Impressions à chaud, lundi midi
Il y a ceux qui bossent en Seine-Saint-Denis et qui pensent avoir
plus de difficulté que tout le monde, ceux qui contestent les
réformes, ceux qui racontent leur vie, ceux qui ne sont jamais
contents, ceux qui pensent qu'ils n'y arriveront jamais, ceux qui
sont persuadés que leur problème est le pire de tous et qu'il est
insoluble, ceux qui sont sûrs d'eux et qui la ramène tout le
temps...
Et moi dans tout ça, j'ai l'impression que je ne corresponds pas
au modèle. Je suis encore étudiante, alors que tous les autres sont
sortis de leurs études – depuis longtemps déjà pour certains (je
pense entre autre à ces mères de famille qui reprennent une
activité professionnelle). J'enseigne le latin, quand les autres
sont profs de maths, d'histoire ou d'anglais. Je suis dans un
collège-lycée où les gamins ne sortent pas franchement de milieux
aisés, alors que selon les dires des autres, ils sont dans des
établissements bien bourgeois qui ont les moyens. Ils parlent de
leurs confrontations avec les parents, quand je n'en entends jamais
parler, de pression au niveau de la direction, quand c'est le
directeur que je vais voir au moindre problème.
J'ai sincèrement l'impression que je n'ai rien à apprendre ici.
Ou du moins, que cette « formation » ne m'apprendra rien
de très utile. Et je ne parle même pas de mes heures en temps que
documentaliste et de mon unique heure de français, où je suis
censée donner la suite du cours d'une collègue, qui ne m'envoie
jamais le travail à l'avance.
J'ai l'impression de perdre mon temps.
Impressions à froid, mardi soir
Formatage, plutôt que formation. Ça a beau être organisé par
le diocèse, on nous parle tout le temps d'éducation nationale. Le
jargon du milieu écorche mes oreilles, et on nous explique
clairement ce qu'il faut faire et ne pas faire. Il faut rentrer dans
le moule, et faire rentrer les élèves dans le moule avec nous.
C'est effrayant, et donne envie de fuir.
Si ce matin j'ai appris davantage de choses, il n'en reste pas
moins que les langues anciennes n'existent pas dans ces formations.
On les a déjà oubliées, laissées dans le placard, sous couvert de
beaux discours. Qu'ils se démerdent donc, ils ne mourront pas sans
langues anciennes. Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre plus tard,
les ignares haut perchés de l'éducation et du ministère. Moi je
sais, et égoïstement, ça me suffit.