Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

11 octobre 2011

Jeune étudiante sérieuse cherche grammaire anglaise.

Aujourd'hui, pour la première fois depuis cinq ans, j'ai eu un cours d'anglais. Résultat : des exercices basiques de grammaire à faire pour vendredi. Choisir à chaque phrase s'il faut employer le present perfect ou le past simple. Forcément, il arrive une phrase où on a un vieux doute.

Je me mets alors à farfouiller dans ma bibliothèque, en quête d'une grammaire d'anglais. Et là... damn it ! J'ai deux grammaires du français, un abrégé de grammaire latin, une grammaire du turc à l'usage des francophones (si si, c'est vrai), une grammaire du coréen en deux volumes... mais pas de grammaire de l'anglais.

Posté par incitatus à 20:59 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

20 février 2011

한글

Ça y est, elle a complètement craqué, allez-vous penser.

Mais non, je n'ai fait qu'acheter un manuel de coréen chez G*bert. Parce que je finis toujours par me demander comment fonctionne une langue. A fortiori quand elle n'est pas indo-européenne. Alors quand j'ai appris que le coréen était de la même famille que le turc et le hongrois, je n'ai pas pu résister.

9782915255492FS

Une langue asiatique certes, mais qui n'a rien à voir avec le chinois. Une langue qui a un alphabet de vingt-quatre lettres, c'est déjà un bon point, non? Certes, ils utilisent encore les caractères chinois, mais tout le monde ne peut pas les lire là-bas. Ils sont réservés à une élite intellectuelle, d'après ce que j'ai compris.

Et sur cet alphabet (parce que l'histoire des écritures est au moins aussi passionnante que celle des langues), j'ai lu ici quelque chose de très intéressant:

«[Le Hangeul (nom de l'alphabet coréen)] présente la particularité unique d´avoir été créé de toutes pièces et de façon rationnelle au 15ème siècle de notre ère à l´initiative du roi Sejong (…).

Les 14 consonnes et 10 voyelles qui constituent cet alphabet reproduisent avec une rare exactitude tous les sons de la langue coréenne. Les consonnes représentent graphiquement la position des organes phonatoires (…).

En revanche les voyelles trouvent leur origine dans les principes cosmiques de la philosophie taoïste. Elles sont en effet des combinaisons des trois éléments de base : le point (.), pour le ciel; le trait horizontal (_), pour la terre; le trait vertical (|), pour l’homme. »

Korean_Hangul

Comme tout système linguistique, il a une signification politique très importante, puisque le roi Sejong a vu les grands du royaume s'opposer à ce progrès, synonyme de démocratisation de la culture. Alphabet tellement lourd de symbole qu'il a été interdit lors de l'occupation japonaise, et qu'aujourd'hui le 4 octobre – cet alphabet a été promulgué le 4 octobre 1446 par Sejong – est jour de fête nationale en Corée*.

Prochaine étape : trouver une vraie grammaire du coréen, parce que ce manuel n'est pas assez complet. Et surtout, il n'est pas organisé de façon assez rigoureuse.

* Alors la Fête Nationale a une date indéterminée, puisque les sites se contredisent tous les uns les autres. A priori ce serait plutôt le 15 août, jour de la libération. Mais la Fête du Hangeul existe vraiment (le 4 ou le 9 octobre selon les sources).

NB : le titre de cet article se transcrit « hangeul »

Posté par incitatus à 11:28 - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,

27 octobre 2010

Beauté et mystère de la grammaire

Au début, c'est une comptine, un rythme que l'on intègre en chantant, un rythme lent comme les battements de mon cœur ou plus rapide, si je me précipite. On conjugue, puis on décline, naturellement, on récite dans une régularité parfaite. On guette la forme qui ne sera pas exception. On recherche sa forme idéale, qui se décompose parfaitement : radical – la racine, l'origine, l'ancêtre du mot qui lui donne tout son sens, celui sur lequel on peut raconter des histoires et grâce auquel toutes les branches de l'arbre généalogique se remplissent ; suffixe – la béquille, la baguette magique qui modifie légèrement le sens du mot, lui donne un aspect différent, qui a le pouvoir de rendre un verbe au passé, de l'envoyer dans l'oubli, ou au contraire, de l'expédier dans le futur, dans le « pas encore accompli », et s'il est conditionnel, il se fera souhait et espérance ; terminaison – ruban dans la coiffure, rideau dans une pièce, ornementation ultime, qui parachève la forme et la rend complète.

Décliner, conjuguer, comme on respire ou comme on fredonne « Au clair de la lune » ou comme on récite un « Notre Père ». Naturellement, sans forcément comprendre. Puis vient le moment où les formes se recoupent, on voit l'accusatif en -m, on admire ces similitudes, on s'extasie devant l'économie de moyens mise en œuvre – ou plutôt devant cette régularisation forcée. On couve le paradigme du verbe être d'un œil d'antiquaire, avec ses reliquats d'indo-européen, on finit par l'aimer ce verbe irrégulier. On élargit notre vision, on se fait comparatiste, on déniche des similitudes où l'on n'aurait rien vu avant.

Puis, moment ultime de l'utilisation de toute cette beauté mathématique, mise en pratique. Devant le mystère d'un texte, l'analyse fuse, on réfléchit à peine, on souligne, encadre, entoure, gribouille le texte, jusqu'à ce qu'il rappelle les tableaux de Pollock. C'est une énigme que l'on doit résoudre, un code secret que l'on doit déchiffrer. Le sens apparaît peu à peu, la lumière se fait. La beauté du texte nous éblouit, et la traduction reste imparfaite, insatisfaisante, frustrante. Mais on a vu la construction parfaite du texte, on a vu sa grammaire, sa logique interne, sa colonne vertébrale et toutes ses articulations. On l'a admiré et son éclat nous a été offert le temps d'une analyse.

Posté par incitatus à 08:39 - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,