Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

11 août 2006

Travaux

L'été, on a envie de changer pour la rentrée. Alors, à la maison, comme nous n'avions rien de mieux à faire, nous avons observer les murs de la cuisine: couverts de crasse, sales à faire peur. En cinq minutes, les murs étaient vidés de tout tableau ou autre objet encombrant, et nous attaquions le papier peint. Mission: repeindre la cuisine, tout récurer et essayer de la rendre un peu plus « habitable ». Quelques jours de travail acharné en perspective.

travaux

Armées de gants en caoutchouc, nous avons bougé les meubles et frotté énergiquement à la lessive Saint Marc le dessus des meubles accrochés au mur, vous savez, ceux qui n'atteignent pas le plafond et sur lesquels toute la crasse se dépose insidieusement. Puis, à grande eau, nous avons lessivé le papier peint pour qu'il se décolle mieux; l'eau coulait le long de nos bras cherchant à atteindre le plafond, jusqu'aux épaules. Et alors, cette odeur de papier mouillé, de colle, de plâtre. Une odeur de renouveau, de travaux, de changement, de mutation. Une odeur qui donne de l'entrain. Mais pas à tout le monde apparemment quand on voit que mon père, rentré tôt du boulot, s'est contenté de dévisser deux prises électriques et d'ôter le plafonnier!

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Ode cacaotée

Son odeur forte et sucrée fait frémir les papilles. Sa robe, d'un brun profond envoûte notre regard et nous perd dans un océan de saveurs. Les pupilles dilatées, nous le regardons, onctueux lorsqu'il est fondu, couler délicieusement. Un doigt trop curieux – ou trop impatient – s'y égare pour nous le faire goûter; c'est le paradis. Lorsqu'il sort de son emballage, papier gênant qui le dérobe à notre vue, c'est pour venir fondre lentement, paresseusement sur notre langue. Et nous finissons, avides, par y croquer à pleines dents, pour le plaisir de le sentir craquer et s'émietter sous notre palais...

chocolat

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07 août 2006

Senteurs méridionales (le 3 août)

Dans l'air brûlant de l'après-midi, le pin exhale sa forte odeur de résine. Une main s'égare dans la haie de romarin; un doigt s'attarde sur les fines feuilles. Son parfum entêtant y restera pendant des heures. Marchez le soir dans l'herbe et vous sentirez le thym et ce qu'on appelle le poivre de l'âne. Si vous approchez de la piscine, le chlore vous piquera les yeux et le nez. Quand on arrose, de la terre rouge du midi émane une senteur toute particulière.

Ces odeurs, je les connais depuis que je suis toute petite, depuis toujours. Tous les étés, séjour de mise chez la grand-mère, dans la demeure varoise. Pour beaucoup de gens, ces parfums signifient beaucoup. Pour beaucoup de gens, ces senteurs sont celles du paradis. Pour moi, elles ne signifient rien. Aucune émotion, aucun bon souvenir, rien. Je les reconnaîtrais entre mille, ne les oublierai certainement jamais, mais elles me laissent de marbre.

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Ô ciel! (vendredi 27 juillet)

Je m'ennuie. Des bouchons, des bouchons et encore des bouchons. Vivent les départs en vacances! Si ça ne tenait qu'à moi, voilà un petit moment que j'aurais quitté l'autoroute pour emprunter la Nationale 7. Mais rien ne fera céder ma mère. Dommage...

Je détourne alors le regard et observe le ciel. À l'ouest, les nuages sont noirs, annonciateurs d'orage. À l'est, plusieurs couches se superposent et les rayons de soleil percent à travers eux. Des perles serties d'or. Droit devant moi, ils semblent d'argent pur. Puis le vent les fait danser. Les nuages d'orage approchent. Soudain, un éclair fend le ciel et le ciel se déverse sur nous. Nous ne voyons pas à cinquante mètres. Les motards s'arrêtent sous les ponts. La chaussée devient torrent. Nous sommes dans le nuage.

Dix minutes après, c'est terminé. La nuit s'en va et l'astre du jour reprend ses droits. Le paysage au loin semble enchanté: les collines verdoyantes sont noyées de brume. Les nuages deviennent cristaux. Au loin, nous voyons les rideaux de pluie inonder la ville la plus proche. Dire que c'est nous qui étions en-dessous il y a quelques instants...

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Retour!

Enfin! Je reviens de vacances avec quelques notes... mais surtout avec la joie du retour chez soi. Rien ne pouvait me faire davantage plaisir à mon retour que cette belle averse. Sortir les bagages du coffre pieds nus dans l'herbe détrempée. Les grosses gouttes d'eau qui s'écrasent mollement sur mon visage et mes épaules. Cette odeur discrète de la pluie qui tombe depuis longtemps déjà. Cette odeur qui me souffle à l'oreille: "tu es chez toi"...

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26 juillet 2006

Perles d'orage

Tout à coup, le ciel s'assombrit, le vent se lève. En l'espace d'un quart d'heure, la nuit est tombée. L'orage ne va pas tarder. Puis un éclair illumine l'obscurité, il irradie le toit des maisons voisines. Et le tonnerre roule au loin. Quelques minutes s'écoulent, et c'est le déluge. La pluie s'abat avec violence sur la terrace. L'odeur de la terre chaude sélève, plus forte que jamais, agressant délicieusement mes narines. Le vent fait pleuvoir dans la maison, mais je n'en ai cure. Cet arôme estival est trop précieux pour en laisser échapper une goutte. Après la tempête, on sent enfin la fraîcheur tant attendue.

J'irais bien pieds nus dans l'herbe du jardin. Mes yeux se ferment. Je marche  sous la pluie, dans le gazon des campagnes anglaises. Le parfum entêtant de la terre m'enivre. Je marche sans penser où je vais. Je me perds sans me soucier du lendemain. Innocence, naïveté, insouciance. Trois mots comme un collier de perles légères et précieuses. Trois mots que la tempête de l'adolescence vient briser. Le collier est rompu; les perles ont roulé dans la pelouse. Je ne les retrouverai pas.

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11 juillet 2006

Saint-Gervais

Un lavoir avec des têtards,
Une route qui monte en serpentant,
Nous arrivons, il se fait tard,
Dans le chalet des grands-parents.

Saint Gervais

Dans le jardin, des framboisiers par centaines. Le soir, nous rentrons au chalet tout barbouillés du jus des fruits que nous avons dévorés tout au long de la journée. Le temps fraîchit. Le repas touche à sa fin. La carafe contient encore de l'eau. Une légère dispute s'élève alors pour savoir qui ira arroser "la petite fougère" au pied du grand rosier rouge.

C'est l'après-midi, le soleil tape fort. En maillot de bain, coiffés de bobs ayant appartenu à nos oncles et tantes, nous ramassons les fleurs fanées coupées par mon grand-père. Nous les trions par couleur. Plus tard, sur la table du jardin. Des assiettes et des bols en pastiques. Les fleurs coupées attendent dans un baril de lessive. De l'eau. Nous commençons les mélanges: nous fabriquons de la teinture...

Il est très tard. Minuit, peut-être un peu avant. Nous sommes couchés et commençons à rejoindre le royaume de Morphée. Ma grand-mère arrive à petits pas pressés. "Venez voir dehors! La lune se lève..." Dehors, un spectacle unique, comme je n'en reverrai jamais. Du jardin, nous avons une vue imprenable sur le mont Blanc. Et là, la lune irradie. Elle éclaire comme en plein jour. Une lumière blanche, sur les neiges éternelles.

La Martinière... Tel était le nom de ce chalet. Aujourd'hui, des chambres d'hôte. Tout a disparu, sauf peut-être cette vue sur le toit du monde. Seule a survécu la petite fougère, qui s'épanouit dans mon jardin, au milieu des bruyères et autres azalées. Reste bien petit d'une maison si pleine de souvenirs... Encore un deuil que je ne parviens pas à faire.

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08 juillet 2006

Robinson

Il était une fois, une grande maison au bord de la Loire. Au fond de l'immense terrain, des orties, des ronces, arbres et arbustes à foison, et si on a le courage d'aller plus loin, la Loire... Le seul voisin est un camping désert les trois quarts de l'année. Devant la maison, une petite route, où personne ne va jamais que nous. Et de l'autre côté de la rue, des jardins potagers. L'un d'entre eux est couvert de plants de patates; c'est le nôtre. Cette maison est isolée et personne ne viendra jamais construire dans cette forêt vierge: elle est en zone inondable.

Robinson01

Voilà dix ans que je n'y ai pas mis les pieds. Il ne me reste que des souvenirs. Des images, tellement précises que j'ai l'impression d'y avoir été hier, à Robinson. Une terrasse en béton avec une glycine énorme qui embaume au printemps, une grande pièce qui sert de cuisine, de salon et de salle à manger à la fois, trois chambres, dont la nôtre avec son armoire remplie de vêtements que nous ne mettons que là-bas, totalement dépareillés et sentant l'humidité.

Robinson04

Des volets que l'on ouvre au petit matin avec cette odeur de terre mouillée par la pluie qui vous monte à la tête, les coucous et les pigeons qui s'ébattent dans le jardin avec leurs chants si caractéristiques, le clocher de Bonny que l'on entend au loin...

Robinson02

L'herbe qui arrive aux épaules et nous qui suivons mon père qui tond de façon à faire des chemins dans les hautes herbes. Ma sœur et moi, assises devant le garage (qui donne sur l'arrière de la maison, dans le jardin) et jouant avec la terre. La cabane que nous avons tenté de construire une fois, avec des draps... Les acacias en fleurs, la cueillette desdites fleurs et la confection des beignets de fleurs d'acacias. La récolte des pommes de terre qui remplissent le garage, celle des coings avec lesquelles nous ferons de la gelée, et le plaisir de découvrir le goût des noix fraîches.

Robinson05

Et le grenier. Ce mystérieux grenier qui nous nargue sans arrêt. Il faut monter un escalier extérieur qui menace de s'écouler. Mes parents ont aménagé deux chambres, une de chaque côté d'un petit couloir. Au bout de ce couloir, la porte du grenier. Odeur de poussière, obscurité, bric-à-brac... Jamais je n'aurai de vision plus précise de ce grenier...

Aujourd'hui, la maison a été vendue. Nous l'avons trahie, cette maison construite par un aïeul. Elle est morte, cette maison magique... Il n'y a plus de Robinson.

Robinson03

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