Se trouver des excuses...
[Quand l'écriture se fait catharsis...]
« Tu as tout fait pour y aller. » La phrase
qui tue. J'ai tout fait pour aller à la fac, paraît-il,
alors je n'ai pas le droit de paniquer à l'idée de me
retrouver dans un bâtiment immense à l'autre bout de
Paris. Tout fait pour aller à la fac? Qu'ai-je fait
exactement? Rien. Voilà la solution les amis: vous êtes
en prépa et vous ne voulez pas y retourner l'année
suivante, mais vous ne voulez pas non plus abandonner, non il faut
sauver la face. Alors vous ne faites rien et vous accusez votre
professeur de philo ensuite.
Mais si je n'ai rien fait, peut-être y a-t-il une raison, ne pensez-vous pas? Je ne sais pas... peut-être que pour la première fois, je me suis sentie mal à l'aise au point d'en avoir la nausée à certains moments. Tellement mal que je ne voulais plus rentrer chez moi. Le soir, au lieu de me précipiter à mon bureau pour faire préparations et dissertations, je traînais dans le centre de Saint-Quentin ou à Versailles. Je retardais le moment de rentrer chez moi. Pour la première fois de toute ma vie, je me sentais mieux dans la salle de classe poussiéreuse où l'atmosphère était étouffante que chez moi. Pour une fois dans ma vie, j'étais vraiment heureuse de me retrouver avec mes amis, même si quelque fois je ne supportais plus ni remarques ni moqueries.
Chez moi, c'était le désert. L'indifférence. L'absence. On m'a reproché de n'avoir fait aucun effort, de m'être enfermée. Certes, mais je n'ai pas de verrou: une porte, ça s'ouvre. Et qui supporterait de parler dans le vide? Je ne compte plus les fois où mes questions restaient sans réponse, mes répliques sans écho. Et mes repas: la simple vue de ce mur jaune me révulse. J'ai pris ou fini mes repas trop souvent seule, en tête à tête avec lui!
Seule dans le silence de ma
chambre, mon cerveau carburait. Mais plutôt que de réfléchir
à des problèmes hautement philosophiques, je pensais à
ce qui n'allait pas. À ce qui avait changé. Je
ressassais ma rancœur, ma rancune. Oh oui! Je leur en voulais.
J'aurais pu me plonger dans le travail pour oublier, mais ce n'était
pas efficace. Cette attitude nouvelle m'avait déstabilisée
et je n'ai pas réussi une seule fois dans l'année à
me concentrer. Seule, quelques fois, une version de latin y
parvenait. Alors j'ai erré sur le net, pendant un an. Je n'ai
jamais autant traîné sur la toile. Je m'abrutissais pour
ne plus penser à rien. Je plongeais et m'immergeais
complètement dans ce monde virtuel d'inutilités. Alors
seulement, mes larmes cessaient de couler.
Mais tout cela est peut-être une excuse, une énorme excuse, pour justifier mon manque de travail.







