Le voyage d'Inci
Tout commença
au chant du coq, le premier vendredi de cet auguste mois. Nous
quittions allègrement la maison méridionale pour aller
retrouver notre illustre fief viennois. Petites routes du pays de
Fayence, bonjour! Ça tourne, ça monte. Les caniveaux
sont énormes, les autochtones roulent comme des pieds. Puis
nous rejoignons la payante autoroute, non sans avoir contourné
le majestueux lac, dont les plages n'étaient pas encore
grouillantes de bedaines ventrues et de corps huileux entassés.
Des camions, de la
circulation. Puis c'est la vallée du Rhône, où la
circulation est encore plus dense. Puis nous changeons pour une route
soi-disant moins fréquentée. Ça, c'était
l'année dernière! Parce que nous en avons doublé
du poids lourd. Et pas qu'un peu! Embouteillages aux péages.
Distraction du moment: sont-ce des gendarmes ou des policiers dans
ces grands bus bleus? Espionnage, zyeutage: bien sûr, ils nous
ont vues ma soeur et moi, et se sont bien marré. On n'avait
pas du tout l'air de mater, non non, pas du tout! Finalement, l'un
des hommes bleus arborait un magnifique T-shirt outremer, barré
dans le dos par un discret « GENDARMERIE »
blanc joignant les deux épaules... Nous étions fixées.
Midi, pic-nic. Arrêt sur une aire d'autoroute. Une autre voiture s'arrête et nous regardons, médusées, trois chien sortir de la voiture. Les maîtres les attachent à des piquets. Ils sont jeunes (les chiens et les maîtres). Ben dis donc! Et juste en face, de l'autre côté de la route, deux gros chiens dans le coffre. Mais ils se sont donné rendez-vous ou quoi? Nos sandwiches deviennent d'un coup moins intéressants que ces canidés jappant. M'enfin...
Après
plusieurs heures d'autoroute, nous sortîmes. Là commença
l'épopée sur nationale. Si l'on avait su! Si l'on avait
su que c'était si long! Plus de deux cent cinquante kilomètres
à 90km/h... Je vous jure que vous sentez le temps passer.
Surtout quand c'est votre soeur qui est en conduite accompagnée
au volant! Y a un stop. - Je vois pas la barre du stop! Elle est
effacée. Je m'arrête où? La
question fut réglée: elle ne s'arrêta pas.
Heureusement pour elle que la voiture qui arrivait tournait! Et la
mère de hurler, et la soeur de bouder. Une demi-heure plus
tard, elle daignait s'arrêter et je pris le volant, soulagée
d'avoir enfin quelque chose pour m'occuper.
Je fis les derniers cent kilomètres. Découverte d'une
jolie ville qu'il nous faudra un jour visiter, quelques sensations
dans les montagnes russes que sont ces petites routes et la joie de
doubler un tracteur. Enfin, après onze heures de trajet, nous
arrivons en notre château où nous attendent le père,
le frère, l'oncle, la tante, la cousine et le cousin. Les
quatre derniers ne tardent pas à repartir, et nous voilà
au complet, prêts pour attaquer dix jours de vacances chez
nous.






