Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

16 novembre 2010

Poussée par ma gourmandise

Cannelle, gingembre, noix de muscade, clous de girofle... Quatre épices jetés un peu au hasard, sans doute parce que leur nom m'a séduite avec leur air de contrée lointaine, dans le velouté poudré du cacao amer. Le lait mousse et bouillonne. Il est temps. L'ingrédient magique est prêt: l'agar-agar est saupoudré délicatement dans le liquide parfumé.

Bientôt, j'aurai un superbe flan aux arômes d'hier pour accompagner ce temps monochrome, et le tout sans déborder de mes limites pas si draconiennes que ça mais assez contraignantes malgré tout.

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15 novembre 2010

Double

Le soleil n'est pas levé, que déjà j'apprends quelque chose de cocasse. Xavier Dolan, réalisateur des Amours imaginaires et acteur que je rangerais plutôt dans la case "intellectuels", est aussi le doubleur québécois de Rupert Grint, alias Ronald Weasley, dans Harry Potter... Le rapprochement des deux est hautement hilarant, de mon point de vue. Mais sans doute est-ce le manque de sommeil qui fait cet effet.

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13 novembre 2010

Τιτιτιτιτιτιτι τίνα λόγον ἄρα ποτὲ πρὸς ἐμὲ φίλον ἔχων;

Soir de fête, nous allons à la Comédie Française. Sur scène : Les Oiseaux, du grand Aristophane. Je reconnais que je suis curieuse de voir ce qu'on peut faire avec des textes comme ceux d'Aristophane.

Nous prenons place – corbeille, premier rang, plein centre, s'il-vous-plaît. Nous sommes loin du poulailler de la Terminale. Bien loin. Ce sont presque des places présidentielle, royales.

Le spectacle commence.

Un décors assez génial, avec une perspective impressionnante. Un petit côté « tableau renaissance » avec ses colonnes. Il donne l'impression que l'on voit à des kilomètres derrière, là-bas, tout au fond. J'ai même la sensation qu'il n'a pas de fond.

Des costumes magnifiques. Couleurs chatoyantes et plumes virevoltantes. Mes yeux sont contents. Visuellement, la mise en scène est très réussie.

Mais quant au partie pris d'adaptation, il y a des choses qui m'échappent. Certes, je n'ai jamais lu la pièce originale, mais cette histoire d'oiseaux-comédiens me paraît louche. D'après mes souvenirs, cette pièce s'en prenait aux dieux. Point. Il n'y avait pas mise en abyme. D'ailleurs, ça me paraît peu grec. Bon, je reconnais que ma culture dans le domaine laisse à désirer. Mais après avoir lu le début de la pièce hier – Wikisource est mon ami – je suis en mesure de confirmer.

Si ce parti-pris était intéressant, le coupler avec une adaptation sur le plan politique faisait trop. On y perdait en clarté. Il eût fallu forcer le trait dans un sens ou dans l'autre, mais pas faire un entre-deux qui nous a laissées perplexes à la fin de la pièce.

Parce que lorsque le rideau est tombé, nous étions extrêmement perplexes. Nous n'avions pas vraiment compris où cela voulait en venir.

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Petit bonus : dans les escalier, je croise un visage connu. J'ai à peine eu le temps de foncer pour échapper à celle que je venais de reconnaître comme étant une de mes anciennes élèves troisième. Et dehors, son frère et ses parents attendaient. Je n'ai pas trop traîné dans les parages. Non mais, croiser deux élèves à Paris, un jeudi soir, c'était tout de même hautement improbable!

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08 novembre 2010

Dégoût

Je me sens malade. Je n'ai pas mal au crâne, ni même à la gorge. Non, je me sens nauséeuse. Il me donne envie de vomir.

Il a une façon de penser et d'exprimer les choses – ou de ne pas les exprimer – qui me donnent juste envie de croire qu'il n'est pas celui que je connais. Que l'homme dans lequel j'ai cru si longtemps, que la personne en qui j'ai eu confiance et dont j'ai été fière toutes ces années n'est pas celui qui aujourd'hui se croit tout permis sous le seul prétexte que ça lui fait plaisir.

Il pense que sa femme et ses enfants, ce n'est pas pareil. Drôle de définition et de conception de la famille. Parce que selon lui la famille, ce n'est pas un tout*?

Qu'un homme de son âge se défausse ainsi de ses responsabilités, qu'il renie aussi facilement un engagement pris il y a vingt-cinq ans, ça ne me donne pas envie de croire en l'humanité. Que les hommes soient capables de telles bassesses, alors qu'un enfant qui fait la même chose est puni, est tout simplement impensable.

L'homme est barbare. La civilisation n'est qu'un vernis trop vite gratté. L'homme est un égoïste. La société n'est qu'un leurre, où chacun se lorgne, attendant que l'opposant attaque le premier. Chacun défend son « bonheur », mais à quel prix!

Il y a des jours où l'humanité est laide. Hideuse. Et lui est un des éléments de cet ensemble le plus en-dessous de tout.

Il fait pitié.


* Ce n'est pas aux homosexuels qu'il faudrait interdire le mariage, c'est aux gens comme lui.

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29 octobre 2010

Pour une bouffée d'air marin...

... j'étais prête à faire huit heures de train dans la journée, prête à affronter les grèves et les travaux, prête à prendre l'autocar entre Rennes et Vannes. Mais il faut reconnaître que le jeu en valait la chandelle!

À Rennes, alors qu'un foule impressionnante attend le car pour se rendre qui à Vannes, qui à Lorient, le ciel est gris, l'air froid et humide, se transformant de temps à autre en cette espèce de crachin très anglais. Malgré tout, j'ai bon espoir: Vannes est au bord de la mer.

Photo0508Lorsque l'autocar arrive, le ciel présente des morceaux de bleu, le soleil inonde le parvis de la gare, l'air est doux et sent bon les vacances. Je ne suis là que pour la journée, mais je compte bien en profiter le plus possible. Mes grands-parents sont là, qui m'attendent sur le quai.

L'après-midi, nous allons voir le Golfe. Les eaux grises baignées de soleil, l'air qui sent bon l'iode et le large, les pins tordus qui donnent cette allure unique aux côtes. Respirer à pleins poumons, fermer les yeux sous les caresses du soleil, profiter de cette unique journée de vacances, avant de retourner sur Paris. Ne penser à rien, oublier les questions des grands-parents sur mon père, ne pas écouter leurs allusions et ne pas faire attention à leur discours sur la religion. Juste apprécier l'instant.

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La mer. Le soleil. Ces nuances de gris uniques. Ce paysage accidenté qui donne envie de rester là, à le contempler pour le reste de sa vie.

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Le soleil. La mer.

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27 octobre 2010

Beauté et mystère de la grammaire

Au début, c'est une comptine, un rythme que l'on intègre en chantant, un rythme lent comme les battements de mon cœur ou plus rapide, si je me précipite. On conjugue, puis on décline, naturellement, on récite dans une régularité parfaite. On guette la forme qui ne sera pas exception. On recherche sa forme idéale, qui se décompose parfaitement : radical – la racine, l'origine, l'ancêtre du mot qui lui donne tout son sens, celui sur lequel on peut raconter des histoires et grâce auquel toutes les branches de l'arbre généalogique se remplissent ; suffixe – la béquille, la baguette magique qui modifie légèrement le sens du mot, lui donne un aspect différent, qui a le pouvoir de rendre un verbe au passé, de l'envoyer dans l'oubli, ou au contraire, de l'expédier dans le futur, dans le « pas encore accompli », et s'il est conditionnel, il se fera souhait et espérance ; terminaison – ruban dans la coiffure, rideau dans une pièce, ornementation ultime, qui parachève la forme et la rend complète.

Décliner, conjuguer, comme on respire ou comme on fredonne « Au clair de la lune » ou comme on récite un « Notre Père ». Naturellement, sans forcément comprendre. Puis vient le moment où les formes se recoupent, on voit l'accusatif en -m, on admire ces similitudes, on s'extasie devant l'économie de moyens mise en œuvre – ou plutôt devant cette régularisation forcée. On couve le paradigme du verbe être d'un œil d'antiquaire, avec ses reliquats d'indo-européen, on finit par l'aimer ce verbe irrégulier. On élargit notre vision, on se fait comparatiste, on déniche des similitudes où l'on n'aurait rien vu avant.

Puis, moment ultime de l'utilisation de toute cette beauté mathématique, mise en pratique. Devant le mystère d'un texte, l'analyse fuse, on réfléchit à peine, on souligne, encadre, entoure, gribouille le texte, jusqu'à ce qu'il rappelle les tableaux de Pollock. C'est une énigme que l'on doit résoudre, un code secret que l'on doit déchiffrer. Le sens apparaît peu à peu, la lumière se fait. La beauté du texte nous éblouit, et la traduction reste imparfaite, insatisfaisante, frustrante. Mais on a vu la construction parfaite du texte, on a vu sa grammaire, sa logique interne, sa colonne vertébrale et toutes ses articulations. On l'a admiré et son éclat nous a été offert le temps d'une analyse.

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26 octobre 2010

Civilisation?

Quand j'étais au collège, j'adorais apprendre. Je me souviens que je buvais les paroles de la plupart des professeurs, et même quand je n'aimais pas la matière – mathématiques, SVT – jamais je n'ai raté une miette du cours. Jamais mon attention n'a faibli. J'avais horreur des exercices de groupe, des débats et autres activités qui me sortaient de ma passivité. Mais si le professeur parlait, alors tout allait bien. Pas besoin de réfléchir: on m'apportait la connaissance sur un plateau, et j'écoutais ça comme une histoire qu'on m'aurait racontée le soir, avant de m'endormir.

Quand j'étais au collège, je n'aimais pas les vacances. J'avais envie d'apprendre. Ou plutôt, j'avais envie qu'on me raconte des choses que j'aurais à retenir. Le seul effort que j'acceptais, c'était la mémorisation et l'apprentissage. Le reste est trop fatiguant, je pense.

Il est resté de tout ça que je suis capable de ne pas ouvrir la bouche de la journée, capable d'écouter un professeur parler pendant plus de quatre heures sans broncher. Je ne dis pas que je suis attentive pendant les quatre heures, mais que je ne bavarde pas ni ne bouge.

Or, ces deux derniers jours, je me suis rendu compte que peu en sont capables. Dans cette salle de classe, où nous étions une quarantaine de professeurs en formation, il y en a qui bavardaient sans arrêt, ne prenant même pas la précaution de baisser la voix, d'autres qui interrompaient sans arrêt, n'attendant pas même que la formatrice ait terminé sa phrase... j'étais assez éberluée d'un tel manque de civisme. Mais, comme a dit notre dernière formatrice:

« La barbarie, c'est notre fond de commerce. »

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Formatation

Impressions à chaud, lundi midi

Il y a ceux qui bossent en Seine-Saint-Denis et qui pensent avoir plus de difficulté que tout le monde, ceux qui contestent les réformes, ceux qui racontent leur vie, ceux qui ne sont jamais contents, ceux qui pensent qu'ils n'y arriveront jamais, ceux qui sont persuadés que leur problème est le pire de tous et qu'il est insoluble, ceux qui sont sûrs d'eux et qui la ramène tout le temps...

Et moi dans tout ça, j'ai l'impression que je ne corresponds pas au modèle. Je suis encore étudiante, alors que tous les autres sont sortis de leurs études – depuis longtemps déjà pour certains (je pense entre autre à ces mères de famille qui reprennent une activité professionnelle). J'enseigne le latin, quand les autres sont profs de maths, d'histoire ou d'anglais. Je suis dans un collège-lycée où les gamins ne sortent pas franchement de milieux aisés, alors que selon les dires des autres, ils sont dans des établissements bien bourgeois qui ont les moyens. Ils parlent de leurs confrontations avec les parents, quand je n'en entends jamais parler, de pression au niveau de la direction, quand c'est le directeur que je vais voir au moindre problème.

J'ai sincèrement l'impression que je n'ai rien à apprendre ici. Ou du moins, que cette « formation » ne m'apprendra rien de très utile. Et je ne parle même pas de mes heures en temps que documentaliste et de mon unique heure de français, où je suis censée donner la suite du cours d'une collègue, qui ne m'envoie jamais le travail à l'avance.

J'ai l'impression de perdre mon temps.

Impressions à froid, mardi soir

Formatage, plutôt que formation. Ça a beau être organisé par le diocèse, on nous parle tout le temps d'éducation nationale. Le jargon du milieu écorche mes oreilles, et on nous explique clairement ce qu'il faut faire et ne pas faire. Il faut rentrer dans le moule, et faire rentrer les élèves dans le moule avec nous. C'est effrayant, et donne envie de fuir.

Si ce matin j'ai appris davantage de choses, il n'en reste pas moins que les langues anciennes n'existent pas dans ces formations. On les a déjà oubliées, laissées dans le placard, sous couvert de beaux discours. Qu'ils se démerdent donc, ils ne mourront pas sans langues anciennes. Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre plus tard, les ignares haut perchés de l'éducation et du ministère. Moi je sais, et égoïstement, ça me suffit.

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Petits matins - Au pied du lit

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Paris, le 26 octobre à 8h27

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24 octobre 2010

Couvertures de cuir et papiers oubliés

La voix du métro annonce que le trafic est interrompu sur ma ligne, dans ma direction, et juste sur le tronçon qui m'intéresse. Résignée, je m'apprête à rentrer à pied, quand mon cerveau me souffle que je pourrais peut-être prendre le bus. Sitôt dit, sitôt fait, me voilà à battre la semelle dans la foule qui a eu la même idée que mon cerveau.

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Prise d'une inspiration subite autant qu'irréfléchie – le propre de l'inspiration, dirai-je – je descend un arrêt plus tôt et m'en vais fureter au Marché du livre ancien et d'occasion. Coup de chance, c'est le week-end de la grande braderie. Une affichette annonce les livres à 1€, à 2€, une autre s'exclame « 5€ le kilo » et derrière, les livres s'alignent, ou s'entassent, c'est selon.

Sous la halle, le bruit des badauds est assourdi, comme avalé par toute cette quantité de papier. Livres de poche décrépis, livres presque neufs, sans doute des invendus, vieux exemplaires de journaux d'un autre siècle, bandes dessinés et comics, et surtout, ce qui m'hypnotise complètement, ces vieux volumes reliés cuir, dorés, aux couleurs fanées et aux tranches fatiguées, ces livres que j'ose à peine caresser du bout des doigts, tant est grande la peur qu'ils tombent en poussière au moindre contact.

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Mes yeux errent sur ces bibliothèques nomades, ces reliquats de librairies d'un autre temps, ces extraits d'un salon de l'aristocratie du siècle passé. Et je rêve à une bibliothèque courant sur les murs d'un grand bureau, murs blancs, moulures, petite cheminée parisienne, grande fenêtre, bibliothèque aux reflets mordorés de ces volumes au cuir rendu souple par l'usage, chaleur de ces bruns, de ces rouges, de ces verts. Auteurs inconnus et oubliés, ouvrages sans intérêt autre qu'esthétique.

J'ai commencé ma collection avec Cornélie, ou le latin sans pleurs et Eulalie, ou le grec sans larmes, deux petits livres cocasses aux dorures attrayantes et aux titres irrésistibles.

Corn_lie_ou_le_latin_sans_pleurs Eulalie_ou_le_grec_sans_larmes

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