Après Le métier de femme et La vache, noble servante, j'ai trouvé dans ma caverne d'Ali Baba un livre qui m'a rappelé les cours d'histoire d'hypokhâgne... Voyez plutôt:
Preuve que ce CDI était très fréquenté:
Et enfin, en cherchant au hasard des pages quelque chose que je pourrai mettre en illustration sur ce blog, j'ai trouvé (clique pour agrandir):
Je n'arriverai pas à dormir cette nuit. Ou plutôt, si, je finirai par m'endormir, comme chaque soir, mais rongée par l'angoisse, les dents serrées et grinçant, me mordant la langue. Le ventre noué, les intestins entortillés, les sourcils froncés par l'anxiété.
Que va-t-il advenir? Comment cela va-t-il se passer? Cela va-t-il se régler vite? Autant de questions sans réponse. Ma mère me renvoie à mon père. Mon père n'est pas là et ne pourra s'occuper de ça que plus tard. Alors je n'ai plus qu'à me débrouiller par mes propres moyens, comme souvent depuis plusieurs mois.
Le téléphone est devenu la personne la plus fiable de mon entourage. En septembre, c'était pour l'assurance, le propriétaire, le syndic, la mutuelle, l'université. Demain matin, ce sera pour la CAF et la banque.
La banque. Pourvu qu'elle ne bloque pas ma carte bleue! Les pires scenarii s'offrent à mon imagination devenue trop fertile cette nuit. Les antécédents parentaux me préviennent qu'on peut s'attendre au pire avec de tels requins. Le sourire carnassier du conseiller s'élargit derrière mes paupières closes et alourdies de larmes angoissées.
Je n'arriverai pas à dormir cette nuit. La lumière rouge du moins devant les centaines, sur mon relevé de compte m'en empêchera.
***
En attendant, je mets en place l'organisation d'un club BD au collège. Même s'il ne voit jamais le jour, il aura au moins eu le mérite de me changer les idées cette nuit.
Je suis censée préparer les exercices de conjugaison, mais impossible de me concentrer sur ce genre de chose.
Je m'en vais terminer Les cinq écus de Bretagne - je ne compte plus le nombre de lectures qu'a subi ce vieux Livre de poche dont les pages jaunis se détachent toutes seules! Philippa doit être la seule personne qui arrive encore à me faire rêver en ce moment... (Oui, Philippa est une personne, dans mon esprit brumeux et rongé de fatigue.)
Démon ou farfadet, Je ne sais. Informe, ambigu, il Négocie avec votre âme. Noir ou blanc, Sait-on jamais?
Un tout petit mot, cinq lettres
insignifiantes. Et pourtant, tout un monde contenu dans cette simple
graphie, cette sonorité si exotique. Ce mot qui résonne,
tinte à mes oreilles. Un grelot, des bracelets d'argent qui
s'entrechoquent sur une peau mate. Une première vision, puis
une seconde. Un lutin facétieux qui joue des tours, un esprit
incarné dans le corps d'une courtisane. Des couleurs chaudes,
des parfums épicés. La fraîcheur d'une oasis,
l'ombre d'arbres aux essences étrangères.
Des Z, Y, W, N, J et D qui
s'additionnent sur ma réglette. C'est à moi de jouer.
Que faire? Pas une seule voyelle à l'horizon. L'idée
frappe tel l'éclair. Une vision. Il faut que je vérifie.
'Djinn'; mot compte double. Le lutin est alors un petit génie
sympathique. J'adopte ce mot aux lettres rares et aux consonances si
légères.
Une femme. Des voiles. Un trait sûr,
simple et pur. Des couleurs chatoyantes. Irrésistiblement, je
suis attirée. J'égraine les pages, je feuillette.
J'achète. Je lis, je dévore. Une femme, habitée
par un djinn. Un drôle de pouvoir: elle est incapable
d'éprouver le moindre sentiment. Puis son démon la
trahit et elle est prise à son propre jeu. Je n'en aime ce mot
que davantage.
Un mot rare, oriental, coloré,
chaleureux. Un simple mot, tout petit, à deux facettes. Un mot
scintillant. Un mot magique...
Samedi, petite
sortie au théâtre. - Qu'ai-je donc vu? - Un ballet de
danse contemporaine... - Qu'ai-je donc été faire là-bas
quand on sait que je ne suis pas particulièrement fana d'art contemporain? - La musique... - Quoi la musique? - Et bien,
c'était du Vivaldi. Les Quatre saisons,
pour être plus précise. - Alors?
- Bilan: une danse somme toute point trop bizarre (pas comme
l'affectionnent les Hollandais, notamment). Évidemment, comme
dans tout ballet contemporain qui se respecte, un minimum de corps
nus... Je dis ça en connaissance de cause: les deux spectacles
les plus étranges que j'ai vus l'an dernier n'ont guère
échappé à la règle. Et celui-ci non plus!
Cependant, je n'ai su ce léger détail qu'à la
fin du spectacle car même avec mes lunettes, j'étais
dans un léger brouillard du haut du balcon. Sinon, danseurs et
danseuses impressionnants. Costumes (et coutumes?) plus ou moins
étranges. J'ai remarqué que j'avais une nette
préférence pour les pas de deux... allez savoir
pourquoi! Certaines chorégraphies étaient tout
simplement superbes, notamment un pas de deux ou deux femmes se
trouvent dans des rôles dominante/dominée
alternativement, l'une se trouvant telle une poupée de son
dans les mains de l'autre (voir photo 3).
Points amusants: *la chorégraphie des hommes verts...
Quatre danseurs dans des combainaisons vert « martien »
et dénommés Greeny. La jeune femme qui s'écrie
entre deux danses: « I kissed the Greeny! ».
Hilarant... Et my dear était aux anges: les martiens existent.
*l'homme éponge. *le danseur en shorty orange.
Véridique!
La crème de la crème: la MUSIQUE bien sûr! Ah
Vivaldi, mon dieu, mon héros! Mehercule, ce type est
(présent de vérité générale) un génie pour
transmettre autant d'émotions dans simplement quatre
saisons... Je l'aime, que dis-je aimer? Je l'idolâtre.
(poïêma
sumpotikon: « poème concernant les festins »)
Chroniques
marocaines /4/
La nuit est tombée sur Fès
et les lampes s'allument dans le patio du Riad Shéhérazade.
Une cour pavée de mosaïques bleues et blanches. Les
petits carreaux de céramique émaillée montent
sur les mur, nous dépassant d'une bonne tête. Puis le
mur continue de monter sur plusieurs mètres, habillé du
seul crépis. Le stuc ciselé orne les pourtours des
fenêtres et des portes en bois de cèdre. D'un côté,
une piscine à l'eau translucide et immobile, autour de
laquelle se balancent quelques palmiers immenses au pied noyé
dans les fleurs et les feuillages. Au fond, derrière la
piscine, un bâtiment en bois, entièrement vitré,
sert de salle pour les repas en temps de pluie. Et tout autour, des
arcades. Des portes de dentelle de bois s'ouvrent sur des chambres.
Au centre, une petite fontaine laisse entendre discrètement
l'écoulement de son eau; les pétales de rose se
bousculent sur les bords de la vasque. Sur les tables, sur le sol, un
peu partout, des bougies se sont allumées. La douce mélodie
d'un luth s'échappe d'un coin. Les entrées arrivent:
treize petites assiettes, contenant chacune ou une salade typiquement
marocaines ou une spécialité du chef, plutôt
innovateur. Ainsi, les pois chiches en vinaigrette côtoient les
courgettes confites au miel et les carottes à la coriandre
flirtent avec les aubergines au poivron. A côté
s'égrainent les notes vaporeuses du luthiste. Puis, l'estomac
déjà bien rempli, nous attendons le plat principal:
couscous aux fruits. Un tajine immense pour trois, empli de semoule
où se languissent pommes, poires, clémentines,
raisins... sur lesquels trônent trois cailles rôties. Un
vrai festin! Nous achevons sur une touche de douceur: pastilla
à la crème... L'arôme de la cannelle emplit peu à
peu la bouche, caresse le palais avant de disparaître tout en
laissant un arrière-goût de Maroc...
Une débauche de couleurs et de senteurs apparaît soudain
au détour d'une ruelle étroite: nous entrons dans le
souk de la médina. Des échoppes minuscules se
bousculent le long de ses rues, débordant de foulards, de
babouches, d'épices, de djellabas, de bijoux, de pâtisseries
et de fruits secs. Vous restez une minute à observer un
article qui vous plaît? Bien mal vous en a pris: le marchand
vous accoste et vous lance un ''c'est pas cher!'' souriant et rempli
d'espoir. Si vous refusez d'entrer, il vous annonce que si vous
n'achetez pas, ça ne coûte rien d'entrer ''et ça
fait plaisir''. Si vous avez fini par craquer, vous commencez à
marchander âprement. Repartez content et le bonhomme vous
saluera avec un ''si ça gagne pas, ça débarrasse''.
Un climat bon enfant règne dans ces ruelles bondées de
monde: touristes en short, débardeur et sandales, Marocains en
jean et anorak ou en djellaba et babouches, femmes voilées ou
non. Diversité est le maître mot de ce patchwork. De
temps en temps, il faut se coller au mur pour laisser passer un âne,
se décaler pour éviter de se faire écraser les
pieds par une pétrolette fumante. Mais c'est toujours avec
allégresse que vous rentrez à l'hôtel, tout
content de votre ballade au coeur de la vieille ville.
La Toussaint, il y a quatre ans. Je pars en pèlerinage avec mes grands-parents et ma cousine, les mêmes avec lesquels je partais à Rome quatre auparavant. Nous partons en train couchette de Paris et arrivons à Milan. Puis Bergame, puis Padoue, et enfin Venise en car. Pèlerinage sur les traces du Pape Jean XXIII organisé par le prêtre vénitien de la paroisse Notre-Dame. Qui est ce Pape? Aucune idée... Des étapes, je n'ai que peu de souvenirs. Par contre, s'il me reste une chose de ce voyage, c'est l'envie d'y retourner... à Venise.
Nous sommes hébergés dans un couvent, où les bonnes soeurs ne parlent qu'italien. Le prêtre joue l'interprète puis nous laisse; il dort chez lui. Quelle chance il a: avoir une maison dans la ville d'eau, le rêve! Découverte des chambres. quatre lit, deux lavabos dans la chambre et un coin douche-WC-bidet qui fait en gros un mètre sur trois (sans plaisanter!).
Une messe tous les jours, dans une église différente. Le tourisme que nous pratiquons, je vous le promets, est des plus atypiques. Après la messe, une visite guidée de ladite église. Et devinez qui est la guide? Le père Silvano évidemment! Et il s'y connaît en histoire de l'art; ses explications sont passionnantes. L'après-midi, visite libre. Alors nous suivons nos grands-parents dans les étroites ruelles, les lieux communs où les touristes se bousculent, les vaporetti, les musées, les petits restaurants qui poussent par centaines le long des canaux et sur les places. Nous dévorons des yeux les palais vénitiens aux chaudes couleurs, le charme des petits ponts tordus, des placettes englouties par les bâtisses immenses. Saint Georges, La Salute, San Marco... Nous avons même droit à la messe de la Toussaint dans San Marco! Je me souviens, c'était en italien et j'ai préféré observer les dallages magnifiques qui se trouvaient à mes pieds que d'écouter.
Une excursion à Burano, petite île de pêcheurs aux maisons multicolores: splendide! magnifique! merveilleux! beau... en soi et pour soi (!). Puis une excursion à Murano, la très célèbre île des verriers de Venise. Toutes ces couleurs scintillant dans les vitrines. Cela donne un air précieux à l'endroit. On n'ose toucher, on dévore du regard.
Beaucoup plus de choses restent encore en ma mémoire, mais je ne sais dans quel sens les prendre... L'envie qui me prends de vouloir me perdre dans ce dédale. De m'y aventurer sans carte, de marcher pendant des heures sans but précis avant de m'effondrer sur une chaise de la terrasse d'un café. Mais mes grands-parents ne me laisse même pas descendre dans la rue pour poster une carte postale en compagnie de ma cousine. - Les ronflements des grands-parents la nuit. Je siffle. Je réveille ma cousine. Nous rions en silence. - Nous ne ferons pas de promenade en gondole. Pourquoi? question d'argent... c'est trop cher.- Les pâtes. A tous les repas. On s'en lasse? Certainement pas! Comment peut-on se lasser des pasta? Impossible! - Un palais qui me fait rêver. J'ai oublié son nom. Nous restons devant; je le croque. Rez-de-chaussée pour les marchandises, premier étage: l'étage noble, les étages suivants pour les domestiques. Une façade rouge orangé, des bords de fenêtre blancs. Qu'a-t-il de plus que les autres? Je ne sais. Un petit quelque chose...
Voilà quatre ans que nous sommes revenus, par un jour de pluie, je m'en souviens. Voilà quatre que je rêve d'y remettre les pieds et de m'y perdre, pour de vrai.
Le long des petites départementales s'égrainent des villages mignonnets et de jolies petites villes. Les murs blancs étincellent sous les rayons du soleil estival, les toits d'ardoise luisent doucement dans la lumière de l'après-midi. Les ruelles tortueuses s'enlacent, alignant petites boutiques aux façades en tuffeau, de belles bâtisses sculptées et maisons à colombage et briques. Tout simplement ensorcelant. Et de temps en temps, la Loire ou la Vienne apparaît dans un scintillement bleu-vert. Entre ces bourgades, des fermes au milieu des champs qui s'étendent à perte de vue et des propriétés viticoles enfermant de superbes manoirs ou châteaux. Le pays de la Loire est une région tout simplement enchanteresse qui nous emmène plusieurs siècles en arrière.
L'été, on a envie de changer pour la rentrée. Alors, à la maison, comme nous n'avions rien de mieux à faire, nous avons observer les murs de la cuisine: couverts de crasse, sales à faire peur. En cinq minutes, les murs étaient vidés de tout tableau ou autre objet encombrant, et nous attaquions le papier peint. Mission: repeindre la cuisine, tout récurer et essayer de la rendre un peu plus « habitable ». Quelques jours de travail acharné en perspective.
Armées de gants en caoutchouc, nous avons bougé les meubles et frotté énergiquement à la lessive Saint Marc le dessus des meubles accrochés au mur, vous savez, ceux qui n'atteignent pas le plafond et sur lesquels toute la crasse se dépose insidieusement. Puis, à grande eau, nous avons lessivé le papier peint pour qu'il se décolle mieux; l'eau coulait le long de nos bras cherchant à atteindre le plafond, jusqu'aux épaules. Et alors, cette odeur de papier mouillé, de colle, de plâtre. Une odeur de renouveau, de travaux, de changement, de mutation. Une odeur qui donne de l'entrain. Mais pas à tout le monde apparemment quand on voit que mon père, rentré tôt du boulot, s'est contenté de dévisser deux prises électriques et d'ôter le plafonnier!
Aujourd'hui, petite sortie à Paris, encore et toujours dans le quartier latin, encore et toujours passage par la rue de la Huchette, mais aujourd'hui, nous avions un but très précis: acheter les livres pour la rentrée en prépa. Non seulement certains sont introuvables, ou très difficilement, mais en plus tous sont hors de prix. Alors quand les professeurs s'y mettent en nous indiquant des références erronées, nous ne savons plus que faire! Nous avons donc erré dans au moins quatre des échopes de Gibert Jeune à la recherche d'anthologies et autres grammaires.
Les bras chargés de volumes, nous avons essayé de nous frayer un passage tant bien que mal au milieu d'une foule d'étudiants, lycéens et collégiens. Les caissières nous dévisageaient d'un drôle d'air, ou nous posaient des questions bizarres... C'est avec joie que nous avons retrouvé notre RER favori et nous sommes assises.
Ah Miss Envie! Que de mésaventures, Pour de simples fournitures! Mais c'est la vie Des prépas Qui nous ouvre les bras.
(Quelques mauvaises rimes inspirées par cette rude journée... Bof.)
Samedi après-midi promettait d'être morose. Frère porte de Versailles à un salon hyper-hype, et mère au théâtre avec la grand-mère. Moyennement enthousiaste à l'idée de passer l'après-midi seule à me tourner les pouces, j'ai réussi à obtenir une place pour le spectacle où allaient mère et grand-mère, seul spectacle de l'année qui m'avait fait envie, à savoir Une flûte enchantée, adaptation de Mozart par Peter Brook. Dans la mesure où j'aime et admire le travail d'Irina Brook, j'étais curieuse de voir une création de son père. Sans compter que je rêvais depuis longtemps de voir La Flûte enchantée sur scène, en vrai.
Décors dépouillé, simple : des bambous se dressent sur scène, mouvant au gré des acteurs, tour à tour forêt, cage, passage, temple. Une simplicité esthétique, élégante, discrète, qui nous permettait de nous concentrer sur l'histoire. Histoire que je n'avais jamais comprise. J'ai découvert que la Reine de la Nuit était méchante - ce dont je me doutait plus ou moins - et que Zarastro était gentil - ce que j'ignorais totalement.
Seulement, là où j'eusse préféré une version originale, pleine de panache et fleurant l'aventure épique et merveilleuse, il y avait les chanteurs accompagnés par un pianiste. C'est tout. Bien sûr, on ne peut nier que ledit pianiste était virtuose, que les chanteurs, malgré leur jeunesse et leur aspect fluet pour certains, avaient des voix impressionnantes. Mais je suis navrée de dire qu'une partie de l'histoire m'échappe encore : je me suis endormie sur l'air de Tamino et Zarastro. Ils m'ont perdue en route. Lorsque je me suis réveillée, Tamino avait disparu, et mon voisin dormait à points fermés, lui aussi.
Par contre, la jovialité de Papageno faisait plaisir à voir, et son "De-er Vögelfä-änger-er bin ich ja..." m'a trotté dans la tête toute la soirée. Seul regret sur cette version raccourcie (1h30), l'absence du célèbre "Hm-hm-hm-hm".
Bref. Je n'ai pas trouvé ce spectacle inoubliable, et je dois encore aller voir La Flûte enchantée de Mozart en version intégrale.
PS : je suis sûre que ça donnait mieux aux Bouffes du Nord qu'à Saint-Quentin. Parce que le théâtre des Bouffes du Nord dégage une magie qu'on n'a pas dans les salle trop modernes.
Les deux premiers tomes de cette trilogie m'ont été gentiment prêtés par une élève très enthousiaste avant les vacances, avec la promesse qu'elle me prêterait la fin de L'autre (du même auteur) uniquement quand j'aurais lu les aventures d'Ewilan. Ce faisant, elle a réussi là où une amie a longtemps échoué: j'ai lu - et apprécié - l'univers de Pierre Bottero.
Titre:La Quête d'Ewilan, t.1 "D'un monde à l'autre" et t.2 "Les Frontières de glace" Auteur: Pierre Bottero Editeur: Rageot (2003)
Au CDI, j'avais emprunté L'Autre, trilogie de Bottero, curieuse de vérifier si l'auteur valait les louanges que lui attribuait mon amie. Je dois reconnaître que j'ai été agréablement surprise, ce qui m'a permis de mettre de côté mes a prioris et d'apprécier La Quête d'Ewilan.
On y trouve un souffle épique, du merveilleux, de l'action, tout ce qui fait un bon roman jeunesse.
Cependant - et pourtant je n'ai lu que quatre titre de l'auteur - j'ai réussi à distinguer le profil type de ses héros: orphelins, ignorés du monde, rebelles, indépendants etc. Bref, pas très original. Malgré cela, j'ai bien accroché aux deux protagonistes, Ewilan, bien sûr, mais aussi son meilleur ami Salim, même si j'ai trouvé les personnages secondaires plus intéressants.
Par contre, le pouvoir dont il est question dans cet univers est à la fois original et un brin poétique. On parle ici de Dessinateurs, de personnes capables de donner une certaine réalité à ce qu'ils imaginent. En un sens, ça m'a rappelé un des premiers livres que j'ai étudiés, à l'école primaire, Emilie et le crayon magique, où les dessins réalisés avec ledit crayon prenaient vie.
En bref, La Quête d'Ewilan est une lecture facile, un roman qui se lit très vite (on est quand même pris dans l'action), mais il ne me laissera pas un souvenir impérissable. Sans doute parce qu'il me reste à lire le tome 3.
Vendredi dernier, pour la première fois depuis fort longtemps, j'ai été visité une exposition avec ma soeur. C'était à Neuilly, quartier chic, large rue, lumière, arbres feuillus. Même le soleil n'était pas loin. L'arbre qui ne meurt jamais, une exposition sur l'arbre dans l'art contemporain.
J'ai souvent des réticences face à l'art contemporain, mais l'élément "arbre" apportait comme une garantie: un arbre, c'est beau, n'est-ce pas? Une exposition qui a pour thème l'arbre ne peut donc pas être entièrement décevante. Et cette théorie s'est plus ou moins vérifiée au cours de la visite.
Bien sûr, on a eu droit à nos oeuvre expérimentales louches et particulièrement inesthétiques. Les commentaires, d'ailleurs, n'aidaient pas beaucoup à comprendre ce qui se passait sous nos yeux. Nous aurions aimé plus d'explications sur le "comment" que sur le "pourquoi". Les techniques employées, le moyen utilisé pour arriver à un tel résultat.
Cependant, la salle était déserte, le silence et le calme un luxe que l'on sait apprécier quand on sort des boulevards parisiens. Et certaines sculptures étaient impressionnantes, les photos superbes. Et les oeuvres sur des matérieux plus XXIe siècles d'une beauté à couper le souffle - je pense notamment à ce mobile dont les ombres portées mouvantes donnaient envie de se coucher par terre pour les regarder mieux et à cette projection d'un arbre en constante évolution, ni trop lente, ni trop rapide, profondément appaisante.
Jephan De Villiers, Au travers du temps, les arches du silence
Des cartes, des cartes et encore des cartes. Je m'y perds au milieu de ces atouts, chiens, cavaliers et je ne sais quoi d'autre! Et dire qu'il faut compter ce qui tombe, mais je n'y arriverai jamais. « Je garde », annonce ma soeur. Mais qu'est-ce que ça veut dire???
« Une partie de barbu? » demande mon cousin. Qu'est-ce que c'est encore que cette bête-là? Un jeu de carte qui dure des heures et des heures. Et mon frère qui n'arrête pas de parler. On n'a pas eu une minute de calme depuis le début de la partie, depuis trois heures! Finira-t-il par se taire? Et il ne suit pas le jeu... ce garçon est exaspérant. On ressort de ce jeu épuisé par le babillage incessant de mon frère. Cécile, quant à elle, n'en revient pas; il y a de quoi!
«S'il te plaît, je t'en supplie Laure, viens jouer à cache-cache dans le noir avec nous!» me prie mon cousin. «Non, il faut que je me couche tôt, je conduis demain!» (qui ose me dire qu'il ne croit pas à mon excuse?) «Juste trois parties...» «Non» «Deux alors?» «Bon... Va pour une!» «Super, merci!»
Et Louis-victor s'en va tout content.
Finalement, j'ai fait trois parties... S'éloigner discrètement, ouvrir le portail sans bruit, le refermer et s'accroupir juste derrière. Voilà ce qui nous a permis de gagner la première manche, n'est-ce pas Cécile?
Écouter les bruits de pas et observer le ciel constellé d'étoiles. Les cinq minutes sont passées, nous partons à la recherche de nos compagnons. Anne-So et Théo ont été tellement discrets que nous les retrouvons immédiatement. Quant aux Céciles, il nous faudra un peu plus de temps pour les découvrir planquées dans la haie...
Courir, tenter de faire du bruit pour tromper l'adversaire. Pas de chance: un trou dans la pelouse, je m'étale. Anne-So est morte de rire et s'étale à son tour, ne tenant plus debout tant elle rit. Ils ont bientôt fini de compter, on n'est toujours pas cachées! En désespoir de cause, on se met au bout de la haie, reculant légèrement, dans l'espoir de disparaître dans le feuillage. Nous ne parvenons pas à nous retenir de rire. Devant nous, ma soeur et mon cousin escaladent le mur du cimetière et se postent sur le dessus, invisibles dans la nuit. C'est parti, ils nous cherchent. Cécile et mon frère passent devant nous une fois, sans nous voir. On se prend la lampe-torche dans les yeux, mais ils ne nous voient pas. Nous pouffons de rire en silence. Ils reviennent sur leurs pas, on s'étouffe. Ils voient les deux autres et repartent. On décide de bouger pendant qu'ils sont loin. On sort discrètement de la haie, mais ils reviennent. On court dans l'allée gravillonnée, on rit comme des baleines. STOP! Je n'en peux plus... on va se coucher, épuisés, des crampes au ventre à force de rires.
Le jour où, il y a fort longtemps, je découvris My Fair Lady, ma vie en fut toute bouleversifiée. L’histoire, quand on est jeune et naïve fait rêver : une jeune fille, qui vend des violettes à la sauvette, se retrouve brusquement projetée dans le grand monde et vêtue comme une princesse. Au yeux d’une gamine, ce sont les robes début-XXe et – surtout – les rangées interminables de livres dans le bureau du professeur, qui font rêver. Et, le souvenir de mon premier visionnage resta celui de la chanson du célibataire endurci et misogyne, qui m’avait fait énormément rire.
Aujourd’hui, ce qui me séduit, c’est le fait que deux des trois personnages principaux soient des linguistes (un acousticien et un spécialiste des dialectes de l’Inde) et que le troisième soit interprété par Audrey Hepburn (parce que, quand même, elle est la classe incarnée). Non mais, faut oser partir d’une idée aussi tordue ! Il faut le sortir au producteur, un truc pareil : « mon protagoniste est un imbuvable linguiste qui décide qu’en modifiant l’accent d’une fille des rues, il peut en faire une lady, quel budget me donnez-vous ? » !
Bien sûr, l’histoire est bourrée de moments drôles, de chansons (c’est une comédie musicale, ne l’oublions pas, même si la pièce dont elle est tirée n’a rien de musical), de costumes sublimes et d’idées qui font réfléchir. Quand on se met à déclamer « ma tante elle a clamsé » avec l’accent pincé des aristocrates, on se rend compte que l’appartenance à une classe sociale se démarque par bien plus qu’un simple accent.
Quant à l’histoire d’amour (ben oui, forcément), elle est criante de réalisme : non qu’elle soit réaliste dans le sens où un homme de la haute épouse tous les jours une marchande de fleur, mais dans la mesure où chacun des personnages a sa part de défauts (et même une part énorme dans le cas du professeur Higgings), et qu’il ne la perdent pas par miracle. On sent que la vie ne sera pas facile tous les jours quand tombe le rideau. Mais peu importe, on sourit devant le moment doux-amer. (Bon, je me suis rendu compte bien après que la pièce originale ne se termine pas par un mariage, et que chacun reste de son côté, ce qui somme toute est encore mieux. Mais ce film reste une production hollywoodienne, on ne peut pas tout avoir !)
En un mot comme en cent : ce film est une véritable perle.
Hier soir, premier
spectacle de la saison au théâtre. Pour commencer, un
concert de ''musique du monde''. Mélange des cultures à
tous les niveaux: langues espagnole, galicienne, française,
sarde, etc; musique à un carrefour, entre flamenco, fado,
tango, arabo-andalouse et bien d'autres; une chanteuse sarde, un
contrebassiste mexicain, un batteur uruguayen, des Français à
l'accordéon, au saxophone, à la flûte, au
trombone, et lui, le chef, le chanteur, espagnol vivant à
Grenoble. Ses textes sont splendides et recèlent une poésie
subtile. En voici quelques grappes, cueillies comme ci, comme ça...
Humaine. L'Église n'est pas humaine du peuple qui rageusement, satanise la femme, en nous privant de son savoir: être Marie et Madeleine à la fois. (...) On diffame le sexe, la taille et le regard, on murmure que la beauté est esclave du Diable. Pomme, si Dieu l'a faite sainte et épouse de Antéchrist, ce fut afin de pouvoir l'apaiser. in ''Humaine''
Admets que le vent va et vient de tes forêts à celles de ton voisin, le bon et le mauvais, tout fait danser. in ''Oublier ce qu'on a appris''
Mes mains cheminent vers l'été sur la douceur de ta peau. Des roses blanches et puis rouges sont tes caresses sur mon corps. Laisse-moi être le jardinier et cultiver tout ton dos, semer des baisers de fleur dans tes sillons d'abricot. in ''Sérénade''
Cette femme, cette femme me fait peur. Et pourtant elle m'attire comme le silence qui donne le jour à tout son, triste ou gai. Quand elle parle, elle me dit des choses que je ne comprends pas, Et pourtant, ce qu'elle dit a goût de poésie. in ''Cette femme a goût de poésie''
Nous buvons ensemble le couchant et la peau de la nuit s'éveille dans nos mains croît le vent et sur tes lèvres, le souffle d'une étoile. in ''Baigne la lumière''
"I am inclined to think that a witch should not kiss. Perhaps it is the not being kissed that makes her a witch; perhaps the source of her power is the breath of loneliness around her. She who takes a kiss can also die of it, can wake into something unimaginable, having turned herself into some new species." Kissing the Witch, "The Tale of the Kiss", Emma Donoghue
Treize contes, dont les douze premmiers sont des réécritures de contes connus depuis des lustres: Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle et la Bête... Douze réécritures sous le sceau du féminisme, où les princesses ne sont plus simplement décoratives, mais où elles deviennent de véritables actrices de leur destin.
Plus que ça, ce sont désormais elles les narratrices de leur propre histoire. Récits à la première personne, chacune raconte ses aventures à un personnage du conte précédent. Blanche-Neige, par exemple, demande à sa belle-mère à la fin de son histoire : "Who were you before you married my father? And she said, Will I tell you my own story? It is a tale of a handkerchief."
L'enchâssement des récits se fait en souplesse, et c'est tout naturellement que l'on suit la nouvelle narratrice dans sa propre histoire. Les styles changent subtilement d'une conteuse à l'autre. L'ensemble est extrêmement plaisant à lire, tant pour les happy endings que pour les histoires qui serrent le coeur. Voilà qui donne envie de (re)lire les contes de Grimm et compagnie !
"And what happened next, you ask? Never you mind. There are some tales not for telling, whether because they are too long, too precious, too laughable, too painful, too easy to need telling or too hard to explain. After all, after years and travels, my secrets are all I have left to chew on in the night. This is the story you asked for. I leave it in your mouth." (ibid.)
PS : réécriture dans un genre complètement différent, mais qui se lit tout aussi facilement, Ash de Malinda Lo, réécriture de Cendrillon, sous la forme d'un roman pour young adult.
Hier soir, un rêve est devenu réalité. J’ai vu, jouée sur scène, la pièce d’Edmond Rostand, celle dont le texte est tellement beau qu’il n’est pas de mots suffisants pour exprimer ce que l’on ressent en la lisant – que dire donc en l’entendant, en la voyant ? – Cyrano de Bergerac.
La mise en scène, quoique résolument contemporaine, n’empiétait pas sur le texte. Bien au contraire. Et l’excellence des acteurs n’était pas pour rien dans le sextuple rappel qu’ils ont obtenu à la fin.
Une salle carrelée de blanc, meubles anguleux en métal et formica, néons suspendus pour tout éclairage. C’est clinique et peu hospitalier. Les personnages sont en jogging, ont des tocs étranges, déambulent comme des fous dans un asile. Ici point de panaches et d’épées : les poings suffisent.
Dit comme ça, ça ne donne peut-être pas très envie, mais qu’importe. La beauté du texte était entière, pleine. Les gestes amplifiaient le burlesque de certaines répliques, et à tout instant, on voyait la grandeur du personnage qu’est Cyrano. Sa grandeur d’âme, son cœur immense. Et ces vers… les lignes du baiser, susurrées sur un Skype fictif, m’ont émue aux larmes, après que le bruitage de la célèbre messagerie a faire rire la salle comble.
Le jeu était extrêmement dynamique, les acteurs touchants et l’on pouvait savourer pleinement chaque syllabe, chaque rime avec extase. C’était exquis.
"C’est bien plus beau lorsque c’est inutile !" s'exclame notre héros juste avant de mourir : cette phrase merveilleuse devrait être la devise de tous les amoureux du latin et du grec...
Intangibles, immatérielles elles
se meuvent avec lenteur, avec langueur sur le plafond de ma chambre.
Furtives. Mon œil aux aguets capture un éclat d'écarlate,
un morceau de ciel, une palme, l'or d'un vêtement. Mais à
peine effleurées, elles s'évanouissent, elles
s'évaporent. Voilà désormais qu'un
fragment de lumière est entré dans mon œil. Il y reste
prisonnier. Un tesson de rire cristallin qui éclaire mes yeux.
Cette agréable sensation qu'il y restera, ce petit bout de
lumière, dans mon iris. Mais la couleur s'affadit. Mon œil
est toujours brillant, mais ce sont des larmes qui perlent au bord de
mes cils. Mes yeux sont gris...
"Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait à s'avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. Le corps de Golo lui-même, d'une essence aussi surnaturelle que celui de se monture, s'arrangeait de tout obstacle matériel, de tout objet gênant en le prenant comme ossature et en se le rendant intérieur, fût-ce le bouton de la porte sur lequel s'adaptait aussitôt et surnageait invinciblement sa robe rouge ou sa figure pâle toujours aussi noble et aussi mélancolique, mais qui ne laissait paraître aucun trouble de cette transverbération."
Titre:Le Vent de Feu, t.1 "Les Secrets d'Aramanth" Auteur: William Nicholson (tradution de Diane Ménard) Editeur: Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior (2007)
Une société qui se dit parfaite, c'est forcément louche. Dans la société d'Aramanth, c'est l'égalité des chances qui fait la perfection du système, selon les dire des grands examinateurs. A chaque instant de leur existence, et ce à partir de l'âge de deux ans, les habitants sont évalués. On ne juge pas leurs capacités, mais leurs connaissances, c'est un système très scolaire en fin de compte, où les chefs de famille passent régulièrement le Grand Examen, sorte de DST annuel.
Dès les premières pages j'ai été complètement emballée. L'histoire commence par un prologue, qui raconte une légende, ou un événement qui s'est produit dans la préhistoire de la société Manth. Une histoire de Chanteur de Vent. Quand le récit à proprement parler débute, on comprend rapidement que ce Chanteur de Vent (sorte de sculpture) ne chante plus, ce qui est probablement la cause de la tyrannie qui règne.
Ce mélange assez poétique et lumineux de légende, de science-fiction, et - on le verra par la suite - de quête initiatique m'a rappelé les univers de Michel Ocelot (Kirikou) et Philippe Leclerc (Les Enfants de la pluie). J'y voyais de magnifiques aplats de couleurs rougeoyants, des ombres se mouvant sur fond de désert.
Outre ce décors très réussi, la révolte initiale de Kestrel, la protagoniste, est tout-à-fait jouissive. Le "non" qu'elle balance à la tête de son professeur et tout ce qui s'ensuit ont comme un effet cathartique. Par la suite, elle garde son esprit de rébellion et son énergie, et c'est son jumeau qui pondère la violence de son caractère. Leurs parents sont des personnages également enthousiasmants.
Les ingrédients sont classiques et assez simples dans l'ensemble, mais l'émulsion est sans faute. (Il faut vraiment que je me calme sur les métaphores culinaires quand je parle de livres). La quête comporte les opposants et adjuvants traditionnels, mais le tout dans un univers riche et original (cela dit, j'ai une culture SF très pauvre, alors ça ne signifie pas grand chose).
C'est une histoire qui n'est plus toute jeune (écrite en 2000, traduite la même année pour la première fois), mais que j'ai aimé découvrir.
Titre:Le Prince des Voleurs Auteur: Cornelia Funke Editeur: Le Livre de poche Jeunesse (2008)
En voyant la couverture, j'ai tout de suite pensé "chouette, Venise!"; en lisant la quatrième de couverture, j'ai été très intrigué par cette histoire d'enfants vivant dans les rues de Venise, protégés par un mystérieux Prince des Voleurs, d'autant que ledit prince a pour prénom Scipio, ce qui est quand même trop cool comme prénom. Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un bon livre dans le genre initiatique.
Pourtant, j'ai été déçue. Ou plutôt, je suis restée sur ma faim. Les personnages sont pour l'ensemble assez attachants (même si en fin de compte Scipio est assez insupportable), mais n'évoluent pas suffisamment. J'ai eu l'impression que les aventures dans lesquelles ils se sont engagés ne leur ont rien enseigné. Bien sûr, la situation finale connaît quelques évolutions par rapport à l'initiale, mais les personnages donnent l'impression d'être restés identiques.
En outre, il est très difficile de définir la direction que veut prendre cette histoire. Aventure, assurément. Un peu d'enquête quand nous suivons les filatures de Victor, le détective à la recherche de deux des orphelins. Jusque-là, le mélange fonctionne plutôt bien. Mais brusquement apparaît un mélange de merveilleux et de fantastique qui m'a laissée perplexe. Que cette touche magique serve un objectif dans l'histoire, pourquoi pas, mais en l'occurrence, j'ai trouvé que ce qu'elle apportait ne faisait que renforcer mon opinion: les personnages obtiennent ce qu'ils veulent, comme ça, hop, et voilà, fin de l'histoire.
J'exagère un peu, mais à peine.
Par contre, ce romant se lit tout seul, l'écriture n'est pas désagréable (même si la traduction est parfois moyenne), et puis... c'est Venise! Il suffit d'oublier Scipio. Les adultes en revanche sont assez réussis: Ida et Victor, quoiqu'assez peu réalistes (mais rien dans cette histoire n'est fait pour l'être), sont sympathiques et drôles.
Somme toute, un roman étrange, à lire pour les canaux et ruelles, les places et ponts de Venise, et la lagune. Ah oui, et chaque tête de chapitre est illustrée par l'auteur, et c'est très joli.
Bientôt ce sont les vacances d'été, ce qui signifie pour moi, pas de refuge au CDI pendant deux mois. Afin de rendre cette séparation moins difficile, j'ai effectué lors de mon dernier jour une vingtaine d'emprunts, pour occuper mon été et préparer des mini-expositions sur différents thèmes (et aussi pour savoir ce que recelle notre fonds en sicence-fiction et en littérature jeunesse).
Pour commencer facile, j'ai choisi les deux premiers tomes de La Guerre des ombres. "A partir de 9 ans" précise la quatrième de couverture. C'est peut-être un peu jeune pour un collège-lycée, mais après lecture, ça devrait plaire à certains. Il ne faut jamais se fier aux indications d'âge.
Titre:La Guerre des ombres, t.1 "A la poursuite du chat Néo" et t.2 "L'Enfant des Maroïnns verts" Auteur: Kim Jin-Kyeong Editeur: Picquier, collection Picquier Jeunesse
Yuri part à la recherche de son chat Néo, qui s'est enfui dans le métro, accompagné du mystérieux Suhyeon, que personne ne semble connaître et qui pourtant est dans la même classe que Yuri. A partir de là, tout dérape. Une grand-mère un peu sorcière sort de nulle part et les emmène dans le Monde des Objets Perdus, au-delà des murs du métro. On découvre des chiens-ombres, des hommes-escargots, une Forêt-Mère en danger de mort.
A la surface de la Terre, le couvre-feu est de rigueur, mais une manifestation menace d'être réprimé par d'étranges militaires qui appartiennent à une armée privée. Dans l'autre monde, Yuri apprend qu'elle doit retrouver l'âme de la Reine de la Forêt-Mère.
Et comme si ce n'était pas assez tordu, de nouveau détails, tous plus fous les uns que les autres, apparaissent toutes les pages. Ce récit, sorte de voyage initiatique peuplé de rêves et de cauchemars, fourmille d'idées qui sont autant de preuves d'une imagination débordante. A la fois palpitant et angoissant, le voyage de Yuri suit la trame d'un conte traditionnel avec la forme d'un roman d'aventures, tout en se parant des atours des récits fantastiques et merveilleux.
A partir de neuf ans, certes, mais peut se lire bien plus tard également. Malheureusement, le tome 3 n'est pas encore sorti à ce jour...
Pendant les vacances, le CDI va être repeint. La charge incombe aux documentalistes - nous sommes deux - de déplacer toutes les bibliothèques au centre de la pièce, afin que les peintres puissent travailler.
Il a donc fallu, d'urgence, finir le tri des livres, jeter tout ce qui était stocké et attendait que la benne se vide, ôter les vitrines - trop dangereuses et trop lourdes - des bibliothèques et tâcher d'entasser les livres au centre de la pièce tout en laissant un passage libre (le plafond sera lui aussi repeint). Jeu de cube géant, puzzle à taille humaine, stratégie et construction : équilibre précaire des piles et calcul de la place qui reste.
Les bras sont las, les yeux et la gorge brûlent de poussière, le dos souffre. Mais en un jour et demi, nous avons terminé!
Et bonus de la journée : le job d'été est venu à moi, alors que je n'ai posé aucun C.V. =) [Ne cherchez pas, il n'y a aucun rapport avec le reste de l'article.]
Lors de la visite du château de Montreuil-Bellay, nous avons fait la découverte d'une étrange secte. Un groupe de gais lurons aimant festoyer dans les caves du château ont fondé la confrérie des Sacs à Vin. Étrange nom me direz-vous. En effet, surtout quand on pense que c'est ainsi que l'on appelle le petit tonneau qu'emmenait les vigneron lors des récoltes afin de se désaltérer. « Ni trop, ni trop peu », afin de ne pas s'endormir et d'avoir suffisamment chaud.
Pour intégrer la confrérie, il fallait, après un bon repas bien arrosé dans la cave, monter l'escalier à vis qui mène à la cour, et ce en arrière sans toucher les murs. Une fois l'épreuve passée, le candidat prête serment devant le portrait de Rabelais en citant les vers de ce fameux auteur: « Quand mon verre est plein, je le vide, et quand il est vide, je le pleins »! Intéressant, isn't it?
De plus, lors des grandes réceptions qui se déroulaient dans le salon, on entrait dans ladite pièce en passant sous une porte au dessus de laquelle trône une devise bien sympathique: « Tristitia mea vertitur in gaudium » (pour les non-latinistes et les paresseux – ce que je suis personnellement puisque j'ai attendu la traduction de la guide - « Ma tristesse se transforme en joie »).