Havre de paix
Dans mon appartement, la fuite, la vaisselle sale, le ménage, les vêtements et le bureau qui déborde. Les problèmes d’APL, de loyer, d’assurance. Toujours téléphoner, toujours être aux aguets. La patience s’use. J’ai besoin de paix.
Alors ce matin, j’ai pris le tram plus tôt que prévu. J’étais attendue à onze heures pour les soutenances de stage à la fac. A neuf heures j’étais lové dans le CDI.
A cette heure-ci, il est fermé le jeudi. Ce n’est pas mon horaire, et mon collègue est en cours. Je tourne ma clef dans le serrure et j’entre. L’air est froid et humide et empli d’une très forte odeur de poussière et de vieux livre. Les murs gris. Pas de lumière.
Je suis épuisée. Deux nuits que je ne dors pas. Mon cerveau est en mode automatique. Je m’installe au bureau et commence, dans un mouvement mécanique, à enregistrer les nouveaux exemplaires de One Piece et Tir Nan Og dans la base de données.
A onze heures un peu passées, je suis à Saint-Michel. Puis, le cours de l’après-midi a été supprimé. Ni une ni deux, je retourne au CDI. Il y a du monde, mais je n’entends même plus le vague brouhaha des élèves.
Ici, mon travail est apprécié. A deux cents pour cent. Alors pourquoi me priverai-je de ce qui me plaît? Je fais des heures sup’ non payées, mais je n’en ai cure. Je me paye moi-même en calme et apaisement. Je me sens bien, là, dans ce froid, ce gris et ces livres. Je suis un peu dans mon domaine. Ou du moins, dans le royaume de mon collègue, qui m’en a laissé les clefs, et tous les droits.
Là, j’oublie l’administration, j’oublie la plomberie, j’oublie le téléphone. Et je tourne les pages jaunies des ouvrages trop vieux. Et je me fais un plaisir d’offrir Death Note et Nils Hazard aux élèves...








