Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

04 septembre 2013

Promenade n°3 : Cupelin

Journée plus tranquille ce jour-là, nous nous sommes rendues à pied à l'ancien chalet de mes grands-parents. La route du Château est étroite et empruntée par les voitures, nous faisons donc attention à rester bien visibles. A droite, autrefois, il y avait des chèvres dans ce terrain, les arbres en ont gardé les cicatrices même si les chèvres ont disparu. Un hôtel trois étoiles a vu le jour, "La Ferme de Cupelin".

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Ma mère me décrit tout ce qui a changé, ce qui est resté intact. J'étais trop petite pour avoir observé tout ça, à l'époque, mais certaines choses reviennent. Enfin, au détour d'un virage, la fontaine, au bas du chemin du Bulle. Les têtards sont toujours là. La saison est tardive, ils ont leur quatre pattes. Celui que ma mère a attrapé se sauve par petits bonds au creu de sa main.

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Plutôt que de continuer sur la route, j'opte pour le chemin, dont le goudron a été récemment refait. Contrairement aux nombreux endroits que nous avons vus, ici les haies sont drues. J'avais remarqué que les jardins étaient rarement limités, laissant les terrains s'entremêler et la vue offerte. Dans ce quartier, c'est tout l'inverse. Les habitants cherchent à disparaître. Et le vainqueur n'est autre que l'ancien chalet familial.

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A l'époque, on le voyait de loin, et sa vue sur le Mont-Blanc était unique. Aujourd'hui il est dévoré par d'énormes haies de thuyas. Les arbres ont tellement grandis que la vue doit être mangée par leur branches. Afin de jeter un oeil, nous sommes obligées d'entrer dans l'allée. Le chalet n'a pas vraiment changé. Les roses trémières fleurissent toujours le long du garage. Mais le jardin est étouffant, et les framboisiers ont disparu.

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En redescendant, nous visitons Cupelin. Les potagers, la chapelle, les vieux chalets... Je me sens chez moi, je n'ai pas envie de repartir.

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02 septembre 2013

Promenade n°2 : l'Alpette

Le téléphérique, rouge dans mes souvenirs et blanc aujourd'hui, s'élance au-dessus du vide. Les sensations se réveillent, je ne les ai pas oubliées. L'impression de tomber, la secousse au niveau du pilône, l'émerveillement. La vue est splendide. Arrivées en haut, le panorama est gigantesque.

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La marche est difficile. La côte est raide et en plein soleil, les cailloux du chemin sont glissants. Je me réfugie dans un rythme de tortue, regarde mes pieds et longe la clôture électrifiée du champ, dans l'herbe. De temps à autre, les clarines résonnent non loin de là, mais les vaches restent invisibles.

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Au niveau du restaurant d'altitude, une souche à l'ombre me tend les bras. Je me pose un instant, essayant de reprendre mon souffle. Ma mère propose de redescendre, mais j'ai envie de continuer, voir ce qu'il y a plus loin. Tous les dix pas, la vue change. Nous sommes plus haut, plus à l'ouest ou plus au sud, peu importe. Jamais l'oeil ne se pose sur les mêmes montagnes.

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Alors nous poursuivons un peu, jusqu'aux télésièges. Là, nous rendons les armes. Les herbes folles ont l'air confortable. Une petite sieste s'impose dans les graminées, les pieds face au Mont Joly ou je ne sais quel autre sommet.

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Avant de repartir, nous assistons au départ de deux parapentes. "Plouf", comme je disais étant petite, ils se sont jetés dans le vide, déployant leurs ailes multicolores au-dessus de la vallée.

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Le soir, le soleil couchant rosit le massif des Miages.

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18 août 2013

Promenade n°1 : le Bettex

Nous prenons l'ancienne route du Bettex, les virages en épingles à cheveu, l'étroitesse obligeant à se garer en cas de croisement, la côte est raide, même pour une voiture. Peu à peu les chalets s'espacent. Certains sont anciens, j'en reconnais même quelques uns. D'autres sont en construction. Il n'y a pas grand monde en cette saison, mais l'hiver, ça grouille. Le Bettex, mes premières leçons de ski. J'aperçois les remontées mécaniques, immobiles sous le soleil auguste.

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Nous empruntons le chemin des VTT, à la recherche d'un peu d'ombre pour pic-niquer. Vue sur le Mont-Blanc, dans les herbes hautes, c'est parfait. Le sandwich noix de jambon-tome de Savoie n'en est que plus savoureux. Les promeneurs / randonneurs qui nous croisent nous saluent et nous souhaitent bon appétit. Personne ne juge, personne ne commente. Les promeneurs ne sont là que pour l'air pur qui est à tout le monde et le paysage. Ils savent apprécier le silence des hauteurs et le conserver.

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La promenade sinue à travers champs, puis dans les bois. Partout de l'eau, minuscules rus, petits torrents descendus directement des glaciers. Quelques acrobaties nous amènent au bord du courant. Pieds nus dans l'eau transparente et glacée.

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Le soir, du balcon de l'appartement, nous assistons au feu d'artifice tiré du centre-ville, plus bas dans la vallée.

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15 août 2013

Retour aux sources

Mardi dans l'après-midi, je m'extasiais sur l'autoroute suspendue dans la montagne. Nous étions avec ma mère sur l'A40, en direction de Saint-Gervais-les-Bains. Viaduc après viaduc, j'observais émerveillée ce paysage si familier et pourtant si lointain. J'avais l'impression d'être revenue dix ans en arrière. Après chaque tunnel creusé dans la roche, un nouveau paysage s'offrait à nous. Rotondité des roches brunes, monts hérissés de sapins, et un peu plus loin, les aiguilles enneigées qui s'alignaient à l'horizon.

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Après un dîner en ville mardi, où nous avons pu noter tous les changements survenus depuis quelques années et suivre les pas de souvenirs plus ou moins anciens, hier nous nous sommes rendues à Megève. Les laiteries, fromageries, charcuteries et autres épiceries ont été remplacées par des boutiques de luxe et de vêtements. Dommage pour nos estomacs affamés. Cependant, cartaines choses ont survécu: les calèches sur la place, le photographe dans sa ruelle, bien qu'ayant troqué ses pellicules argentiques pour des appareils numériques, le cinéma, le téléphérique de Rochebrune (même s'il n'est plus rouge)...

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En marchant un peu plus haut au-dessus de la ville, en s'élevant vers les pistes herbeuses, le bruit des voitures s'amoindrit, le silence propre à ces paysages grandiôses se fait appaisant. Les télésièges ont suspendu leur vol pour la saison, vides. Tous les souvenirs de mes cours de ski, rarement heureux, me reviennent et j'en ris aujourd'hui. Mais je préfère toujours l'herbe à la neige, et mes pieds ancrés sur le plancher des vaches plutôt que sur des skis.

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10 août 2013

Période glaciaire

Titre: Période glaciaire
Auteur: Nicolas de Crécy
Editeur: Futuropolis/Musée du Louvre

Periode glaciaire

Idée originale, pour ne pas dire géniale: suivre une équipe de scientifiques, dans plusieurs centaines (milliers?) d'années, lors de leur mission en Île-de-France. Ils voyagent dans un immense désert de neige, balayé par des tempêtes glacées, et sont escortés de chiens génétiquement modifiés, doués de parole.

Le décalage créé est souvent drôle, plein d'ironie, mais il pose surtout un bon nombre de questions. D'une pièce de deux euros, Hulk, le protagoniste (chien obèse au flair "option carbonne 14"), déduit qu'il s'agit de "la carte du continent perdu, du continent gelé" qui s'appellerait l'Euro. Puis les scientifiques, débarquant dans une galerie du Louvre, déduisent des noms affichés sur les toiles qu'ils sont dans "l'établissement Delacroix". La récurrence de la nudité les étonne... et ils tirent d'étranges conclusions: "Je penche pour des fresques suggestives. Ce lieu était une maison des plaisirs pour hommes, bien entendu." Ce genre de réflexion insinue le doute dans nos esprit, tout ce que l'on a appris sur les bancs de la fac se retrouve mis en doute... et si tout ce qu'on déduisait de nos découvertes n'était dû qu'à notre imagination?

Ajouter à cet intérêt quasi-philosophique un doux graphisme, dans le quel on se laisse vite emporter.

À lire, absolument.

Posté il y a fort longtemps sur ma page Free.

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09 août 2013

Emo

découvert dans le webcomic Honeydew Syndrome

emo

(Je précise que l'insulté vient de se faire frapper par l'insultant, au cas où ce ne serait pas lisible.)

Ok, but, what's an "emo"? Agacée de devoir interrompre ma lecture, j'ouvris mon dictionnaire bilingue. Malheureusement, je devais ne jamais trouver le vocable "emo" à l'intérieur. Exaspérée, je poursuivis ma lecture, avec ce mot à la définition plus qu'incertaine qui flottait dans mon cerveau. Et ce jusqu'à il y a quelques jours, lorsque je reçus un mail d'el Teckel. Je venais de remarquer que le personnage de Metis (celui avec les cheveux noirs) avait du vernis noir aux ongles, et lui avais fait part de mon étonnement. En guise de réponse, j'eus droit à "c'est normal, c'est un emoooo". Jugez de ma déconfiture.

Je pris alors mon courage à deux mains, et lançai une recherche Google. Et là, ô joie! Je trouvai mon bonheur! Tout d'abord, je pensai avoir fait une erreur, puis, je lus l'article sur Wikipedia.

A l'origine, emo est un sous-genre de musique punk ou quelque chose comme ça (pas étonnant que je n'aie jamais entendu ce mot! Vu ma culture musicale...). Mais je ne vais pas vous faire un historique musical, là n'est pas mon but. Non, ce qui m'intéresse, c'est l'évolution de ce mot: pourquoi, dans le cas qui nous intéresse, est-il devenu une insulte?

Il faut savoir que ce style musical a connu plusieurs vagues, dont la dernière voit ses début en 2000. A ce moment-là, "là où plus tôt, l'emo favorisait des paroles parcourant un chemin plus obscur et douloureux, on se concentrait [désormais] sur l'amour trouvé ou perdu, et la difficulté de faire face"*. A la même époque, le terme emo "devint associé avec l'expression d'émotion sans retenue. Certaines attitudes et une certaine mode vestimentaire devenues typiques parmi les fans de certains groupes furent qualifiées d'emo". Peu à peu, au fur et à mesure que le style musical gagnait en popularité, l'emo devint objet de moqueries. D'abord légères, ces moqueries gagnèrent en intensité, et "les fans masculins d'emo ont commencé à recevoir des injures sur leur orientation sexuelle supposée, reflet de la mode propre à la « scène » (notamment l'utilisation d'eyeliner et de maquillage)".

Pour en savoir plus sur la mode emo, je vous conseille d'aller voir ce site, qui donne de nombreux détails également sur l'histoire du genre musical (site uniquement en anglais).

* Toutes les citations sont tirées de l'article "emo" de Wikipedia.

Posté il y a fort longtemps sur ma page Free.

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08 août 2013

Paresse

La paresse est cette « habitude prise de se reposer avant la fatigue »[1] ; elle semble ainsi se caractériser par la paix et l’harmonie intérieures, le calme et la tranquillité d’esprit. Elle s’abandonne avec délectation dans les bras de Morphée et retrouve les délices du Royaume du Sommeil : du silence à la pénombre, en passant par le suave parfum des fleurs de pavot. Pourtant, on la retrouve dans ses lourds voiles, les cheveux défaits, aux côtés de ses confrères les sept péchés capitaux : la bouillonnante Colère, la Gourmandise aux belles joues, l’austère Avarice, l’Orgueil au regard méprisant, la voluptueuse Luxure et l’Envie aux mains tendues.

[Paresse] 07

Felix Valloton, La Paresse (1896)

Comme eux, elle est une forme de souffrance. Une douleur subtile qui s’insinue en nous tel un poison mortel. La paresse « tout à la fois désire et barre la route à son désir »[2]. Elle passe son temps à désirer quelque chose qui lui échappe. L’objet même de son désir fuit sa raison. « Je voudrais aller quelque part, je ne sais où ; je ne sais pas ce que je veux, je n’ai même pas la volonté de désirer vouloir »[3]. Et quand par malheur elle le saisit, sa volonté lui fait défaut et elle le relâche à contrecœur. Sempiternels regrets, remords éternels. La paresse souffre inlassablement. Elle devient alors mollesse, fainéantise, oisiveté stérile, négligence ; elle flirte sans pudeur avec la mélancolie et la lâcheté.

[Paresse] 13

Théodore Chassériau, Buste d'homme endormi (1844)

Mais il lui arrive de fuir le côté infernal de son penchant à l’inaction et elle navigue alors entre deux eaux, elle jongle avec flegme et flemme. Puis elle se pose et reste immobile pendant des heures. Elle ne fait rien et elle seule en est capable. Elle seule a le courage de se lever tôt pour prendre le temps de ne rien faire. Elle regarde le sable s’écouler dans le sablier, écoute le mécanisme régulier de la pendule du salon, observe les gouttes de pluie s’écraser lourdement sur les vitres. Ses cinq sens sont en éveil. Pas un éveil actif, non ! Loin de là… un éveil passif, qui ne fait que percevoir et enregistrer. Elle voit le temps passer. Elle est alors flânerie, abandon, insouciance, indolence. Et ce sont cette passivité et cette lenteur qui font sa force. Elle devient patience. Quant à l’importun qui la dérangerait dans cet état second, elle le renverrait avec l’indifférence et le calme olympien dont elle sait faire preuve; il serait en effet trop fatigant de s’énerver après ce pauvre hère !

[Paresse] 09

Lawton SParker, Paresse (1916)

Ainsi la noble Paresse vogue sans cesse entre inquiétude et quiétude ; agitation fébrile à la recherche de l’objet de son désir mais qui ne se donne pas les moyens de l’atteindre, et calme à toute épreuve de celle qui n’a ni le courage, ni l’énergie de s’inquiéter et donc abandonne tout en s’abandonnant elle-même.



[1] Jules Renard
[2] Giogio Agamben
[3] Gustave Flaubert

Ecrit en juin 2006, posté par Melendili sur son blog (à l'époque, je n'en avais pas encore), reposté le 30 mars 2008 sur mon blog Wordpress.

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07 août 2013

Procrastination

Elle n’a pas l’air comme ça, elle n’est pas grande, elle se glisse partout. Et pourtant. Pourtant, elle est terrible, elle fait souffrir, elle ronge, elle s’immisce dans les esprits les plus retors. On ne la voit pas venir. Et la voilà, qui vous souffle à l’oreille sa malédiction, un seul mot. Deux syllabes qui font miroiter devant votre regard las des perspectives infinies. « Demain… »

On ne se méfie pas, on la regarde approcher. Ses petits pieds nus qui parcourent terres et mers, de jour comme de nuit, qu’il pleuve ou qu’il vente, ont l’air bien fragile. Son doux sourire vous fait fondre, et elle ouvre sa bouche. Un poison lent s’exhale de ses lèvres fraîches, un suc qui enivre et fait oublier toute raison. « Demain… »

INGRES Jean-Auguste-Dominique - La grande baigneuse

Déesse toute puissante, elle règne sur les hommes et les dieux. Hommes et femmes, jeunes et vieux subissent sa tyrannie, sans mot dire. Ils ne voient même pas qu’ils lui sont soumis! Les six lettres scintillent dans le soleil couchant, puis illuminent le ciel nocturne. « Demain… »

Grande dame, elle nous fait courber l’échine, les uns après les autres. Nous ployons devant sa toute puissance. Contrairement à Paresse, sa sœur, elle aveugle ses victimes: non seulement ils agiront demain, mais ils s’occupent entre temps. Leurs mains s’agitent, leur cerveau cogite. Saine occupation que celle qui dissimule le retard qui s’accumule. Chaste voile que celui de cette Reine! Nos yeux éblouis s’abaissent alors qu’elle susurre « Demain… »

Ce n’est que lorsque Conscience pointe son nez crochu que nous comprenons l’illusion. Le mirage. La séduisante femme, cette fée agile, nous apparaît dans toute sa noirceur. Son sourire se fait carnassier, un éclat malfaisant brille dans ses pupilles dilatées. Conscience ouvre nos esprits et nous glissons dans le gouffre. Les abîmes de notre retard nous avalent. Mais nous n’avons plus qu’un mot à la bouche, que nous hurlons du fond de notre âme: « Demain… »

Posté le 23 novembre 2008 sur mon blog Wordpress.

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06 août 2013

Elagage

Sans doute ai-je passé trop de temps dans le jardin, à tailler les rosiers. Ou peut-être en ai-je assez de tous ces projets, jamais finis, me rappelant sans cesse ce manque de volonté que j’aime si peu.

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Quoiqu’il en soit, je vais poster ici de vieux articles que j’avais écrits pour d’autres blogs, d’autres pages web, d’autres refuges virtuels. Je vais fermer ces autres endroits que j’avais oubliés, que personne ne visite et que j’ai négligés depuis leur création ou presque. Il est déjà difficile de s’occuper correctement de ce seul blog, alors les autres, pensez-vous !

Si ces prochains articles vous semblent différents, hors contexte, familiers parce que par miracle vous les auriez lus ailleurs, c’est qu’ils sont tout simplement réchauffés. Ou non, pas réchauffés, replantés, rempotés. Pas tout-à-fait bouturés, mais presque.

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02 août 2013

Lectures d'été - 9. Le Meilleur des monde possibles

Titre: Le Meilleur des mondes possibles et autres nouvelles
Auteur: Ray Bradbury
Editeur: Gallimard, collection Folio 2€

Le Meilleur des mondes possibles

Suite à mon émerveillement et au plaisir éprouvé lors de la lecture de Celui qui attend, j'ai continué mon exploration des nouvelles de Ray Bradbury.

Toujours aussi belle, sa prose se fait envoûtante pour raconter les histoires d'amour. Dans ce recueil, cinq histoires, dont une seule ne m'a pas vraiment marquée, celle du Petit Tambour de Shiloh. Les autres sont superbes et surprenantes.

La plus "hors normes" est, selon moi, celle de La Femme illustrée. Il me semble qu'un des recueils de nouvelles de Bradbury a pour titre L'Homme illustré : cela a-t-il un rapport? Je ne sais, et peu importe. Cette histoire n'a pas été sans me rappeler certains cours de philosophie, tout comme la dernière nouvelle qui a donné son titre au recueil. Perception, sujet, désir, bonheur, morale, nombreux sont les thèmes mis en question dans ces nouvelles, qui ne sont pas seulement belles mais poussent aussi à réfléchir.

Je crois en fin de compte que l'histoire que j'ai préférée est celle de ces deux hommes, explorateurs, qui découvrent un mirage dans un désert et décident d'en faire leur gagne-pain. Les gens, émerveillés, y voient tous une ville différente: Paris, Rome, New York, Londres, et même Xanadu, sortie des vers de Coleridge. Lorsque l'homme qui leur a toujours coupé l'herbe sous le pied arrive avec l'acte de propriété du terrain d'où l'on peut admirer ce Rare miracle d'ingéniosité (titre de la nouvelle), il ne voit rien. Ce n'est pas un "pur" comme le disent les deux comparses. Foi, imagination, poésie. On ne sait pas vraiment à quoi est lié ce mirage miraculeux, mais ce sont des yeux d'enfants qui font revenir la cité effacée par les incrédules.

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