Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

17 juillet 2013

Lectures d'été - 7. Celui qui attend

Pour changer un peu des romans jeunesse, je fais une excursion dans l'univers poétique et tour à tour merveilleux et angoissant de Ray Bradbury.

Titre: Celui qui attend et autres nouvelles
Auteur: Ray Bradbury
Editeur: Librio (1995)

Celui qui attend et autres nouvelles

Ce livre recueille des nouvelles de Ray Bradbury dans ses oeuvres les plus variées: Les Machines à bonheur, L'Homme illustré, A l'ouest d'octobre, Chroniques martiennes ou encore Je chante le corps électrique et quelques autres. Se suivent des histoires merveilleusement poétiques, des contes macabres, des récits de science-fiction, des histoires angoissantes qui frisent le fantastique.

Je n'ai pas tout aimé, mais tout m'a marquée. J'ai une nette préférence pour le lyrisme de Ray Bradbury, qui m'avait tant charmée quand j'avais lu Fahrenheit 451: les récits fantastiques ont trop tendance à me donner la chair de poule pour que je les apprécie entièrement, mais je dois reconnaître qu'ils ne m'ont pas laissée de marbre. Le cauchemars que j'ai fait la nuit suivant leur lecture en est certainement une preuve.

Ce qui est très appréciable dans ce recueil, c'est qu'il ne laisse aucun genre de côté, il ne classe pas, il ne trie pas. On aborde chaque nouvelle histoire avec un oeil neuf, sans a priori et sans même savoir le ton qui sera le sien. J'ai très envie désormais de lire les Chroniques martiennes.

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10 juillet 2013

Lectures d'été - 6. Chroniques de l'Université invisible

Titre: Chroniques de l'Université invisible
Auteur: Maëlle Fierpied
Editeur: L'Ecole des Loisirs (what else ?)

Le premier roman que j'avais lu de Maëlle Fierpied qui était son second m'avait tout à la fois énormément plu et déçue. Galymède, fée blanche, ombre de Thym (comment résister à un titre pareil ?) était à la fois palpitant, original, intelligent, mais sa fin en queue de poisson donnait une impression d'inachevé assez frustrante. Comme si l'auteure s'était dépêchée de terminer. Les Chroniques de l'Université invisible souffrent du même syndrôme, mais dans une moindre mesure.

Chroniques de l'Université invisible

L'histoire ? L'on suit les mésaventures d'adolescents doués de télépathie ou télékinésie qui se retrouvent arrachés à leur vie, à leur famille, et intégrés bon gré mal gré dans une université qui se charge de leur faire développer leur don. "L'Université invisible vient de vous kidnapper. Cette organisation secrète s'intéresse à vos dons uniques, magiques, terribles. Pour les perfectionner, elle vous embarque sur une île mystérieuse. Désormais, votre présent et votre avenir sont ici. Car bientôt, dans le monde d'En Bas, plus personne ne se souviendra de vous." Voici ce qu'explique la quatrième de couverture, nous donnant d'ores et déjà l'impression que cette université a quelque chose de nuisible.

On commence par faire connaissance avec trois adolescents jusqu'à leur enrôlement au sein de l'école: Mélusine, télépathe, 11 ans, enlevée par son professeur de français (son grand-père Alioth, quoique très peu présent dans le roman, a mes faveurs, je ne sais pourquoi); Framboise, télékinésiste, 14 ans, récupérée par un Vampire (oui oui, y a des vampires dans cette histoire); et Tristan, 15 ans, télépathe, amnésique et orphelin, vivant du vol de portefeuilles dans une gare, repéré par un ami de ses parents décédés.

Autour du trio gravitent les membres de l'université, les membres d'une multinationale tentaculaire (Shiva), les vampires, et d'autres encore, plus anecdotiques. Un récit qui mèle fantastique, aventure et un monde légèrement futuriste. L'univers créé par Maëlle Fierpied est extrêmement riche, ses personnages sont colorés et vivants.

Une histoire qui se lit d'une traite et allie suspens, action et humour avec brio. Même si la fin est légèrement rapide, ce n'est que positif: on voudrait en savoir davantage!

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08 juillet 2013

Lectures d'été - 5. Et si c'était niais ?

Titre: Et si c'était niais ? Pastiches contemporains
Auteur: Pascal Fioretti
Editeur: Magnard, collection Classiques & Contemporains

L'idée de pastiches m'amusait follement, et je dois dire que le titre, faisant écho à un roman bien-connu mais que je n'ai jamais lu, m'avait interpelée dès l'entrée du volume dans les rayonnages du CDI. Aussi, j'ai profité des beaux jours pour me mettre à la lecture de cette oeuvre abrégée (oui, c'est un livre pour le collège/lycée, un specimen offert au CDI par l'éditeur, avec tout un dossier pédagogique sur le pastiche: je n'aurais pas acquis le roman sans en connaître l'existence).

Et si c'était niais, pastiches contemporains

Les auteurs pastichés, nous les connaissons tous, au moins de nom. Denis-Henri Lévy, Jean d'Ormissemon, Fred Wargas, Marc Lévis®, Amélie Notlong, Anna Galvauda... Tous sont des auteurs "à best-sellers", des habitués de la rentrée littéraire. Et je n'en ai lu aucun.

Pourtant, j'ai apprécié les pastiches. Rapidement, on voit les tocs de l'auteur, on apprécie l'exagération du pasticheur. L'écriture est savoureusement grinçante, et l'histoire délicieusement absurde. Chaque chapitre passe un auteur à la question. Les titres des chapitres sont savoureux: "Tais-toi si tu veux parler" pour Fred Wargas, "Quelqu'un m'attend, c'est tout" ou encore l'exquis "Hygiène du tube (et tout le tremblement)". Et l'ensemble des chapitre forme une intrigue policière, où un serial killer kidnappe les auteurs (sauf Jean d'Ormissemon, qui a tellement saoulé de paroles le pauvre kidnappeur qu'il a échappé à l'enlèvement).

En charge de l'enquête, une copie d'un personnage de Fred Vargas. Selon les styles, on nage dans l'incompréhension, dans un style ampoulé, dans un ego surdimensionné. Les auteurs - ou plutôt leurs doubles - sont mis en scène et ne sont pas plus épargnés que leur style.

A la fois pastiche et caricature, Et si c'était niais? fait largement sourire et se lit tout seul.

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05 juillet 2013

Lectures d'été - 4. Tara Duncan

Titre: Dara Dunca, t.1 "Les Sortceliers"
Auteur: Sophie Audouin-Mamikonian
Editeur: Pocket Jeunesse

Une histoire d'aventure dans un monde où règne la magie, cela n'a rien de très original. L'histoire de Tara, qui vit chez sa grand-mère depuis que ses parents sont morts et qui s'en va à la découverte de l'univers parallèle auquel elle appartient, est bien connue. Harry Potter vient immédiatement à l'esprit, mais également Le Seigneur des Anneaux, avec les nains barbus et les elfes blonds. Rien d'innovant, donc.

Cependant, l'humour est très accrocheur. Cette sorte d'inconscience des personnages, les situations cocasses qui se mutltiplient... On ne sait plus trop s'il s'agit d'un véritable roman d'aventures et de magie ou d'une sorte de gentille parodie du genre.

Tara Duncan, 1 - Les Sortceliers

Le personnage de Tara est assez agaçant, mais les personnages secondaires font remonter le niveau. Je dois dire que j'ai un léger faible pour la naine à la barbe tressée. Certains personnages disparaissent au cours du récit sans que l'on comprenne pourquoi, et d'autres subissent une évolution très peu crédible (mais comme ce n'est que le premier tome, on peut espérer que la suite répare ces erreurs).

Quant à la narration, elle laisse à désirer. L'objectif est clair, les péripéties se succèdent sans difficulté, le tout est extrêmement fluide, mais je ne sais pas... il manque comme un souffle qui nous emporterait dans l'aventure avec les personnages. On ne voit pas comment tous les éléments sont liés, et même s'ils le sont peut-être par la suite, quelques indices seraient bienvenus, afin de donner envie de lire le tome deux.

Pour résumer, le premier volume des aventures de Tara Duncan est amusant, voire drôle, et les personnages sont sympathiques. Mais il lui manque ce souffle épique et inspiré qu'ont les grandes saga du genre.

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25 juin 2013

Lectures d'été - 2. La Loi du roi Boris

Titre: La Loi du roi Boris
Auteur: Gilles Barraqué, illustrations de Catherine Meurisse
Editeur: Nathan

D'abord, j'ai vu "illustré par Catherine Meurisse". Cette charmante illustratrice m'avait déjà séduite avec ses Hommes de Lettres, lorsqu'elle m'a offert un Marcel serrant une madeleine géante contre son coeur en dédicace.

Ensuite, la quatrième de couverture offrait, au-dessus du résumé, en rouge et en gras "Une seule lettre vous manque, et tout est dépeuplé". Le résumé, parlant d'un roi s'ennuyant qui, pour passer le temps, déclare la guerre à une lettre de l'alphabet, a fini de me convaincre.

Et si ce n'était pas assez, l'exergue:

Ferventes pensées envers ce cher Perec,
Subtil barbichu, baron d'Oulipo, toujours parmi nous !

La Loi du roi Boris

La Loi du roi Boris a été à la hauteur de mes espérances. Ce récit n'a pas été sans me rappeler Petit Homme et les princesses de Yack Rivais. Boris III interdit dans son royaume l'usage du e, et voilà les habitants privés de crevettes, de beurre, de pêches... Le premier Ministre devient Officiant principal, le boulanger pâtissant... Sous peine de se voir un doigt tranché, il est interdit de prononcer ou d'écrire le trait banni.

Le peuple rit d'abord. Puis se rebiffe. Kléber de Mettemberg, premier Ministre rebaptisé après la réforme Kobor di Mottomborg, mène la résistance, à l'aide de ses filles Hélène et Thérèse, ainsi que de sa femme, Edmée. La devise ? "Que l'e !" La règle ? Que des e, des traits bannis et profanes.

Les jeu sur le fond et la forme est savoureux. Le lecteur guette la faute, cherche le e qui se serait glissé malencontreusement dans un discours officiel. En vain. On s'amuse de l'absurdité de la situation.

Drôle, intelligent, délirant, ubuesque. Farce linguistique et bel hommage à l'Oulipo.

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24 juin 2013

Lectures d'été - 1. La Guerre des ombres

Bientôt ce sont les vacances d'été, ce qui signifie pour moi, pas de refuge au CDI pendant deux mois. Afin de rendre cette séparation moins difficile, j'ai effectué lors de mon dernier jour une vingtaine d'emprunts, pour occuper mon été et préparer des mini-expositions sur différents thèmes (et aussi pour savoir ce que recelle notre fonds en sicence-fiction et en littérature jeunesse).

Pour commencer facile, j'ai choisi les deux premiers tomes de La Guerre des ombres. "A partir de 9 ans" précise la quatrième de couverture. C'est peut-être un peu jeune pour un collège-lycée, mais après lecture, ça devrait plaire à certains. Il ne faut jamais se fier aux indications d'âge.

La guerre des ombres

Titre: La Guerre des ombres, t.1 "A la poursuite du chat Néo" et t.2 "L'Enfant des Maroïnns verts"
Auteur: Kim Jin-Kyeong
Editeur: Picquier, collection Picquier Jeunesse

Yuri part à la recherche de son chat Néo, qui s'est enfui dans le métro, accompagné du mystérieux Suhyeon, que personne ne semble connaître et qui pourtant est dans la même classe que Yuri. A partir de là, tout dérape. Une grand-mère un peu sorcière sort de nulle part et les emmène dans le Monde des Objets Perdus, au-delà des murs du métro. On découvre des chiens-ombres, des hommes-escargots, une Forêt-Mère en danger de mort.

A la surface de la Terre, le couvre-feu est de rigueur, mais une manifestation menace d'être réprimé par d'étranges militaires qui appartiennent à une armée privée. Dans l'autre monde, Yuri apprend qu'elle doit retrouver l'âme de la Reine de la Forêt-Mère.

Et comme si ce n'était pas assez tordu, de nouveau détails, tous plus fous les uns que les autres, apparaissent toutes les pages. Ce récit, sorte de voyage initiatique peuplé de rêves et de cauchemars, fourmille d'idées qui sont autant de preuves d'une imagination débordante. A la fois palpitant et angoissant, le voyage de Yuri suit la trame d'un conte traditionnel avec la forme d'un roman d'aventures, tout en se parant des atours des récits fantastiques et merveilleux.

A partir de neuf ans, certes, mais peut se lire bien plus tard également. Malheureusement, le tome 3 n'est pas encore sorti à ce jour...

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08 juin 2013

L'Autre Monde, ou les états et empires de la Lune

Vendredi soir, toujours, après l'exposition à Neuilly, nous sommes allées, ma soeur et moi, à l'Athénée, où nous avions rendez-vous avec Cécile. Logées comme des reines (loge de face, ça n'est pas donné à tout le monde), nous nous sommes régalées d'un texte tout à la fois drôle, moderne, épique et j'en passe, et d'une mise en scène simple et extrêmement réussie.

L'autre Monde 03

Eclairage à la bougie, uniquement: les feux de la rampe sont à prendre au premier degré et illuminent deux musiciens éclairés par trois lanternes, ainsi que l'acteur qui promènent sa bougie sur les planches. Ledit acteur, seul, récite, joue, vit son texte pendant plus d'une heure et demie, sans pause. Il dialogue avec la viole de gambe, le luth, le théorbe, la guitare. Des cordes aux sons envoûtants, amusants, guillerets, graves.

L'Autre Monde 02

Le texte de Cyrano de Bergerac et les accents du français classique restitué roucoulent. J'avais oublié à quel point j'aime qu'on me raconte des histoires! Et Benjamen Lazar, quel acteur!

L'Autre Monde 01

Quant à l'histoire, rocambolesque à souhait. Persuadé que la Lune est un univers semblable à la Terre, le narrateur tente diverses expériences pour y accéder: ceinture de fioles de rosée, machine volante, moelle de boeuf... Lorsqu'il parvient enfin sur l'astre lunaire, non sans quelques détours scientifiques et géographiques, il découvre les us et coutumes des habitant de la Lune. Entre Micromégas de Voltaire et Les Voyages de Gulliver de Swift, on repère rapidement les éléments adaptés dans De Cape et de Crocs. Les univers et les fictions se mélangent. La description des langues parlées sur la Lune m'enchante au plus haut point (les Sélénites ne parlent pas un langage articulé, mais font de la musique... les langues sifflées ne sont pas loin).

Bref, une aventure assez magique !

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06 mai 2013

Kissing the witch

"I am inclined to think that a witch should not kiss. Perhaps it is the not being kissed that makes her a witch; perhaps the source of her power is the breath of loneliness  around her. She who takes a kiss can also die of it, can wake into something unimaginable, having turned herself into some new species." Kissing the Witch, "The Tale of the Kiss", Emma Donoghue

Kissing the witch

Treize contes, dont les douze premmiers sont des réécritures de contes connus depuis des lustres: Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle et la Bête... Douze réécritures sous le sceau du féminisme, où les princesses ne sont plus simplement décoratives, mais où elles deviennent de véritables actrices de leur destin.

Plus que ça, ce sont désormais elles les narratrices de leur propre histoire. Récits à la première personne, chacune raconte ses aventures à un personnage du conte précédent. Blanche-Neige, par exemple, demande à sa belle-mère à la fin de son histoire : "Who were you before you married my father? And she said, Will I tell you my own story? It is a tale of a handkerchief."

L'enchâssement des récits se fait en souplesse, et c'est tout naturellement que l'on suit la nouvelle narratrice dans sa propre histoire. Les styles changent subtilement d'une conteuse à l'autre. L'ensemble est extrêmement plaisant à lire, tant pour les happy endings que pour les histoires qui serrent le coeur. Voilà qui donne envie de (re)lire les contes de Grimm et compagnie !

"And what happened next, you ask? Never you mind. There are some tales not for telling, whether because they are too long, too precious, too laughable, too painful, too easy to need telling or too hard to explain. After all, after years and travels, my secrets are all I have left to chew on in the night.
This is the story you asked for. I leave it in your mouth." (ibid.)

PS : réécriture dans un genre complètement différent, mais qui se lit tout aussi facilement, Ash de Malinda Lo, réécriture de Cendrillon, sous la forme d'un roman pour young adult.

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28 avril 2013

Cyrano de Bergerac

Hier soir, un rêve est devenu réalité. J’ai vu, jouée sur scène, la pièce d’Edmond Rostand, celle dont le texte est tellement beau qu’il n’est pas de mots suffisants pour exprimer ce que l’on ressent en la lisant – que dire donc en l’entendant, en la voyant ? – Cyrano de Bergerac.

La mise en scène, quoique résolument contemporaine, n’empiétait pas sur le texte. Bien au contraire. Et l’excellence des acteurs n’était pas pour rien dans le sextuple rappel qu’ils ont obtenu à la fin.

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Une salle carrelée de blanc, meubles anguleux en métal et formica, néons suspendus pour tout éclairage. C’est clinique et peu hospitalier. Les personnages sont en jogging, ont des tocs étranges, déambulent comme des fous dans un asile. Ici point de panaches et d’épées : les poings suffisent.

Dit comme ça, ça ne donne peut-être pas très envie, mais qu’importe. La beauté du texte était entière, pleine. Les gestes amplifiaient le burlesque de certaines répliques, et à tout instant, on voyait la grandeur du personnage qu’est Cyrano. Sa grandeur d’âme, son cœur immense. Et ces vers… les lignes du baiser, susurrées sur un Skype fictif, m’ont émue aux larmes, après que le bruitage de la célèbre messagerie a faire rire la salle comble.

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Le jeu était extrêmement dynamique, les acteurs touchants et l’on pouvait savourer pleinement chaque syllabe, chaque rime avec extase. C’était exquis.

"C’est bien plus beau lorsque c’est inutile !" s'exclame notre héros juste avant de mourir : cette phrase merveilleuse devrait être la devise de tous les amoureux du latin et du grec...

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22 janvier 2013

Rien ne nous survivra. Le pire est avenir.

Rien ne nous survivra fait l'effet d'un coup de matraque sauvagement asséné sur le crâne. J'avais lu le tout début il y a près de deux semaines, et, gênée par l'alternance des points de vue à la première personne ainsi que par la violence qui se dégageait des premières pages, j'avais mis le roman de côté. Finalement, mon retour de Caen hier aura eu raison de mes réticences. En deux soirs, j'ai littéralement dévoré les quelques centaines de pages du livre de Maïa Mazaurette (qui est, paraît-il, connue, mais que je ne cite que pour conserver l'équilibre et le rythme de ma phrase).

Rien ne nous survivra

Le contexte est simple : les jeunes se sont révoltés, et ont décidé d'éradiquer les vieux. Ainsi, le roman commence deux ans après le début de la révolte ; la guérilla des jeunes a détruit Paris, les vieux campent sur leurs positions au Nord et les jeunes ont pris possession de la Rive Gauche. La limite d'âge : vingt-cinq ans.

Je viens de lire quatre ou cinq critiques et commentaires sur ce livre, et tous abordent un point précis du roman, mais jamais le même. L'un s'attarde à débusquer la signification de l’œuvre, l'autre sur la narration, un autre encore sur la relation entre les deux protagonistes. Que l'on soit clair : je n'ai pas cherché la moindre critique de la société dans ce livre. Classé en SF, empiétant sur le territoire du fantastique, je l'ai pris pour une histoire. Horrible, atroce, d'une violence inouïe, certes, mais une histoire quand même.

Sven-Fennema-Rise and fall

J'ai fini par m'habituer à la narration en points de vue alternés. Deux personnages, deux snipers, Silence et l'Immortel. Autant vous le dire tout de suite : le sniper rejoint dans mon imaginaire de midinette l'archer. Et pourtant, les deux personnages autant l'un que l'autre sont absolument terrifiants, quand on y pense.

Meurtres, assassinats, raids ; les cadavres s'entassent, les blessures pourrissent, les rats pullulent, la faim et la mort rôdent. Paris est calcinée. On pensait avoir cerné le décors. Puis s'ajoutent aux deux voix, une troisième, impersonnelle, celle de la Théorie. Parce qu'il faut une idéologie à une révolution. Et l'on nous parle des débuts de la révolte. Des parricides en masse. Un certain choc, voire un choc certain, écarquille les yeux du lecteur à ces lignes. Puis la lecture se poursuit.

Sven-Fennema-2

Ce qui m'a fait tenir ? Le meilleur. Silence. On imagine, sans trop réfléchir, un garçon. Puis le doute s'installe, quand l'Immortel précise que personne ne sait s'il est féminin ou masculin. Ma lecture avance au fil des pages, cherchant l'indice grammatical, le petit accord, qui trahira le sexe de l'énigme Silence. Mais en vain. Et ses relations n'aident guère : amitié qui pourrait être plus avec Vatican, experte en renseignements, et l'obsession amour-haine-désir sadomasochiste que lui voue l'Immortel.

Les courses poursuites dans les bâtiments en ruines, sur les toits, dans les rames désertées du métro ont parfaitement satisfait la midinette qui est en moi, que l'intrigue sentimentale a fini par décevoir. Mais il en fallait plus pour détrôner Silence en mon esprit. La classe incarnée. Malgré les horreurs perpétrées par son bras, ses idéaux le placent au-dessus de la mêlée, qui finit par devenir semblable à ceux qu'il ou elle combattait. Un petit côté Sa Majesté des mouches, qui m'avait bien traumatisée à l'époque.

Pour résumer, un récit qui ne fait pas dans la dentelle, à la démesure de plus en plus folle, au rythme soutenu, dont le style quasi-répétitif lancine autant que les bombes qui tombent sur Paris. Amoral. Cathartique, presque.



PS : les deux photographies sont de Sven Fennema.

 

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