Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

03 novembre 2011

Potron minet

Le ciel est noir encore. Un peu plus loin, derrière la cime des acacias, le train passe dans un souffle. Dans une heure, je serai en cours, et il ne fera pas encore jour.

Le silence dans l'immeuble, dans l'appartement, seulement troublé par les piaillements de quelques oiseaux, le gémissement du train, les pas du voisin. Je n'ai plus l'habitude de me lever si tôt. J'avais oublié ce sentiment. On se sent privilégié et en paix avec le monde à cette heure-ci. Puis la porte claquée, bruits de clefs dans la serrure, les escaliers plongés dans la pénombre, l'impasse obscure. Alors mes pas résonneront, je serai seule dans la rue, le temps d'arriver sur le boulevard. Paris m'appartiendra l'espace de quelques pas. Impression qui tombera dans l'oubli dès les premiers projecteurs, les premiers moteurs, les premiers piétons.

Foule du métro, j'imagine. Chaleur moite des rames, relents nauséabonds des couloirs. Les gens deviennent laids. Les gens sont laids dans le métro, toujours. Quand on n'est pas réveillé.

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31 août 2011

Canada - brèves

Suite aux pluies diluviennes causées par Irène dans le sud du Canada, une partie de la route que nous avons empruntée il y a quelques jours s'est effondrée. Le soir de la tempête, nous étions dans un chalet perdu au milieu des bois, au bord du fjord de Saguenay. L'eau s'est abattue sur le toit toute la nuit.

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Juste avant l'arrivée d'Irène, croisière sur le Saint-Laurent. Nous avons pu observer des dizaines de baleines dans les eaux noires du fleuve. Doigts glacés par le vent, crispés sur l'appareil photo, yeux mi-clos à cause de la pluie qui a commencé à tomber, les cris surexcités de la guide à la vue de la queue d'une baleine à bosse.

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J'ai tenté pour vous, l'hydravion en survol au-dessus des forêts de la Mauricie. Vieux coucou des années 30, cinq places, je suis au fond, en tailleur, où je me suis faufilée tant bien que mal à quatre pattes. La vue est impressionnante, l'expérience aussi. L'arrivée sur l'eau fait un drôle d'effet.

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Une balade au zoo - concept petit train au milieu des animaux en liberté dans de superbes paysages d'Amérique du Nord - nous a permis de voir les orignaux et ours noirs que nous n'avions encore qu'espérés. Superbe. Et je suis tombée amoureuse des phoques. (Il me faudra revenir pour voir les ratons-laveurs.)

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Dîner à la cabane à sucre, au son des chansons folkloriques. Dernière soirée du groupe. Demain, c'est le départ. Nous rentrons à Paris, où m'attendent de pied ferme le directeur du collège et mon directeur de recherche...

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28 août 2011

Canada - contemplation

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Le Saint-Laurent, un soir...

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26 août 2011

Canada - interlude

Le ciel est couvert, d'un gris pâle et froid. Au loin, le soleil perce et illumine les eaux du fleuve. Tache d'or sur le plomb des flots. Et brusquement, les nuages s'écartent. La lumière éclate, le ciel s'éclaircit. L'eau s'assombrit : un bleu sombre, un bleu épais et consistant.

Ici, la zone est sablonneuse. L'eau est d'un ocre soutenu, et au fond, sur l'autre rive, les montagne bleues se découpent. Sorte de négatif sur ciel blanc. Un peu plus loin, le fleuve est loin, nous sommes dans la baie. L'eau s'agite, mouvement marin, et les rouleaux s'écrasent sur l'eau brune dans des éclats d'écume blanche. Ce brun est riche, et les silhouettes noires des arbres de l'autre côté, se découpent dans un ciel brumeux, ouaté. Quelques averses au loin tombent en un rideau anthracite, côtoyant les flaques scintillantes de soleil.

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De temps à autre, les ondes se font vertes, d'un beau vert soutenu, à peine irisé d'argent, comme reflétant les pelouses soigneusement tondues des jardins sur les bords. Un beau vert mirant celui des sapin et épinettes blanches.

Le ciel est immense dans ce coin du monde. Et le fleuve est à sa taille. Gigantesque. Monstrueux. Les gens du coin l'appellent la mer. La rive, en face, est à peine visible. Et quand la terre se fait rouge, les eaux prennent, comme par compassion, cette improbable couleur sanguine.

***

NB: les deux articles précédents ont enfin pu être illustrés (au rythme d'une photo par quart d'heure, mais j'estime que c'est plutôt un bon score dans une région où mon téléphone ne capte pas depuis deux jours...). La suite bientôt !

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24 juillet 2011

Anniversaire

La pluie tombait dru ce soir-là. Les pavés brillaient, des rigoles et de petites marres se formaient un peu partout sur la place. Pourtant, il y avait foule au château. Les fêtes vénitiennes devaient avoir lieu, malgré le déluge, et dans la galerie des batailles un concert se préparait.

Les parapluies s’alignaient devant la grille d’or, les cols relevés, les pieds recroquevillés dans les sandales trempées. Les vestes d’été étaient bientôt vaincues et l’eau perçait. Les cheveux dégoulinaient et les lunettes s’embuaient. L’on attendait pour entrer dans la galerie.

Soudain, un petit bonhomme sous un immense parapluie nous indiqua la direction opposée. L’entrée pour la galerie des batailles se faisait de l’autre côté de la cour. Là-bas, les gens s’ébrouaient et affrontait un flot continu de touristes qui tentait de sortir. Parapluie repliés, manteaux sur le bras, la masse s’agglutinait dans un grand escalier. Et enfin, l’entrée dans la galerie des batailles.

Immense, aussi magnifique que dans mon souvenir, les ors se reflétaient sur le parquet grinçant. Des dizaines de rangées de chaises, alignées devant une estrade drapée de noir. Le décors des tableaux se suffit à lui-même.

Le public se tut lorsque les musiciens firent leur entrée en scène. Applaudissements. Quelques quintes de toux. Une vague odeur de chien mouillé, une atmosphère humide de vêtements qui sèchent peu à peu dans la chaleur de la salle. Puis la voix du premier violon s’éleva.

En guise de prélude, avant les Quatre saisons, trois petits morceaux de rien, trois petits bijoux ciselés dans la partition. Le deuxième est tellement beau que les larmes me montent aux yeux. Vivaldi est un magicien. Un sorcier. Un enchanteur. Et c’est Fabio Biondi qui dirige. Lui aussi a de la magie dans les doigts.

C’était magnifique.

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06 juin 2011

Crise de larmes

Marie-Aude Murail, Papa et maman sont dans un bateau, édition L'école des loisirs, page 162 :

La nuit précédente, il avait entendu papa crier : "J'en ai marre de cette vie de con ! Je voudrais être ailleurs, ailleurs !", il avait entendu maman lui répondre : "Pars, va-t-en !" Il avait appelé papa et papa l'avait sorti du lit et pris dans ses bras.

- Tu as fait un cauchemar, bonhomme ?

- Oui.

- Toujours tes fichus robots ?

- Oui...

Il avait enfoui sa tête dans le cou de papa, là où le sang battait tout chaud, et il avait murmuré passionnément :

- Pars pas.

Et là, j'ai fondu en larmes. Il est bientôt trois heures de matin, et je fonds en larmes en lisant ces quelques phrases, dans un bouquin pour collégiens.

Dehors l'air est frais. La pluie a cessé. J'ai les yeux gonflés de sommeil et de larmes, et le nez bouché. J'aimerais avoir l'âge d'Esteban et encore un père que je pourrais supplier : "Pars pas."

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25 mai 2011

Sur le vif

L'odeur sucrée des roses, en plein soleil, sur le chemin de la mairie.

Les pleurs d'un enfant dans le ras-le-bol ambiant de la préfecture de police.

Le regard de veau d'un élève, quand je lui demandais pour la millième fois de se taire et d'écouter le cours (sans effet).

La sensation du sable qui s'infiltre dans mes sandales.

L'excitation, plus que l'anxiété, due à mon exposé sur le hangeul ; l'envie de poursuivre pendant des heures cette présentation.

Le violon qui joue une gigue irlandaise, au premier étage de mon immeuble. Son perçu entre deux portes, dans l'escalier.

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21 mai 2011

Les enfants terribles

Lundi dernier, cours avec les cinquième, en français. Au programme, comme d'habitude, des exercices de grammaire sur le fichier et quelques explications pour ceux qui n'auraient pas suivi pendant le cours avec ma collègue. Seulement, il y a toujours ceux et celles qui n'ont pas leur fichier. Et depuis quelques semaines, fatiguée d'en voir sans leurs affaires malgré mes multiples avertissements, j'ai décidé de mettre à la porte ceux qui arriveraient les mains vides.

Et lundi dernier, alors que j'appliquai plus ou moins la sentence pour la deuxième fois, la classe tout entière, prise d'une sorte d'accès de folie, s'est mise à me huer. Ouais, à me huer.

L'an dernier, j'aurais fui en courant ou aurait perdu pied, sans aucun doute. Lundi dernier, j'ai eu trois secondes d'absence - le temps de réaliser l'énormité de ce qui se passait devant moi, de comprendre ce que j'étais en train d'expérimenter. Et d'un coup, le déclic dans mon cerveau.

La colère. Brève. Violente. Je hurle comme jamais encore je ne l'avais fait. Je hurle tellement fort que j'en deviens écarlate. Que je m'en brise la voix. Cette colère, jamais je ne l'avais éprouvée à ce point. Le silence est revenu, et presque le calme. J'étais tellement secouée que j'en avais les jambes coupées.

Bien sûr, j'ai fait mon rapport à leur prof principale. Et j'ai reçu hier une pile de lettres d'excuses dans mon casier. Et bien sûr, tout est pardonné. Je ne suis pas rancunière, et leurs fautes de français et phrases aux tournures si amusantes m'ont bien amusée. Et sans doute ma naïveté sans borne et mon optimisme qui frôle l'imbécilité me poussent à croire ce qu'ils écrivent, à savoir qu'ils seront sages comme des images, qu'ils aiment mon cours et que je suis une prof gentille... "Heureux les simples d'esprit," comme dirait Matthieu.

Mais tout de même. C'est une expérience qui marque.

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27 avril 2011

Flottement

L'odeur scrée quand j'arrive dans l'impasse.

La lumière dorée qui baigne les fleurs d'acacia quand je regarde par la fenêtre.

Désormais il fait nuit, le vent s'est levé.

J'essaye de me reprendre en main. C'est difficile.

Se mettre au travail me semble impossible, et pourtant, il le faut.

Un résultat qui devrait m'encourager, mais je continue à repousser le reste.

Les mains comme une terre désertique : la poussière du CDI a fait son oeuvre.

Envie de tout oublier dans le rangement et le tri.

Mais ce n'est pas raisonnable. Alors je m'efforce.

Je m'efforce et repense à la lumière dorée.

A l'odeur sucrée.

Et je tâche de sourire.

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11 février 2011

Renoir

Il fait beau, l'air est doux. Le vent joue avec les rideaux de la porte-fenêtre, le soleil fait des ombres chinoises sur le parquet. J'ai l'impression d'être dans un Renoir...

renoir__peonias_1880

Tableau découvert  à l'exposition "Passion pour Renoir", au Prado.

Renoir_ni_a_con_ave

"Niña con ave" (du latin avis, is : l'oiseau)

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