, vous tentez vainement de couvrir votre nez avec une manche ou un coin d'écharpe. La fuite est impossible: devant, un groupes de femmes qui discutent le prix de la semoule, derrière, des salades, des tomates, des courgettes, des grenades... sur les côtés, dés poulets, des carcasses de bœuf. Heureusement, le guide a ouvert la voie, la fuite est rendue possible, vous échappez aux vapeurs pestilentielles.

26 janvier 2007

Flamand & Co.

12Mercredi soir, sortie ''familiale'' au théâtre de Saint Quentin. Si j'ai utilisé des guillemets, c'est parce que le paternel et le frère n'étaient pas présents, le premier n'ayant pas prévu de venir et le second ayant trop de devoirs; les deux ont en fait été remplacés. C'est ainsi que je me suis retrouvée confortablement installée dans le rouge fauteuil théâtral, aux côtés de Lu et de ma sœur. Un peu plus loin, la génitrice et la grand-mère discutaient le bout de gras. Mais au fait, qu'y avait-il au programme? Un spectacle de flamenco...

grueChant à capella d'un chanteur volumineux (en voilà un qui faisait sérieusement concurrence à notre cher professeur de littérature!). Puis petite danse sur fond de silence: en voilà un danseur de flamenco bizarrement foutu! Estomac proéminent (sur le modèle JPM, mais en moins impressionnant tout de même), pas très grand. Et avec ma vue si bonne, ça lui donnait un drôle d'air. Bon, on ne dit rien. Puis commence le spectacle où se mêlent chant, danse et guitare. Mais qui cherche-t-il donc à séduire? Tu crois que c'est le guitariste? - Je dirais plutôt le chanteur... ça me fait penser à la parade du pingouin. - Moi, ça me ferait plus penser à la parade amoureuse du flamand rose! Et en effet, il faut voir les pauses finales du danseur: sur une jambe, un bras étrangement positionné au-dessus de la tête... un flamand rose vous dis-je!

Israel_GalvanAïe aïe aïe! Ouille ouille aïe aïe aïe! Pauvre chanteur, le danseur est parti et il crie sa douleur à la face du monde public! Autant vous dire que nous étions plutôt mortes de rire...

Et soudain, plus rien. La lumière se focalise sur le guitariste. Il attaque les cordes avec un tel doigté, une telle habileté. C'est superbe. Pour le coup, on ressent réellement les sentiments qu'essayent de faire passer cette musique. Les deux autres se contentent de frapper dans les mains. corida8Ce qui est étonnant, c'est qu'aucun n'a le même rythme, celui-ci étant totalement inégal. Il change sans arrêt. Le chant lancinant de la guitare se poursuit. J'aimerais qu'il ne cesse jamais... mais voilà le flamand rose qui revient! Et c'est reparti: 2nd round...

Il paraîtrait en fait qu'il s'agissait de la reproduction des gestes des toreros, et non des flamands roses... C'est sûr que maintenant qu'on me le dit, c'est tout de suite moins bizarre!

20 octobre 2006

El Don Juan

« Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne
Je partirai... »

... prendre le bus pour aller disserter durant quatre longues heures sur l'Afrique. Ma lecture du livre maudit n'est à cette heure toujours pas achevée, et ne le sera que tardivement, au cours du mois de novembre, voire décembre. Malgré ce magnifique cadeau empoisonné que nous a fait notre merveilleuse prof de géographie, ce soir je suis sortie. J'avais un spectacle de prévu au théâtre. Certes, vous allez me dire que j'aurais pu rester chez moi, à me reposer travailler. Certes! Mais pas quand ledit spectacle s'intitule El Don Juan!

On pourrait appréhender une mise en scène très contemporaine et novatrice du célèbre best-seller de Molière. Mais alors, pourquoi un tel titre? Parce que justement, ce n'est pas du Molière pur et dur! C'est un heureux mélange de plusieurs pièces qui racontent les mésaventures du célèbre ''abuseur''. Depuis la tradition italienne de la Comedia dell'Arte jusqu'à la pièce de M. Poquelin. Le résultat est une pièce très enjouée, bouffonne à souhait, avec toujours la gravité de la fin.

Des décors soignés qui ne sont pas sans rappeler les décors des spectacles de marionnettes, des costumes tout aussi réussis, et, chose particulièrement intéressante, tous les acteurs sont masqués.

don_juan1don_juan2 Des scènes à retenir? Une des dernières, où Don Juan, chez lui, vient de recevoir son père. Entre alors une horde de femmes qui l'assaillent. Lui, perchés sur une chaise-trône, se met debout, les bras en croix, la tête tombante et leur dit: « Voici mon corps! Partagez-le. » Ou encore la fameuse scène dans les bois avec Sganarelle: tous deux sont déguisés: nous avons un Sganarelle en médecin, et un don Juan tout sec et fin comme un haricot en... femme! Mais attention, pas n'importe quelle femme: des collants sans pieds turquoises, des escarpins à talon aiguille et une robe moulante ''ras-du-cul'' (excusez l'expression, mais je n'ai rien trouvé de plus adapté!) à paillettes dorées. Et le mieux dans tout ça, c'est que ça lui allait comme un gant! Je vous le promets! Les poses, les mimiques étaient parfaitement réussies, et à hurler de rire (imaginez-le, ainsi accoutré, avec une épée à la main en train d'égorger je ne sais quel comte!).

Bref (comme dirait Pépin), une réussite totale, et un moment de pur amusement.

PS: les photos ne sont pas celles de la représentation que j'ai vu; Doña Juanita (dixit Sganarelle) n'avait pas de fichu ce soir!

13 janvier 2007

Portrait

Vous aurez sans doute remarqué que je ne mets que peu de aucune photos de moi ici, et ce pour la simple et bonne raison que cela n'aurait aucun intérêt... Mais aujourd'hui, je vais faire une exception, étant donné que j'ai trouvé sur internet dans le grenier de mon aïeule maternelle mon portrait peint par Dali en personne!

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Dali, Caligula

1 octobre 2006

Oh rage!

colereLe ton monte. La dispute éclate. « On dirait Mamie! » Les mots claquent et résonnent.

''Quelle rage a-t-on d'apprendre ce qu'on craint de toujours savoir!'' (Beaumarchais)

Je perds patience. Ces mots ont été répétés une fois de trop.

''On n'a pas grand mérite à perdre patience quand on est incapable d'un mouvement de colère...'' (Marcel Aymé) ''La parole douce rompt la colère, la parole dure excite la fureur.'' (La Bible)

Alors la colère sort en rafale. Je hurle. Je pars.

''Les larmes diminuent l'intensité de la colère.'' (Massa Makan Diabaté)

Je me calme...

Pour les citations, voir evene

23 juillet 2006

Oyez! Oyez gentes dames et beaux seigneurs!

Sourcils froncés, regards incrédules ou amusés. Il faut dire que nous ne passons pas inaperçues dans le train, avec notre accoutrement plutôt insolite. Et encore, il a fallu que les filles insistent pour que j'accepte de passer ma chasuble! Finalement, nous sortons du métro, soulagées de pouvoir enfin respirer un peu d'air. C'est qu'il fait chaud dans ces satanés costumes! Et dans la rue, c'est la même chose: cette impression que tous les gens se retournent sur notre passage, nous prenant sans doute pour d'étranges énergumènes...

Un vilain en chemise et chausses nous accueille. Un étroit couloir qui débouche sur une salle voûtée et basse de plafond. Il fait chaud et sombre. Nous commandons nos boissons: vin de rose, hydromel et vin de framboise. Une fois installées à notre table, Sauvage l'Escorcheur nous présente ses amis et nous souhaite la bienvenue (n'est-ce pas Lucie-en-Fesse?!). Après quelques minutes à savourer qui son vin de rose, qui son hydromel, qui son vin de framboise, nous migrons vers la salle de danse.

Cornemuse, vièle et tambourin font danser les chalands. Un pirate, une fée, une noble dame, un paysan, un seigneur, une aubergiste... Tous s'élancent dans une ronde joyeuse et sautillante, conviant qui en a envie. S'enchaînent ensuite rondes et officiales. Sauvage l'Escorcheur s'en donne à cœur joie sur son tambour et accélère le rythme. Les danseurs fatiguent, mais ne s'arrêtent pas pour autant; leur souffle se fait plus difficile. Comment ai-je pu observer tout ceci? J'étais assise sur le banc à côté de la piste... Je n'avais pas assez bu pour me risquer sur la piste. Non que les danseurs étaient ridicules! Loin de moi cette idée. Mais, quelle que soit la danse et l'endroit où l'on danse, je me contente d'observer. C'est ainsi.

nature morte

23 juillet 2006

Fête nat' (vendredi 14 juillet)

Pour la première fois de ma vie, j'ai fêté mon anniversaire avec mes amies le jour-même de ma naissance, le 14 juillet. Pour mes dix-huit ans. Jusque-là, je l'avais toujours fêté au mois de juin, avant les grandes vacances. Et, depuis six ans, je ne le fêtais plus du tout avec des personnes autres que ma famille. Cela faisait même quatre ans que j'étais à l'étranger lorsque je vieillissais d'un an.

Partie de jambes en l'air

Et cette année, vous m'avez fait l'immense plaisir d'être avec moi pour fêter ma majorité. Alors je tenais à vous remercier pour cette soirée. Nous étions certes fatiguées par cette semaine de débauche "non-stop", mais cela ne nous a pas empêchées de faire une partie de jambes en l'air dans le jardin, à la lueur des flambeaux. Pour ceux qui auraient tout compris de travers, cette "partie de jambes en l'air" consiste tout simplement à s'allonger en étoile dans l'herbe, les têtes au centre, de lever les jambes au-dessus des têtes et de prendre une photo de nos pieds nus ainsi disposés... Rien d'autre!

cadeaux

De plus vous m'avez gâtée: des chansons d'amour du Moyen-Age, époque bénie de notre histoire de France (et du monde aussi d'ailleurs!), ainsi qu'un bréviaire du chevalier, qui me guidera sur le droit chemin de la vie (on y croit!!!). La tortue a enfin retrouvé sa cousine, qui l'attendait sagement sur son étagère depuis des années. Et les chaussettes! Alors là... c'est quelque chose: un cactus s'écriant "Qui s'y frotte s'y pique". Pas mal, hein? Moi, j'adore. Pour que l'on me prenne totalement pour une folle, je n'aurais plus qu'à mettre au pied droit le cactus et au pied gauche, le lézard ("Y a pas d'lézard...").

7 juillet 2006

Gloubi-Boulga de n'importe quoi

Voilà quelque temps que j'ai un sourire jusqu'aux oreilles... Je traîne devant mon écran, enveloppée dans un drap qui est censé devenir le costume de Comtesse Paresse. C'est avec un oeil qui diverge vers le reportage de Thalassa et un qui tente désespérément de résister et de se fixer sur l'écran, le casque fixé sur les oreilles pour n'être pas tentée d'écouter le reportage et rester concentrée sur ce que j'écris, que je vais essayer de raconter ce qui me fait sourire.

Une longue attente. Un dîner bruyant (demandez donc à nos voisins de table qui ont dû nous prendre pour des dingues). Un anniversaire, celui de notre belette préférée. Quatre folles qui décident de prendre en main les festivités. Une sortie à Paris. En RER comme d'habitude. Sortie à Saint-Michel, comme d'habitude. Des habitudes que nous aimons, toutes autant que nous sommes. Que serait une sortie à Paris sans un crochet par Shakespeare & Co.? Quel sens donner à nos escapades sans passer par la rue de la Huchette? Une petite table ronde dans un bar enfumé. Cinq coktails et un serveur qui danse très... tribalement? En tout cas, ça plaît à Lu... Une boîte à chaussures, des petits papiers, une bougie menaçante. Puis une petite marche et des folles... que nous sommes! Mais ce n'est pas moi qui ai fait des bulles dans mon coktail! (et encore moins qui ait tenté de l'aspirer par le nez!!!). Des cadeaux, nombreux, lourds et encombrants, surtout pour une ballade sur les quais... N'est-ce pas? Un tunnel noir, un peu de peur, on se tient la main le temps de passer. Le RER de nouveau, à cinq sur quatre places (hein ma Dame-Oiselle?). Petite marche pour regagner l'antre de Ferdinand Ier, pieds nus... Discussion écourtée par l'arrivée prématurée, mais bienvenue, de Morphée...

20_Mai__Nuit_des_Mus_es__065

Voici quelques mots pour raconter cette soirée que j'ai beaucoup aimé passer en votre compagnie. Encore un bon anniversaire ma chère belette!

17 août 2012

Les Contes de l'ère du Cobra

Les contes de l'ère du Cobra - 1, Les amants

Titre : Les Contes de lère du Cobra, tome 1 "Les amants" (twoshots)

Auteur : Enrique Fernandez

Editeur : Glénat (2012)

La première chose qui m'a séduite, ce sont les couleurs. Il suffit de regarder la couverture : un feu d'artifice. Un dessinateur qui n'a pas froid aux yeux et utilise toute sa palette dans une débauche de coloris chauds et envoûtants.

Ensuite, le titre : il s'agit de contes. L'illustration aidant, on n'a aucun mal à imaginer un conte sis dans l'univers des Mille et une nuits. Et en effet, l'histoire se passe dans cet Orient fantasmé par les Occidentaux, tout en ombre et lumière.

C'est un conteur qui parle. Il raconte l'histoire de Sian et Irvi. Leur amour contrarié, leur douleur qui devient folie et leur fait perdre leur âme, la rédemption et le chemin vers l'apaisement. Entre temps, nous rencontrons le tyran Cobra, le nain révolutionnaire Maluuk... Le narrateur change régulièrement de voix, nous offrant le luxe de récits enchâssés.

En somme, cette bande dessinée est exquise, tant pour le récit que le graphisme !

En bonus: la première page.

Les contes de lère du Cobra - page 1

11 juillet 2013

La poule de cristal

Au hasard de mes errances, j'ai découvert un utilitaire d'inspiration qui s'appelle "La poule de cristal". Et le site où il se trouve est une communauté créative qui réunit des liens et des galeries de dizaines d'artistes. Et j'ai découvert ce lien sur le blog de Maëlle Fierpied, l'auteur des Chroniques de l'Université invisible et de Galymède, fée blanche, ombre de Thym. Mais prenons les choses dans l'ordre.

Le blog de l'auteure est ici: A petits pas.

Le site de la communauté créative (attention, vous allez y passer des heures) est là: Café salé.

Enfin, ce que j'ai appelé "utilitaire d'inspiration" n'est autre qu'un générateur de mots, d'idées, de phrases, pour tous ceux qui ont envie de dessiner (ou d'écrire, j'imagine que ça fonctionne aussi) mais qui n'ont pas d'idées. On se retrouve par exemple avec l'idée "une poule lugubre" ou la phrase "Un lémurien couvert de honte esquive un oracle fumant.", plutôt amusant, n'est-ce pas ? Pour ceux qui le veulent, c'est par ici: http://www.cfsl.net/poule-de-cristal/.

anne montel - renards

Anne Montel, Renards

paul echegoyen - leonardsalai

Paul Echegoyen, Leonardsalai

lionel richerand - summertime

Lionel Richerand, Summertime

 

8 juin 2013

L'Autre Monde, ou les états et empires de la Lune

Vendredi soir, toujours, après l'exposition à Neuilly, nous sommes allées, ma soeur et moi, à l'Athénée, où nous avions rendez-vous avec Cécile. Logées comme des reines (loge de face, ça n'est pas donné à tout le monde), nous nous sommes régalées d'un texte tout à la fois drôle, moderne, épique et j'en passe, et d'une mise en scène simple et extrêmement réussie.

L'autre Monde 03

Eclairage à la bougie, uniquement: les feux de la rampe sont à prendre au premier degré et illuminent deux musiciens éclairés par trois lanternes, ainsi que l'acteur qui promènent sa bougie sur les planches. Ledit acteur, seul, récite, joue, vit son texte pendant plus d'une heure et demie, sans pause. Il dialogue avec la viole de gambe, le luth, le théorbe, la guitare. Des cordes aux sons envoûtants, amusants, guillerets, graves.

L'Autre Monde 02

Le texte de Cyrano de Bergerac et les accents du français classique restitué roucoulent. J'avais oublié à quel point j'aime qu'on me raconte des histoires! Et Benjamen Lazar, quel acteur!

L'Autre Monde 01

Quant à l'histoire, rocambolesque à souhait. Persuadé que la Lune est un univers semblable à la Terre, le narrateur tente diverses expériences pour y accéder: ceinture de fioles de rosée, machine volante, moelle de boeuf... Lorsqu'il parvient enfin sur l'astre lunaire, non sans quelques détours scientifiques et géographiques, il découvre les us et coutumes des habitant de la Lune. Entre Micromégas de Voltaire et Les Voyages de Gulliver de Swift, on repère rapidement les éléments adaptés dans De Cape et de Crocs. Les univers et les fictions se mélangent. La description des langues parlées sur la Lune m'enchante au plus haut point (les Sélénites ne parlent pas un langage articulé, mais font de la musique... les langues sifflées ne sont pas loin).

Bref, une aventure assez magique !

22 avril 2013

Le Décalage

La couverture de l’album n’en est pas une, et sans le bandeau, ajouté par l’éditeur, impossible de connaître l’auteur de cette bande dessinée, ou le titre (on peut essayer cependant d'en deviner l’auteur à ce dessin noir et blanc assez caractéristique). Le bandeau indique « Marc-Antoine Matthieu, Le Décalage, Delcourt ». Au dos, sur le bandeau toujours, le code-barres et une mention intrigante. « Attention : cet album comporte des anomalies qui sont parfaitement volontaires et en constituent même le sujet. » Une fois le papier ôté, la couverture est nue, ou plus exactement, nous avons deux planches traditionnelles. Même la tranche est dénuée de toute marque : pas de titre, ni même le petit triangle inversé de Delcourt.

Le Décalage

La première planche / première de couverture indique une pagination… « 7 ». Faut-il commencer par la page 1, qui se trouve à la fin du volume ? Avec un tel titre, on comprend rapidement que l’impression a décalé de sept pages toute l’histoire. Finalement, j’entreprends une lecture en commençant par la page 7. Et l'impression n'est pas la seule décalée.

Pas de page de garde non plus, la bande dessinée a commencé. Le héros, Julius Corentin Acquefacques (verlan pour Kafka, a fait remarquer un site, je ne sais plus lequel), n’apparaît pas. Il est présent, mais inconsistant. Les personnages secondaires s’inquiètent : une histoire peut-elle commencer sans son héros ? Une secousse, et les voilà dans un espace vide : le Rien. « Il y a eu un glissement spatio-temporel… nous sommes décalés par rapport au récit initialement prévu, » explique un des personnages. Et le héros de penser : « Non seulement il n’y avait plus d’histoire, mais de surcroît j’en étais exclu… mais est-ce la fonction qui fait le héros ou le héros qui fait la fiction ? »

Le Décalage 01

Les réflexions logico-absurdes et paradoxales s’enchaînent, mêlées de jeux de mots délicieux, pendant que nos personnages secondaires avancent dans une sorte de désert, « le Grand Rien ». Puis, arrivé page 40, stupeur, horreur : des pages sont déchirées ! Un peu inquiète, je m’apprête à retourner à la librairie, pour signaler le problème. Mais je me rends compte, avec plus d’attention que les bulles se continuent d’une page sur l’autre, que le sens même de leur contenu change lorsque l’on tourne les trognons de page.

Le Décalage 02

Et page 53, les personnages sortant des cases de se demander « Et si nous étions hors de l’espace ? Serions-nous… hors du temps ? » La numérotation des pages disparaît, les cases aussi, les personnages n’ont plus aucun décor, avant d’arriver sur la quatrième de couverture, alors en plein milieu de l’album. Enfin, le code-barres, puis la page de couverture ! Et l’histoire continue, pour rejoindre la page 7 ; la boucle est bouclée.

Un album complètement fou, absolument génial. Un jeu sur les codes de la bande dessinée, le méta-texte, le langage. Un régal !

26 décembre 2011

La première fois que j’ai vu ce film, j’étais

La première fois que j’ai vu ce film, j’étais dans l’avion et je partais pour le Canada. Quand il était sorti au cinéma, j’avais eu très envie d’aller le voir (voix de Johnny Depp et tout ça), mais cela ne s’était pas fait pour d’obscures raisons de temps qui passe trop vite et autres excuses du même acabit. J’ai donc découvert ce film en VF (j’ai beau comprendre l’anglais, regarder un film d’animation sans sous-titre, c’est trop me demander), sur un écran minuscule et avec une qualité d’image déplorable. Pourtant, j’avais bien aimé l’histoire.

Rango

Aussi, dès que j’ai pu, je me suis procuré le DVD, et la semaine dernière, j’ai pu le revoir sur grand écran, avec toute la qualité d’image et de son, et surtout, en VO. Et j’ai encore plus aimé. Et pour cause : le scénario est classique mais présente de petits clins d’œil « méta-référentiels » comme je les aime tant, des questions existentielles, des références à la pelle, des personnages hauts en couleurs, une véritable intrigue, de l’action… bref, tout ce qu’il faut pour faire un bon film. Et une bande originale excellente, bien sûr.

Les images sont superbes, paysages de désert, ciels immenses, les décors sont très beaux, ville perdue et en train de sombrer, la route, les personnages ont de véritable « gueules », ils ne sont pas beaux, sont même effrayants ou dégoûtants, et c’est ce qui fait leur charme. Et l’histoire du lézard qui ne sait pas qui il est mais doit construire son propre personnage, pour trouver son identité, est vraiment bien. Compliquée, mais c’est ce qui fait tout son intérêt. Ce film est un véritable conte philosophique, ou plutôt, western philosophique, avec ses réflexions sur la foi, la croyance, l’identité, l’espoir, le bien et le mal, le progrès, le rituel et tant d’autres thèmes prisés des professeurs de philosophie.

Rango, c’est plus qu’un film pour enfant.

22 novembre 2011

Intouchables

Résumé (allociné)

A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.

Intouchables

 

Bon, alors, comme souvent, le résumé est loin de rendre hommage au film. D’autant moins que j’avais lu une critique qui analysait le terme « intouchables » avec beaucoup plus de justesse : bien loin d’être intouchables parce qu’au-dessus des autres, ils sont plutôt vus comme appartenant à la caste indienne des intouchables, ces hommes au plus bas de l’échelle sociale, exclus du système. Ce qui correspond bien mieux à nos deux lascars.

Non que Philippe soit un opprimé au sens social du terme : il est riche, immensément riche, habite un hôtel particulier de toute beauté au cœur de Paris et se paye même le luxe d’un jet privé. Mais voilà, il est paraplégique. Ce qui fait de lui un être totalement dépendant, malgré toute sa richesse.

Par contre, Driss, lui correspondrait effectivement à la description d’un intouchable en Inde. Jeune homme des cités, exclu du système. Homme de rien, qui se pointe à l’entretien pour toucher ses assédics, qui sort de prison, qui n’a aucun savoir-vivre. Mais qui en même temps est le seul à ne pas regarder Philippe avec pitié. Lui n’est rien au regard de la société, il ne vaut rien, n’a aucun pouvoir. Mais, pour Philippe, il est tout : « ses bras et ses jambes » d’abord, mais tant d’autres choses aussi.

L’alchimie des personnages est extraordinaire. Même les personnages secondaires sont excellents : de l’adolescente qui sort avec son « plumeau » à la jolie secrétaire en passant par Yvonne (je ne parvient pas à nommer le rôle qu’elle a dans tout ça) et la famille de Driss. On rit franchement, mais sans pour autant faire de mal aux personnages. Ce que je veux dire, c’est que, pour une fois, on ne rit pas aux dépens des personnages, ils ne sont pas ridicules. Jamais. On n’oublie pas l’importance de l’Homme-avec-un-grand-H, que l’on voit tel qu’il est.

Ce film est tellement bon que je ne parviens pas à l’exprimer tel que je le voudrais. Un film drôle, profond, humain, profondément drôle, drôlement humain, profondément humain ? Sans doute n’y a-t-il pas grand chose à ajouter.

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