16 octobre 2013

Souvenir de lycée

joseph désiré court - la mort d'hippolyte 1825

Joseph Désiré Court, La Mort d'Hippolyte, 1825

 « De son généreux sang la trace nous conduit,
Les rochers en sont teints, les ronces dégouttantes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes. »

(Jean Racine, Phèdre, V-6 - Récit de Théramène racontant la mort d'Hippolyte)

Posté par incitatus à 10:17 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 septembre 2013

Promenade n°3 : Cupelin

Journée plus tranquille ce jour-là, nous nous sommes rendues à pied à l'ancien chalet de mes grands-parents. La route du Château est étroite et empruntée par les voitures, nous faisons donc attention à rester bien visibles. A droite, autrefois, il y avait des chèvres dans ce terrain, les arbres en ont gardé les cicatrices même si les chèvres ont disparu. Un hôtel trois étoiles a vu le jour, "La Ferme de Cupelin".

P1030383

Ma mère me décrit tout ce qui a changé, ce qui est resté intact. J'étais trop petite pour avoir observé tout ça, à l'époque, mais certaines choses reviennent. Enfin, au détour d'un virage, la fontaine, au bas du chemin du Bulle. Les têtards sont toujours là. La saison est tardive, ils ont leur quatre pattes. Celui que ma mère a attrapé se sauve par petits bonds au creu de sa main.

P1030388

Plutôt que de continuer sur la route, j'opte pour le chemin, dont le goudron a été récemment refait. Contrairement aux nombreux endroits que nous avons vus, ici les haies sont drues. J'avais remarqué que les jardins étaient rarement limités, laissant les terrains s'entremêler et la vue offerte. Dans ce quartier, c'est tout l'inverse. Les habitants cherchent à disparaître. Et le vainqueur n'est autre que l'ancien chalet familial.

P1030390

A l'époque, on le voyait de loin, et sa vue sur le Mont-Blanc était unique. Aujourd'hui il est dévoré par d'énormes haies de thuyas. Les arbres ont tellement grandis que la vue doit être mangée par leur branches. Afin de jeter un oeil, nous sommes obligées d'entrer dans l'allée. Le chalet n'a pas vraiment changé. Les roses trémières fleurissent toujours le long du garage. Mais le jardin est étouffant, et les franboisiers ont disparu.

P1030392

En redescendant, nous visitons Cupelin. Les potagers, la chapelle, les vieux chalets... Je me sens chez moi, je n'ai pas envie de repartir.

P1030413

Posté par incitatus à 09:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
15 août 2013

Retour aux sources

Mardi dans l'après-midi, je m'extasiais sur l'autoroute suspendue dans la montagne. Nous étions avec ma mère sur l'A40, en direction de Saint-Gervais-les-Bains. Viaduc après viaduc, j'observais émerveillée ce paysage si familier et pourtant si lointain. J'avais l'impression d'être revenue dix ans en arrière. Après chaque tunnel creusé dans la roche, un nouveau paysage s'offrait à nous. Rotondité des roches brunes, monts hérissés de sapins, et un peu plus loin, les aiguilles enneigées qui s'alignaient à l'horizon.

P1030297

Après un dîner en ville mardi, où nous avons pu noter tous les changements survenus depuis quelques années et suivre les pas de souvenirs plus ou moins anciens, hier nous nous sommes rendues à Megève. Les laiteries, fromageries, charcuteries et autres épiceries ont été remplacées par des boutiques de luxe et de vêtements. Dommage pour nos estomacs affamés. Cependant, cartaines choses ont survécu: les calèches sur la place, le photographe dans sa ruelle, bien qu'ayant troqué ses pellicules argentiques pour des appareils numériques, le cinéma, le téléphérique de Rochebrune (même s'il n'est plus rouge)...

P1030281

En marchant un peu plus haut au-dessus de la ville, en s'élevant vers les pistes herbeuses, le bruit des voitures s'amoindrit, le silence propre à ces paysages grandiôses se fait appaisant. Les télésièges ont suspendu leur vol pour la saison, vides. Tous les souvenirs de mes cours de ski, rarement heureux, me reviennent et j'en ris aujourd'hui. Mais je préfère toujours l'herbe à la neige, et mes pieds ancrés sur le plancher des vaches plutôt que sur des skis.

P1030283

Posté par incitatus à 10:45 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
21 mars 2013

Iphis et Iante

Tout commença à l’automne, quand je découvris qu’une amie de longue date, perdue de vue depuis des années, jouait dans une pièce qui ne laissa pas de m’intriguer quand j’en eus lu le synopsis. Voyant que la tournée passait par le théâtre de Saint-Quentin, je saisis l’occasion d’élargir ma culture littéraire et de revoir cette amie. Aussi, hier soir, lorsque je pris place dans la grande salle – loin d’être pleine – j’ai pu apprécier pleinement l’ambiance propre à ce lieu un peu magique. J’étais en plein milieu, ni trop près ni trop loin de la scène, à distance respectueuse des meutes de lycéens surexcités. L’odeur de chlorophylle mentholée du chewing-gum de ma voisine et de naphtaline du couple devant moi me tinrent compagnie durant un spectacle que je savourai du début à la fin.

Benserade

Née en 1634 de la plume d’un certain Isaac de Benserade (dont j’ai découvert après coup qu’il était surtout auteur de ballets), cette pièce pour ainsi dire inconnue est inspirée d’une des métamorphoses d’Ovide – tirée du livre IX, pour être plus précise.

Le mythe est simple : Iphis, née fille, aurait dû mourir à la naissance, son père ne voulant pas s’encombrer d’un tel fardeau. Mais sa mère, confortée par la déesse Isis, la garde en vie, et l’élève comme un garçon. Le père n’y voit que du feu (pas très futé, il donne tout son sens à l’expression « prendre ses désirs pour des réalités ») et arrive le jour où son fils est en âge de se marier (treize ans pour Ovide : autre temps, autres mœurs). Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : les pères sont d’accord, les promis sont jeunes et beaux, la future épousée est folle amoureuse de son fiancé et… Iphis est également fort épris-e de la belle Ianthe. Devant l’urgence de la situation et à force de prières, Iphis et sa mère finissent par atteindre Isis, qui métamorphose la jeune fille en jeune homme.

Iphis-et-Iante-Raphael-Arnaud

Mais Benserade est jeune (vingt-deux ans quand il écrit la pièce), et veut jouer avec son public. Aussi, pour corser la situation – déjà fort épicée, – décide-t-il de décaler le moment de la métamorphose. Oh, si peu. A peine vingt-quatre heures. Le temps d’une nuit de noces en fait. Nuit que les protagonistes (âgées de vingt ans dans cette version) semblent avoir appréciée :

(Iphis)
J’oubliais quelquefois que j’étais fille,
Je ne reçus jamais tant de contentements

(Iante)
Si la fille épousait une fille comme elle,
Sans offenser le ciel et la loi naturelle,
Mon cœur assurément ne serait point fâché

iphisetiante

L’ensemble est saupoudré d’un amoureux transi (et oui, le pauvre Ergaste, qui connaît le secret d’Iphis et passe pour insensé), d’une amoureuse de l’amoureux transi, de messes basses entre confidentes et de menaces de suicide régulières. Et oui, c’est bien connu, les premières amours sont douloureuses. Et il est des secrets difficiles à avouer, lourds à porter. Cette pièce m'a rappelé une tragédie que j'avais vue il y a longtemps, Dommage qu'elle soit une putain, de John Ford : même si Iphis et Iante est une comédie, elle aborde un sujet tabou, et très rarement représenté. (J'ai cherché un article que j'aurais écrit sur la pièce sus-citée, mais je l'ai vue en janvier 2006, date à laquelle ce blog n'existait pas...)

iphisetiantecraphaelarnaud2640

Je ne vais pas me lancer dans une analyse de la pièce – quoiqu’elle le mérite – car le metteur en scène le fait très bien dans l’interview que vous pouvez visionner ci-dessous. Mais je peux dire naïvement que j’ai vraiment aimé cette mise en scène dynamique, le rythme enlevé des dialogues, les décors et costumes simples, beaux et efficaces, le double langage, le jeu des acteurs.

Sitôt les applaudissements éteints et les lumières rallumées, je me mets en quête d’un moyen de rencontrer les acteurs. Je descends au foyer, et j’attends, la peur au ventre. Après tout, le collège est loin désormais, et la dernière fois que je l’ai vue, c’était en coup de vent avant son entrée en scène dans Richard III. Les spectateurs ont quitté les lieux, seul un couple sirote une bière dans un canapé. Les acteurs sortent peu à peu. J’attends, l’angoisse monte. Des milliers de questions m’assaillent. Mais le sourire incrédule sur son visage les fait taire. Elle se souvient de moi, tout va bien.

Posté par incitatus à 23:51 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
10 janvier 2012

Où je me dois de dire une expression de mon grand-père

Mon grand-père avait une expression, d'une élégance rare et d'une absolue finesse, qui colle parfaitement à la chance écoeurante que j'ai eu une fois de plus. Mon grand-père disait de quelqu'un de chanceux qu'il avait "le cul bordé de nouilles". Bon, s'il-vous-plaît, n'essayer de pas de visualiser, ce n'est pas très joli.

Pourquoi une telle introduction ? Tout simplement :

La semaine dernière, mon directeur de mémoire de l'an dernier m'envoie une offre de stage. Je jette un oeil : sujet intéressant, milieu de la recherche industrielle, petite boîte récente et... à dix minutes de chez moi. Je saute sur l'occasion. En un week-end, je mets à jour mon CV et rédige ma lettre de motivation. J'envoie le tout. Le lendemain, on m'appelle, on fixe un rendez-vous.

Ce matin, l'angoisse et l'impatience font un mélange détonnant. Le coeur qui accélère brutalement, l'estomac qui se tord. Rien que de très normal. Lorsque j'arrive, j'ai l'impression qu'ils ont déjà décidé de me prendre. Aussi, à la fin de l'entretien n'attendent-ils que ma réponse, qui est immédiate, bien sûr ! J'ai même le droit de continuer le club BD !

La vie n'est-elle pas merveilleuse ? Une offre, un CV, une réponse, un stage trouvé. J'ai parfois l'impression que je vais me réveiller un matin et que tout aura été un rêve. Je plane complètement.

Posté par incitatus à 15:23 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

04 novembre 2011

Grille-pain

Je me souviens, quand j'étais petite, le vieux machin tout raffistolé. On s'y brûlait les doigts, on y oubliait systématiquement nos tartines, qui se rappelaient à notre bon souvenir avec force fumée et odeur de brûlé.

grille_pain_vieux

C'était les goûters au chalet, chez mes grands-parents, l'hiver, neige et vue sur le Mont-Blanc.

C'était les petits-déjeuners en famille dans la grande salle, sur l'immense table, sous le plafonnier, rosée humide, chant des coucous et des tourterelles, au loin l'église qui sonne.

C'était les réveillons, odeur de toasts briochés, enfouis sous le torchon de cérémonie pour arriver encore chauds sur la table et accueillir le foie gras.

Ce vieux machin, sans interrupteur, dont les résistances avaient été raccomodées tant bien que mal, lorsqu'il est mort, nous l'avons remplacé par le même.

Et aujourd'hui, pour mon chez-moi, je ne me voyais pas acheter un autre grille-pain que celui qui ressemble tant à mes souvenirs. Avec cependant une petite touche de modernité et de couleur.

grille_pain

Posté par incitatus à 23:17 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,
06 juin 2011

Crise de larmes

Marie-Aude Murail, Papa et maman sont dans un bateau, édition L'école des loisirs, page 162 :

La nuit précédente, il avait entendu papa crier : "J'en ai marre de cette vie de con ! Je voudrais être ailleurs, ailleurs !", il avait entendu maman lui répondre : "Pars, va-t-en !" Il avait appelé papa et papa l'avait sorti du lit et pris dans ses bras.

- Tu as fait un cauchemar, bonhomme ?

- Oui.

- Toujours tes fichus robots ?

- Oui...

Il avait enfoui sa tête dans le cou de papa, là où le sang battait tout chaud, et il avait murmuré passionnément :

- Pars pas.

Et là, j'ai fondu en larmes. Il est bientôt trois heures de matin, et je fonds en larmes en lisant ces quelques phrases, dans un bouquin pour collégiens.

Dehors l'air est frais. La pluie a cessé. J'ai les yeux gonflés de sommeil et de larmes, et le nez bouché. J'aimerais avoir l'âge d'Esteban et encore un père que je pourrais supplier : "Pars pas."

Posté par incitatus à 02:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,
25 décembre 2010

Noël

Ça y est. Minuit a sonné depuis une heure. C'est Noël.

Dehors, les cloches de la cathédrale carillonnent joyeusement dans la nuit. La neige tombe en rafale depuis ce matin, a recouvert le sol d'une couche blanche et rendu les pavés glissants. Les maisons à colombages, les marchés de Noël, les odeurs d'épices et de vin dans les rues. Strasbourg sous la neige, un soir de Noël. Une sorte de rêve devenu réalité.

Pourtant.

Pourtant, demain matin, lorsque je me lèverai, je ne pourrai pas descendre dans le salon, rejoindre mes parents avec mon frère et ma sœur, en pyjama, pour le traditionnel déballage des cadeaux en famille, suivi du non moins traditionnel petit-déjeuner de Noël. Plus jamais une telle réunion n'aura lieu. Pourtant, il n'y aura pas de cadeaux pour Papa, pas de petite carte de Noël pour lui, pas de Nutella à table, plus son lait chaud au cacao amer. Il n'est plus là.

Il nous souhaite un joyeux Noël, mais comme s'il ne savait pas ce que cela signifiait. Comment Noël pourrait-il être joyeux cette année? Il garde un arrière-goût amer et désagréable.

____

Joyeux Noël à vous, chers lecteurs! J'espère que votre réveillon s'est passé dans la pure bonne humeur! Je vous embrasse,

inci

Posté par incitatus à 01:07 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,
30 novembre 2010

Cure de Jouvence - part two

imgUne invitation à l'Opéra, ça ne se refuse pas. Un invitation à l'Opéra royal de Versailles, ça se refuse encore moins. Que dire, donc, d'une invitation à l'Opéra royal de Versailles pour un ballet baroque, sur musique de Mozart et Gluck, avec décors en toile peinte?
Évidemment pour rien au monde je n'aurais manqué ça! Surtout avec la promesse que l'on pourrait se glisser derrière le rideau après le spectacle pour admirer l'envers du décors.

Nous sommes arrivés dans la cour pavée, puis sommes entrés dans les couloirs du château, ou plutôt devrais-je dire corridors. Nous avons été accueillis, placés avec soin, dans le parterre, au deuxième rang, pour avoir le plus de profondeur possible sur le décor.

Les lumières s'évanouissent, le rideau se lève. Et là je reste bouche bée devant le spectacle. Le décor est encore plus beau que ce qu'on pourrait espérer. C'est gigantesque, c'est sublime! Arbres, buissons, colonnades, ciels nuageux peints sur d'immenses toiles. On se croirait dans un tableau du XVIIIe siècle, vous savez, ces tableaux bucoliques à la végétation mousseuse? Et la musique, tout aussi belle, qui rythme le pas des danseurs dans leurs costumes colorés et chatoyants. C'est merveilleux. Les changements de décors donnent le vertige. L'odeur du bois et de la peinture m'enivre. Ça fait rêver, complètement. Pour un peu, on se croirait à un autre siècle.

img2

Les danseurs sautillent, virevoltent, se chamaillent. Les instruments valsent et chantent leurs airs des siècles passés. Et le décors est là, majesté incontestable dans le cadre merveilleux de l'Opéra royal.

img3

L'escalier en demi-lune côté jardin, trois étages plus haut, nous passons une porte dérobée et déboulons sur la scène, ou plutôt, au-dessus de la scène. La vue sur les cintres, les projecteurs, les décors vus du haut. Nous descendons un petit escalier en bois et tomettes, et nous foulons le bois craquant de la scène. On se sent minuscule dans l'immensité des murs et des toiles.

Photo0546

J'ai l'impression de réaliser un rêve de gamine, quand petite, je rêvais de passer à la suite des personnages dans les romans d'Annie Jay ou d'Annie Piétry pour courir le long des passages dérobés du château, d'aller dans les endroits interdits au public.

J'ai eu le plaisir de voir que j'étais encore capable de m'émerveiller, comme la petite fille que j'étais s'était émerveillée il y a plus de dix ans devant le monde des Poupées à Disney Land...

Je suis ressortie, il neigeait, et c'est avec encore des étoiles dans les yeux que j'ai regagné mon appartement parisien.

Posté par incitatus à 10:28 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
24 juin 2010

Odorat

L'escalier de bois craque sous mes pas. Il est dix heures et demie. L'odeur d'humidité ou de poussière je ne sais pas trop imprègne les couloirs. Cette odeur qui finira par signifier que je suis chez moi. Pour l'instant, je l'apprivoise, peu à peu. Dans le hall d'entrée flotte un reste de parfum à la vanille bon marché et de tabac froid. Dehors, le soleil chauffe déjà.
L'odeur coutumière du train, ou plus exactement du RER C. Même les rames pour Versailles et celles pour Saint-Quentin portent des nuances différentes. Dans les transports, la sueur agresse les narines. Touristes massés et bruyants. Les accordéons attaquent en bande sur cette ligne, et détruisent le fragile équilibre de vos neurones. La migraine se fait sentir. Qu'ils cessent, pitié!
La place d'armes brille comme la carapace luisante d'un gigantesque scarabée. Les pavés disparaissent sous la foule des touristes et badauds venus prendre le soleil et s'emplir de culture. Avec mon frère, nous traçons notre route vers les tréfonds du parc, là où nous savons que le silence se fait davantage entendre. Les gravillons crissent sous la semelle, la lumière fait ciller. Le long des charmilles, la fragrance reconnaissable entre toutes des balades de notre enfance avec les grands-parents. Les feuilles suintent leur parfum sous le chaud soleil.
Dans le bosquet de la reine, il n'y a presque personne. Les buis sont plus odorants que jamais. La pelouse n'est pas aussi bien entretenue qu'ailleurs. Dans un coin, un passage vers un recoin ombragé. Dans l'herbe folle, nos pas réveillent le thym. La sortie nous conduit à l'orangerie.
Au milieu des bacs, il n'y a personne. Les promeneurs préfèrent les photos vue-d'en-haut à la réalité tangible et sensorielle d'une promenade parmi les orangers. Ils sont en fleurs. Les corolles blanches sont exquises. Parfum sucré, doux. Qui me rappelle mon voyage - il y a longtemps - en Espagne, avec les autres grands-parents. Dans les grands halls de pierre, immenses, vides en cette saison, règne le doux murmure de l'humidité, comme seules le recèlent les caves. Nos pas résonnent. Nous poursuivons. 103 marches, je suis formelle. Théo a perdu le compte.
Austerlitz, la Pitié-Salpêtrière. Été comme hiver, il y a les clochards, les ivrognes, tous les démunis qui règnent dans le square, sous la rame du métro, et leur odeur aigre qui les suit lorsqu'on les croise. Le cours commence, les figures de style dansent. L'odeur du thé, dans ma tasse.
Ce soir, la vaisselle dans mon évier sent le graillon, et j'ai les mains qui sentent la lessive...

Posté par incitatus à 12:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,