Topographie de l'irréel
Avez-vous déjà imaginé un endroit dont vous ignoriez absolument tout?
Il y a fort longtemps, j'entendis parler pour la première fois de la Suisse. Le Suisse, quand vous n'êtes pas plus haut que trois pommes à genoux, ça ne ressemble pas à un pays montagneux.
À mes yeux, c'était un grand royaume, plat comme la paume de ma main quand j'étirais mes doigts. C'était aussi un désert de sable, sans fin. Des touristes en bermuda, appareil photo autour du cou, allaient et venaient suivant une ligne droite. En face, deux dunes. Sur chacune des dunes, je vous le donne en mille, un petit suisse à la framboise! Ainsi, le roi de Suisse trônait sur un couple de petits suisses roses gigantesques, seuls bâtiments du pays. Les habitants? Il n'y en avait pas. Que ces touristes. Et le ciel bleu, infiniment grand, sans un nuage. Et le désert à perte de vue, de sable ocre jaune.
C'était la Suisse.
Schizophrénie
Depuis la rentrée, j'ai lu.
Oui, lu! Et vous savez quoi? Ça ne m'était pas arrivé
depuis plus de trois ans. Lire le soir, sous sa couette, et rester
éveillée, tenue en haleine par une histoire. Oui, une
histoire. Pas un cours, pas une analyse littéraire, pas une
lecture sérieuse. Une histoire.
Un récit qui nous transporte dans un monde qui, s'il n'est pas
meilleur, au moins fait rêver. Pour moi, un bon livre nous fait
oublier notre vie maussade et les problèmes de métro.
Il faut que derrière mes yeux je voie défiler un film,
et que ce film me plaise. Un bon livre est un bon film. Je visualise.
Et je rêve. Trop de réaliste glauque décrivant la
misère du monde, ça peut être très beau,
pour moi ça n'a qu'un intérêt limité. Ça
ne me fait pas rêver. Au contraire même, ça
m'angoisse.
Je
disais, donc j'ai lu
Je disais donc, j'ai lu (de l'importance de la ponctuation). Qu'ai-je
lu? Oh, un peu de tout! Des romans antiques, un roman médiéval,
avec des voyages et de la magie: tout pour me plaire! Quelques
policiers historiques, avec une petite romance dissimulée
entre deux meurtres. Macbeth,
qui m'a rapidement déçue: un personnage principal aussi
pleutre ne devrait pas avoir le droit d'exister! Des mangas et des BD
par dizaines. Des romans pour midinette de treize ans, mais très
bien écrits. Quelques fics aussi, pour ne pas rouiller ^^
Harry Potter 7, of course! Comment l'oublier? J'ai même lu un
livre ''sérieux'' – Verlaine d'ardoises et de
pluie, d'une poésie
extraordinaire.
Et dernièrement (c'est-à-dire cette semaine), j'ai lu un roman classé « junior ». Et là, je me suis rendue compte que, malgré ma vision un peu naïve de la littérature, j'avais grandi. Parce que pour moi, aucun roman de sorcellerie de vaut Harry Potter. Là, je n'ai lu qu'une série de clichés, une intrigue cousue de fil blanc (je n'avais pas commencé le tome 3 – et dernier – que je savais qui était le père du héros, qui a d'ailleurs les yeux verts – toute ressemblance avec un autre personnage est fortuite), der personnages sans profondeur. Bref, la déception fut totale. Malgré tout, à la dernière page, quand j'appris que le héros avait perdu sa magie, l'âme de la lectrice que j'étais à six ans fut déçue: ça ne finissait pas si bien. Je ne sais pas vous, mais moi j'ai encore au fond de moi un bout d'âme qui aime quand ça finit bien, totalement et sans condition, ce même petit bout d'âme qui hurlait en voyant que le mariage dans La Petite Sirène avait lieu sur un bateau, et qu'il n'y avait pas de carrosse, comme c'est la tradition dans les dessins animés. Par contre, mon âme (à peine) plus âgée se réjouit en voyant là, enfin – après trois tomes il était temps! – une tentative de pseudo-originalité, ou alors de sortie des sentiers cousus de fil blanc.
Entre tradition confortable et plaisir de ne pas se torturer l'esprit (je crois que c'est encore une question de paresse), recherche de l'originalité absolue et plaisir de lire une histoire triste, mais belle à pleurer, j'ai parfois l'impression d'être deux dans mon esprit.
Air Frousse
Un coup de téléphone m'attendait depuis plusieurs jours déjà: je devais régler un petit problème avec Air France. Mais les quelques mots imprimés semblaient dire « ce n'est pas la peine de te presser, tu as tout ton temps ». Qu'auriez-vous pensé de « votre billet n'a pas été émis, veuillez contacter le 08*** pour finaliser la réservation et l'achat de votre billet », et juste en-dessous, en rouge, un « état de votre réservation: confirmée »?
Donc j'appelle. Je poireaute dix minutes avec la musique exaspérante et la boîte vocale qui bloque sur « un agent va vous répondre ». Je commence, lentement mais sûrement, à perdre patience. Puis, enfin, quelqu'un répond. Je pose le problème: je ne parviens pas à accéder à mon dossier sur le net, que se passe-t-il. « Mais Madame (oui, je suis une jeune majeure de moins de 24 ans, comme indiquée sur mon dossier, mais je m'appelle Madame!) votre réservation a été annulée. »
...
Blanc. Trou. Absence. « Comment
cela? - Ben oui, la banque a refusé votre paiement. »
Ahahah! Ils sont comiques chez Air France! C'est que ça ne
leur viendrait pas à l'idée de préciser qu'il
faut appeler AVANT 24 HEURES, parce que c'est votre numéro de
carte qui n'est pas passé! Non, non, au lieu de ça, ils
vous enrobent le tout dans une jolie phrase qui vous dit de ne pas
vous inquiéter. Et moi j'appelle comme une fleur, une semaine
plus tard.
Désespérée, je décline tout nouvel achat par téléphone. Puis je retourne faire mes recherches fébrilement. Tentative d'appel désespéré à Melendili. Pas de réponse. Je rappelle. Encore. Et encore.
Finalement, tout s'est arrangé à 22h40. J'ai une facture, pas de phrase rassurante, et même les informations concernant les billets électroniques! Plus de peur que de mal, mais je les retiens chez Air France.
Moralité: appeler la banque et demander une autorisation de découvert, parce que les virements internet ne sont pris en compte que deux jours après.
Erreur 404 ou presque
PREMIER POINT: Vous l'avez sans doute remarqué, une erreur s'est produite sur ma page blog. Je n'ai pas le temps de me pencher sur la question, et bien que cela m'énerve au plus haut point, j'ai remis quelque chose de potable, en attendant de faire mieux.
DEUXIEME POINT: Pendant les prochaines vacances, je pars à Vienne pendant quatre jours! Alors je suis de bonne humeur et souris bêtement dans les couloirs du métro quand j'y pense. (Et non, je ne vois pas pourquoi Melendili et moi nous entretuerions!)
TROISIEME POINT: Ce soir, j'ai été au théâtre de Saint-Quentin et j'y ai vu... Sansévérino en concert!
Voilà. C'est tout pour aujourd'hui.
Question bonus: sauriez-vous traduire "l'empereur du Japon" en latin? ^^
Etrusques et bidules
Je vous avais parlé de Mika, il y a quelques temps (mais si, rappelez-vous! Le prof de langue grecque!).
Aujourd'hui, je vais vous parler de la réincarnation de Nils Hazard. En fait, physiquement, ce n'est pas du tout ça, mais on s'en fiche. Mon prof de langue latine est LE spécialiste français des Etrusques. Et il lisait Alix dans sa prime jeunesse. Bref. Et en plus, ses cours sont vraiment bien! Seul défaut, un tic de langage fort prononcé, mais que l'on n'entend plus à force. Si vous voulez l'entendre parler de son métier, >>cliquez ici<< (A force de mettre des mots-clefs en pagaille, quelqu'un de ma classe va finir par tomber sur ce blog...)
Périple méditerranéen III
Ou le rêve hellène
Il
était une fois, il n'y a pas si longtemps que cela, un homme
qui avait un rêve, que dis-je un rêve? un fantasme. Une
lubie. Une idée folle. Folle et grandiose.
À
Saint-Germain-en-Laye naissait en 1860 Théodore Reinach. Ce
petit garçon de famille juive était promis à un
avenir surprenant. Mêlant mathématiques, politique,
histoire et musicologie, il devint un jeune surdoué du lycée
Condorcet. Plus tard il enseigna à la chaire de numismatique
en Sorbonne. Mais son parcours n'a que peu d'intérêt. Ce
qui a attiré mon attention, c'est son amour pour l'hellénisme.
Je ne sais si c'est ainsi que l'on peut qualifier sa villa grecque sise en bord de mer, mais à mon humble avis, il s'agit d'un des plus beaux témoignages qu'un homme puisse faire à la Grèce. Une maison bâtie sur le modèle des maisons de luxe de Délos du IIe s. avant J-C, avec en décor le bleu de la Méditerranée et l'éclat du soleil méridional.
Des pièces certes très richement décorées, mais tout en gardant une simplicité exquise. Fresques, mosaïques, mobiliers, plafonds, tout est décoré avec un raffinement sans nom. Et chaque pièce est dédiée à une divinité grecque. Nous trouvons même dans le salon l'autel domestique. Une bibliothèque de rêve, et en frise murale, la litanie des plus grands auteurs de l'époque classique.
Je pense que le mieux que je puisse faire maintenant, c'est de partager mes photos, afin que vous jugiez par vous-même...
De la moralité des latinistes (De bonis moribus latinistorum)
Le frêle élève de latin fraîchement sorti du lycée a une vision du latin fort étroite. Il connaît Cicéron, un peu Virgile et Sénèque. Je ne sais pourquoi, mais les dignes enseignants de cette noble matière affectionnent Sénèque. Ce brave philosophe a le privilège et l'honneur de tenir compagnie aux latinistes en herbe à chaque épreuve de leur cursus honorum: bac blanc, concours blancs, plus de la moitié des devoirs sur table.
Ainsi, lorsque tout heureux, le latiniste franchit les portes de son lycée pour la dernière fois, il croit, le naïf! que seul existe Sénèque l'austère, qui nous parle des combats de rue – c'est la mal! - de l'ivresse – ce n'est pas bien! - et de la philosophie – c'est ainsi que tu sauveras ton âme, mon enfant!- et possède parfois quelques notions de cicéronien – le dieu du thème – et de virgilien – trop méconnu cependant.
Tout frétillant, l'hypokhâgneux latiniste attend sa première version. Sénèque. Quand il voit le nom, pas de frisson, pas de réaction: tout est normal. Et cela semble se poursuivre chez les khâgneux... les pauvres! Il n'ont pas ce bonheur des Lettres classiques.
Première version: Tacite! Ô joie! Tacite le taciturne. Malheur à ceux qui ne comprennent mie aux sous-entendus, aux ellipses et autres élisions. Les préparations se font sur Pline l'ancien, Sénèque le père (et oui, ça se reproduit ces bêtes-là!), Pétrone évidemment, et un peu de Virgile, pour la forme. Pline nous parle de peintres rivaux. Sénèque le père des controverses dans les écoles de rhétorique, avec des histoires de pirates abracadabrantes. Et Pétrone raconte comment Eumolpe, dans sa jeunesse, séduisit le fils de son hôte, en lui offrant des colombes et des coqs de combat, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus payer; à ce moment-là, il ne fit que l'amadouer par le langage du corps...
Que de réjouissances! On se rend compte que la littérature latine est en réalité variée. Sénèque semble avoir disparu du répertoire des doctes professeurs. Et en cours de grammaire, nous chantons Vénus avec Lucrèce. Le luxe!
Pour
conclure, je dirais – afin de faire un lien avec mon titre – que
les enseignants facceux sont bien moins soucieux de la moralité
de leurs élèves que les professeurs lycéens et
prépaïens (à l'exception peut-être de la
noble Mado - " Pedicabo vos et irrumabo "). Venez tous à la fac les amis!








