Vendredi. On nous annonce que le prof de l'après-midi est absent.
De francs sourires s'étalent soudain sur nos visages. À midi, nous
serons en week-end.
Après avoir déjeuné avec J. et pris le thé pendant que Mimy
dévorait ses makis, je redescends vers Odéon et la ligne 4.
Direction : le CDI. J'ai tout l'après-midi de libre, rien à
faire chez moi à part écouter le plic-ploc de la fuite et dormir.
Si c'est pour passer le reste de la journée sur internet, autant que
ce soit pour enregistrer des livres dans la base de données.
Lorsque j'arrive, j'apprends que mon collègue s'en va, mais que
je suis libre de laisser le CDI ouvert autant qu'il me plaira. Des
6ème me demandent à quelle heure ça ferme. Ils ont
étude à 17h30. Très bien, je serai là.
Le silence est encore plus présent que le lundi matin. Il y fait
aussi froid que chez moi. Mais peu importe : je m'attèle à la
tâche. Je finis mon rangement des romans. Je libère de la place
pour le théâtre et la poésie. Lorsque je regarde ma montre, il est
presque dix-huit heures... Ne pas terminer mon tri me demande un gros
effort, mais je finis par reposer les Psaumes
de Claudel et enfiler ma veste. En passant, je jette un œil aux
inscrits du futur club BD et grimace légèrement : il n'y a
guère que des 6ème
et des 5ème.
Moi qui voulais de la variété, c'est pas gagné.
Dehors, le ciel est gris et
plombé. Le périphérique est encombré, comme toujours à cette
heure-ci. Le ciel donne l'impression qu'il va dévorer la ville :
il est lourd, lourd, très lourd, et pèse sur mon estomac. J'ai très
envie de pleurer, d'un coup, je ne sais pas pourquoi. Je ne me sens
pas bien,il fait froid.
Ce soir, après une longue
conversation téléphonique avec la mother, je pleurerai longtemps,
songeant douloureusement que ma sœur me manque, et que ce n'est pas
dans une semaine que je veux la voir mais tout de suite, que mon père
me manque, et que je ne suis pas sûre de pouvoir le revoir un jour
comme je le voyais avant.
Finalement, c'est épuisée et
sur le chapitre 2 de Harry Potter and the Chamber of
Secrets que je m'endors, le nez
bouché et les yeux rougis.