15 août 2013

Retour aux sources

Mardi dans l'après-midi, je m'extasiais sur l'autoroute suspendue dans la montagne. Nous étions avec ma mère sur l'A40, en direction de Saint-Gervais-les-Bains. Viaduc après viaduc, j'observais émerveillée ce paysage si familier et pourtant si lointain. J'avais l'impression d'être revenue dix ans en arrière. Après chaque tunnel creusé dans la roche, un nouveau paysage s'offrait à nous. Rotondité des roches brunes, monts hérissés de sapins, et un peu plus loin, les aiguilles enneigées qui s'alignaient à l'horizon.

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Après un dîner en ville mardi, où nous avons pu noter tous les changements survenus depuis quelques années et suivre les pas de souvenirs plus ou moins anciens, hier nous nous sommes rendues à Megève. Les laiteries, fromageries, charcuteries et autres épiceries ont été remplacées par des boutiques de luxe et de vêtements. Dommage pour nos estomacs affamés. Cependant, cartaines choses ont survécu: les calèches sur la place, le photographe dans sa ruelle, bien qu'ayant troqué ses pellicules argentiques pour des appareils numériques, le cinéma, le téléphérique de Rochebrune (même s'il n'est plus rouge)...

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En marchant un peu plus haut au-dessus de la ville, en s'élevant vers les pistes herbeuses, le bruit des voitures s'amoindrit, le silence propre à ces paysages grandiôses se fait appaisant. Les télésièges ont suspendu leur vol pour la saison, vides. Tous les souvenirs de mes cours de ski, rarement heureux, me reviennent et j'en ris aujourd'hui. Mais je préfère toujours l'herbe à la neige, et mes pieds ancrés sur le plancher des vaches plutôt que sur des skis.

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21 avril 2013

Samedi si ça te va

L’air est frais, mais le temps est splendide. A Versailles, il y a foule : Rive droite, place du Marché, les gens se pressent, déambulent sous le soleil nouveau. Les cafés ont sorti leur terrasse et les touristes leur bermuda. Midi, c’est l’heure du brunch. Conversation enlevée autour de brioche toastée, saucisses, œufs brouillés, bacon craquant sous la dent, pancakes au sirop d’érable, le tout arrosé d’Earl Grey à volonté, après un smoothie léger et acidulé.

Pour digérer ce trop-plein de glucose, une petite promenade s’impose. Les scouts sont de sortie dans les allées du parc, les moutons dans les prés autour du Trianon. Le grand canal scintille, l’air est calme, et le silence est palpable derrière les quelques conversations et cris d’enfants. Petite pause dans l’herbe humide.

Pour la soirée, Iphis et Ianthe (quand on aime, on ne compte pas), cette fois avec Cécile. Cette sortie nous fait découvrir un théâtre qui vaut le détour : le théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis. Le tramway est bondé, mais le trajet assez direct en fin de compte. Lorsque nous entrons dans la salle, nous sommes sous les gradins. Gradins en bois brut, dont l’odeur a quelque chose d’assez enivrant. Les fauteuils alternent avec des banquettes, tout en bois, avec des coussins rouges. Et plein de place pour les jambes. (Il semblerait que cette salle ait été inaugurée en mars dernier : pas étonnant que le bois sente si bon !)

PS : titre extrait des paroles de "Semaine" (M)

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19 février 2013

Il y eut un soir, il y eut un matin

Bientôt une heure du matin, la ligne 13 est bondée. Elle quitte les souterrains, s'élève vers le ciel, s'envole, fuit, file au-dessus de la Seine. Le ciel est bleu roi, les étoiles scintillent, les satellites clignottent. La Seine est noire, et les lumières de la ville s'y reflètent comme d'immenses flammes dorées.

Huit heures du matin, le jour se lève sur Asnières. De mon quatrième étage, les immeubles, les toits des maisons, les grues se découpent sur le ciel poudré. Rouge, orangé, rose, mauve, bleu, blanc se dégradent, se mèlent sur la toile infinie du firmament. Les Anciens imaginaient un bol retourné sur le plateau de la terre, mais il s'agit d'une grande surface plane, sur laquelle les astres laissent libre cours à leur imagination.

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Quand la 13 s'élève à nouveau au-dessus de la Seine, en sens inverse, se précipitant vers le gouffre des tunnels parisiens, les tours de la Défense se dresse dans le brouillard d'un petit matin glacé, le soleil levant illuminant tout de ses rayons éblouissants. La Seine luit doucement en contrebas, brune et boueuse, noyant les arbres et les quais trop bas.

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Sept heures du soir, j'arrive sur le campus de Caen par le haut. J'ai décidé de changer mon itinéraire. Du haut de ce champ de Mars universitaire, les pelouses noyées dans l'obscurité inquiètent. Mais le ciel, de plus en plus sombre, laisse voir la ligne verte du soleil couchant. Au-dessus de ma tête veille le quart de lune. Devant mes yeux, guidant mes pas, les derniers rayons faiblissent. J'accélère, je coupe par la pelouse, la terre meuble s'enfonce sous la semelle de mes chaussures. Quand j'arrive dans ma chambre, il fait nuit. Le campus s'est tu.

Ce matin, huit heures, les pelouses sont blanches, givrées comme des confiseries. Les cloches sonnent à l'église Saint-Pierre, ou est-ce une autre ? Les oiseaux s'éveillent, le soleil paraît, lentement, derrière les immenses bâtiments blancs.

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Tous les jours, je vois le ciel, la lumière, et tous les jours j'admire cette infinie palette de couleurs, cette variation qui jamais ne se lasse, jamais ne me lasse. Renouvellement incessant. Emerveillement tous les jours renouvelé.

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29 août 2012

L'heure des poules

Couchée hier avec la volaille, ce matin, quatre heures, j'étais éveillée et prête à travailler.

Le silence dans l'immeuble, seuls mes pas sur le parquet craquant troublent la quiétude nocturne. La fenêtre est ouverte, mais pas un bruit dehors.

Peu à peu, les minutes puis les heures passent, le quotidien s'éveille. Six heures à peine passées, le ciel se teinte de rose et d'orangé. Le soleil semble se lever, là-bas, derrirèe mon horizon bouché par un immeuble trop grand.

Mon travail a peu avancé, mais j'ai l'esprit tranquille : j'ai récupéré mes corpus pour travailler. Ovide, Les Métamorphoses, pour la traduction automatique, et la revue TAL 2011 pour l'extraction sémantique.

Installation de programmes, lecture de cours en ligne, déchiffrage de probabilités, parcours d'arbres XML. Mon esprit s'embrouille un peu. Deux bols de caféines plus tard, je me rends compte qu'il est déjà l'heure de partir au boulot.

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. J'aime ce dicton.

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06 avril 2012

Méconnaissable

Il y a des jours où je doute être encore à Paris. Des jours où un soupçon de folie semble s'être emparé de la capitale et où même la pointe de la Tour Eiffel émergeant de la brume à la fin du jour me donne l'impression de vivre dans un un monde parallèle, où même le train qui passe a des airs de film d'animation japonais.

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Quand je croise une femme qui, plutôt que le métro, le tramway ou le vélo préfère, pour se déplacer, le monocyle.

Quand je croise, sur le trottoir porte de Brancion, en face de l'auto-école, à côté de la station de tramway, quatre poneys Shetland.

Quand je croise sous le soleil de mars, sur l'esplanade sabloneuse au milieu du carrefour près de la Porte de Châtillon, un groupe de vieux qui jouent à la pétanque.

Mais le moment que je préfère, celui qui me fait oublier la folie citadine, c'est celui où, en rentrant chez moi, je fais un détour par le parc. Les fontaines, les arbres en fleur. Et quand, arrivée à l'appartement, j'ouvre ma fenêtre et j'entends les cloches d'une église proche qui sonnent à toute volée ; quand elles se taisent, on n'entend plus que le bruissement du vent dans les feuilles. Cette végétation sauvage, cette friche qu'est la Petite Ceinture, me rappelle les week-ends à la campagne, les soirées au jardin.

Et je souris.

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Si si, cette photo a été prise à Paris, au cours de ma promenade boulot-dodo.

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23 novembre 2011

Lux

Levée avant le soleil, j'ai travaillé dans l'ombre de mon rideau tiré, l'écran éclairant de sa lumière blafarde mon visage et mes yeux éveillés malgré l'heure matinale.

Aussi, lorsque je suis sortie quatre heures plus tard, la ville s'agitait déjà, bruyante et mouvante.

Sur le boulevard, derrière les voies de chemin de fer, se profilait un soleil voilé mais resplendissant de beauté. Les nuages légers, légers, donnaient une nuance à peine discernable de jaune, oranger, rose presque à cette lumière douce et brumeuse, comme saupoudrée.

Devant ce décors d'une splendeur discrète, les cheminées des immeubles se découpaient, noires, alignées sagement devant cette clarté automnale.

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03 novembre 2011

Potron minet

Le ciel est noir encore. Un peu plus loin, derrière la cime des acacias, le train passe dans un souffle. Dans une heure, je serai en cours, et il ne fera pas encore jour.

Le silence dans l'immeuble, dans l'appartement, seulement troublé par les piaillements de quelques oiseaux, le gémissement du train, les pas du voisin. Je n'ai plus l'habitude de me lever si tôt. J'avais oublié ce sentiment. On se sent privilégié et en paix avec le monde à cette heure-ci. Puis la porte claquée, bruits de clefs dans la serrure, les escaliers plongés dans la pénombre, l'impasse obscure. Alors mes pas résonneront, je serai seule dans la rue, le temps d'arriver sur le boulevard. Paris m'appartiendra l'espace de quelques pas. Impression qui tombera dans l'oubli dès les premiers projecteurs, les premiers moteurs, les premiers piétons.

Foule du métro, j'imagine. Chaleur moite des rames, relents nauséabonds des couloirs. Les gens deviennent laids. Les gens sont laids dans le métro, toujours. Quand on n'est pas réveillé.

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31 août 2011

Canada - brèves

Suite aux pluies diluviennes causées par Irène dans le sud du Canada, une partie de la route que nous avons empruntée il y a quelques jours s'est effondrée. Le soir de la tempête, nous étions dans un chalet perdu au milieu des bois, au bord du fjord de Saguenay. L'eau s'est abattue sur le toit toute la nuit.

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Juste avant l'arrivée d'Irène, croisière sur le Saint-Laurent. Nous avons pu observer des dizaines de baleines dans les eaux noires du fleuve. Doigts glacés par le vent, crispés sur l'appareil photo, yeux mi-clos à cause de la pluie qui a commencé à tomber, les cris surexcités de la guide à la vue de la queue d'une baleine à bosse.

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J'ai tenté pour vous, l'hydravion en survol au-dessus des forêts de la Mauricie. Vieux coucou des années 30, cinq places, je suis au fond, en tailleur, où je me suis faufilée tant bien que mal à quatre pattes. La vue est impressionnante, l'expérience aussi. L'arrivée sur l'eau fait un drôle d'effet.

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Une balade au zoo - concept petit train au milieu des animaux en liberté dans de superbes paysages d'Amérique du Nord - nous a permis de voir les orignaux et ours noirs que nous n'avions encore qu'espérés. Superbe. Et je suis tombée amoureuse des phoques. (Il me faudra revenir pour voir les ratons-laveurs.)

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Dîner à la cabane à sucre, au son des chansons folkloriques. Dernière soirée du groupe. Demain, c'est le départ. Nous rentrons à Paris, où m'attendent de pied ferme le directeur du collège et mon directeur de recherche...

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25 mai 2011

Sur le vif

L'odeur sucrée des roses, en plein soleil, sur le chemin de la mairie.

Les pleurs d'un enfant dans le ras-le-bol ambiant de la préfecture de police.

Le regard de veau d'un élève, quand je lui demandais pour la millième fois de se taire et d'écouter le cours (sans effet).

La sensation du sable qui s'infiltre dans mes sandales.

L'excitation, plus que l'anxiété, due à mon exposé sur le hangeul ; l'envie de poursuivre pendant des heures cette présentation.

Le violon qui joue une gigue irlandaise, au premier étage de mon immeuble. Son perçu entre deux portes, dans l'escalier.

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27 avril 2011

Flottement

L'odeur scrée quand j'arrive dans l'impasse.

La lumière dorée qui baigne les fleurs d'acacia quand je regarde par la fenêtre.

Désormais il fait nuit, le vent s'est levé.

J'essaye de me reprendre en main. C'est difficile.

Se mettre au travail me semble impossible, et pourtant, il le faut.

Un résultat qui devrait m'encourager, mais je continue à repousser le reste.

Les mains comme une terre désertique : la poussière du CDI a fait son oeuvre.

Envie de tout oublier dans le rangement et le tri.

Mais ce n'est pas raisonnable. Alors je m'efforce.

Je m'efforce et repense à la lumière dorée.

A l'odeur sucrée.

Et je tâche de sourire.

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