Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

11 avril 2013

Maladies rares etc.

Depuis quelques jours, j'ai entrepris la lecture attentive d'un petit morceau de mon corpus d'étude. Pour rappel, je travaille sur les maladies rares, et mon corpus est composé de milliers de résumés d'articles scientifiques sur le sujet. En anglais, bien sûr.

Depuis quelques jours, donc, je découvre l'univers tout à la fois aride et extrêmement riche du monde de la recherche biomédicale. Loin de tout comprendre, j'évite cependant les recherches Google : voulant bien faire, celui-ci a en effet la fâcheuse habitude de présenter des images sans qu'on ne lui ait rien demandé. Or les maladies étudiées sont peu ragoûtantes, et quand on a l'habitude de déjeuner en travaillant, ça a vite fait de vous couper l'appétit.

La lecture prolongée de tels textes a tendance à vous plonger dans une espèce de dégoût angoissé : on finit par comprendre que quand le traitement n'a pas été efficace, les patients sont morts. On parle de maladies juvéniles, signifiant par là que lesdits patients sont des enfants morts en bas âge. Certains articles décrivent les cas de patients ayant telle maladie, les premiers dans le pays : on comprend alors ce que signifie maladie orpheline.

Et de temps en temps, pour alléger sans doute le fardeau de cette souffrance humaine, les auteurs parlent de souris ou de lapins. Et le dernier en date, le plus original sans aucun doute, décrit le cas d'une de ces maladies détectées chez une caille japonaise : Generalized glycogen storage disease in Japanese quail (Coturnix coturnix japonica). Il y a même du latin !

japanesequail

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12 décembre 2012

Commencement

Lundi, j'ai passé ma première nuit à Caen. La première d'une longue série, a priori.

Lorsqu'à dix-huit heures un peu passées j'ai quitté le campus, les couloirs étaient presque déserts, il faisait sombre, et j'étais frigorifiée. Le tramway, bondé, m'emmena jusqu'au centre-ville, jusqu'à mon hôtel. Quoique propre, cet hôtel semblait mal en point. La chambre avait été repeinte à neuf, mais les couloirs donnaient une impression de décrépitude qui me mettait mal à l'aise. J'avais l'impression de ne pas être à ma place. Le chauffage dans la chambre ne fonctionnait pas : je n'ai donc pas réussi à me réchauffer.

Puis je décidai d'aller dîner. La gargote de la place devant l'hôtel ne m'inspirait pas vraiment. Un petit tour sur internet m'indiqua un restaurant marocain* qui avait l'air parfait. Cinq minutes plus tard, j'étais installée au chaud, dans un petit restaurant, et l'oud me berçait pendant que je faisais mon choix. La portion de couscous que l'on me servit aurait pu facilement nourrir trois personnes. Et lorsque la pluie commença à tomber dans la nuit, je sirotais un thé à la menthe brûlant et sucré, juste ce qu'il faut pour finir de faire disparaître le mal-être qui m'avait saisie plus tôt dans l'après-midi.

Repue et apaisée, je rentrai à l'hôtel et me blottis sous les draps.

Le lendemain matin, le soleil se levait sur le château de Guillaume le Conquérant.

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La Pastilla

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29 mars 2012

Tu respecteras ton père et ta mère.

Il y a des jours où tout le respect que j'ai appris à avoir pour mes parents s'effrite.

Petit à petit, ce qui était Loi devient règlement puis guide, puis plus rien. Il devient poussière de souvenir. Et les insultes affluent derrière mes lèvres, brûlant ma langue et menaçant de sortir. Un jour je vomirai mes injures et mon mépris et ma souffrance. Mais ce jour n'est pas encore venu.

Peut-être ne viendra-t-il jamais. Je ne sais.

J'ai de la peine pour lui, et il me fait tellement mal. Tellement mal. Mais à quoi pense-t-il donc ?

Ses messages gentils me donnent juste envie de jeter mon téléphone, de changer d'adresse, de nom, de disparaître pour qu'il ne me retrouve jamais. Jamais. Ne plus penser à lui est tellement plus simple quand il garde le silence !

Tu respecteras ton père et ta mère.

Il y a des jours, j'ai peur de ce que je pourrais faire.

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08 janvier 2012

pudor, oris : la honte

Le ciel ce matin s'assortit parfaitement à mon humeur, ou même, à mon état d'esprit : gris, monotone, froid, triste à mourir.

Il y a des moments où l'on nous dit de grandir, et ceux, bien pires, où l'on se rend compte par soi-même qu'il faut avancer. Bien sûr, il y a des choses qui évoluent sans douleur, presque imperceptiblement. Mais pour le reste, c'est au gré de désaccords croissants, de petites phrases piquantes et douloureuses comme « ce n'est plus de ton âge », que l'on apprend qu'il faut changer.

Le changement est terrifiant. Absolument et incontestablement paralysant. Il y a des jours où, sans doute, je le cherche avec avidité, et surtout quand je ne sais pas sur quel pied danser ou que je me retrouve sur des charbons ardents ; alors tout mouvement est le bienvenu. Mais quand on est bien au chaud dans un duvet, pourquoi en sortir ?

Sans compter que tout ne nécessite pas de changement. Des choses, qui relèvent des affaires intérieures, comme nos choix de livres ou de films, dépendent entièrement de nos choix et préférences. Il y a des adultes qui pratiquent encore des jeux de rôles et que d'hypocrites joueurs de poker ou autres « jeux de grands » vont regarder de travers ; il y a des adultes qui regardent encore des dessins animés, se protégeant du bouclier de la nostalgie et du souvenir. Personnellement, je ne me protège pas : pourquoi ? À quoi bon ? On peut bien lire et regarder ce qu'on veut.

Aussi, quand on m'a dit que je devrais grandir et lire des choses plus évoluées que Harry Potter, je me suis sentie blessée. Passe encore que ce soit un voisin de classe : c'était plus pour me charrier, et il a trente ans passés, il doit se sentir vieux. Mais ma propre mère. Elle n'a réussi qu'à me rendre honteuse de mes lectures. Parce que me dire d'arrêter ne me fera pas arrêter. Seulement désormais je ne pourrai plus lire dans le métro ou dans les couloirs de la fac sans penser à l'opinion des autres. Si même ma mère juge mes lectures, je ne sais plus où me réfugier.

Désormais j'ai peur et honte et mal, et si le ciel se met à pleuvoir, je risque de l'imiter.

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30 juin 2011

Fin

Onze ans, et jamais encore je n'avais complètement arrêté. Onze que je le côtoyais quotidiennement et que je le chérissais tendrement.

Il y a deux ans, j'ai atteint mon apogée, et depuis j'étais passée de l'autre côté de la barrière. Ce n'était pas une pente descendante, non. C'était juste un autre point de vue.

Point de vue que j'ai eu une chance inouïe de connaître. Point de vue que j'ai appris à apprécier, puis même à aimer. Oui. C'est pourquoi, quand j'ai eu la confirmation que ce serait non pour l'année prochaine, j'ai eu comme une petite déchirure.

J'ai eu mal, et je me suis sentie un peu bizarre. Et mes yeux ont un peu piqué. Deux larmes ont coulé, puis ont séché immédiatement. L'envie de me manque pas, de pleurer, c'est juste que c'est idiot.

La semaine dernière, j'ai fait du latin pour la dernière fois.

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07 juin 2011

Comme ivre

La tête qui donne l'impression qu'elle va imploser. La barre au-dessus des yeux, comme si les ouvrir relevait de l'impossible. Métaphore de la cocotte-minute, du marteau. Toutes se valent, et pas une ne décrit vraiment la migraine.

Le cachet dans un verre, le Coca dans un autre. Le mélange détonnant de la caféine et de l'aspirine. La douleur va se calmer, finalement.

La fatigue. La peur d'oublier quelque chose. Penser à se lever à l'heure. Penser aux cours particuliers. Penser à corriger les copies. Penser que les conseils de classe approchent. Penser à prévenir de mon absence telle date. Penser à aller déjeuner avec le père. Penser à préparer ceci ou cela. Penser à poster la lettre pour l'assurance. Penser à l'année prochaine. Penser aux vacances.

Je me donne mille choses à faire pour ne pas penser aux révisions. Les partiels approchent. Sur les deux semaines et demie de révisions, il n'en reste qu'une, et je n'ai pas commencé. Un projet à rendre pour dans trois jours. Des cours à rattraper. Plein.

Alors je mange. Le sucre coule dans mes veines et m'alourdit. Comme si j'avais bu. Je me sens engourdie, un peu vacillante. Je ne supporte pas le sucre, mais j'aime ça. Il y en a qui fument, d'autres qui boivent. Je mange de la confiture ou du chocolat.

Puis je culpabilise. Alors pour enfouir ce sentiment, je regarde le rayon de soleil percer le ciel de plomb et saupoudrer les acacias devant ma fenêtre. Et j'écoute Andréas Scholl qui chante le Stabat Mater. Vivaldi. La panacée.

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06 juin 2011

Crise de larmes

Marie-Aude Murail, Papa et maman sont dans un bateau, édition L'école des loisirs, page 162 :

La nuit précédente, il avait entendu papa crier : "J'en ai marre de cette vie de con ! Je voudrais être ailleurs, ailleurs !", il avait entendu maman lui répondre : "Pars, va-t-en !" Il avait appelé papa et papa l'avait sorti du lit et pris dans ses bras.

- Tu as fait un cauchemar, bonhomme ?

- Oui.

- Toujours tes fichus robots ?

- Oui...

Il avait enfoui sa tête dans le cou de papa, là où le sang battait tout chaud, et il avait murmuré passionnément :

- Pars pas.

Et là, j'ai fondu en larmes. Il est bientôt trois heures de matin, et je fonds en larmes en lisant ces quelques phrases, dans un bouquin pour collégiens.

Dehors l'air est frais. La pluie a cessé. J'ai les yeux gonflés de sommeil et de larmes, et le nez bouché. J'aimerais avoir l'âge d'Esteban et encore un père que je pourrais supplier : "Pars pas."

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01 mai 2011

Ce n'est qu'un début

Le mail avec le devoir de sémantique cognitive est parti. Ça y est, les dés sont jetés.

Alors que je pensais pouvoir me réjouir, je me suis rappelé ce qu'il me reste encore à faire.

Moi qui croyais pouvoir sortir la tête de l'eau, j'ai l'impression d'être encore plus profond dans l'eau vaseuse. Que des algues m'ont aggripé les chevilles et m'empêchent de remonter à la surface.

En apnée depuis le début du semestre. Ou presque.

Et en apnée pour quelques semaines encore.

Avec tout ça, je n'ai même pas le courage de préparer mes cours de latin... Ça attendra demain matin. Tant pis.

noyade

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30 avril 2011

Minuit sonne

Il est minuit. Vautrée sur mon lit, le clavier sur les genoux, je lutte contre le sommeil.

Une demi-tablette de chocolat gît sur la table. Ma concentration bat de l'aile.

Encore quatre articles à lire pour ce soir.

Polysémie. Ambiguïté. Traduction. Cooccurrences. Graphes. Calcul de recouvrement de sens.

Tout ça a le mérite de me faire oublier ce poids que j'ai dans l'estomac, ce poids lancinant qui me donne envie de pleurer, sans raison. Un poids que je n'ai pas envie de nommer désespoir, mais à qui cette appellation irait très bien.

Je lutte chaque minute pour ne pas sombrer, pour ne pas laisser tomber. C'est épuisant.

Seule une idée fixe me tient : un jour, il faudra mettre un coup de pied dans la fourmilière. Il faut faire quelque chose pour que ces formations mensongères deviennent ce qu'elles affirment être.

Je me noie en eau trouble. Mais je ne suis pas seule. Je me sais accompagnée par mes camarades d'infortune. C'est un peu - égoïstement - rassurant.

Alors je lutte. Et j'essaye de ne pas m'affaiblir.

Garder courage, travailler, pour s'en sortir. Parce qu'il le faut.

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27 avril 2011

Flottement

L'odeur scrée quand j'arrive dans l'impasse.

La lumière dorée qui baigne les fleurs d'acacia quand je regarde par la fenêtre.

Désormais il fait nuit, le vent s'est levé.

J'essaye de me reprendre en main. C'est difficile.

Se mettre au travail me semble impossible, et pourtant, il le faut.

Un résultat qui devrait m'encourager, mais je continue à repousser le reste.

Les mains comme une terre désertique : la poussière du CDI a fait son oeuvre.

Envie de tout oublier dans le rangement et le tri.

Mais ce n'est pas raisonnable. Alors je m'efforce.

Je m'efforce et repense à la lumière dorée.

A l'odeur sucrée.

Et je tâche de sourire.

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