samedi 26 décembre 2009
Sortie familiale
Je savais où l'on allait, mais frère et sœur l'ignoraient encore. Nous avancions au milieu de la foule, place de la Concorde, en direction d'un modeste théâtre. Arrivés devant les portes vitrées, le secret n'en était plus un: les affiches avaient trahi la surprise.
Quatrième rang, à la corbeille. Nous restons sur le bord du siège, pour tâcher de voir par-dessus la tête des spectateurs assis devant nous. Mais au fait, qu'allons-nous voir déjà? Nous allons écouter du Paul Valéry, du Roland Barthes, du Chrétien de Troyes, du Rimbaud et du La Fontaine. Nous allons voir Fabrice Luccini.
Ce type est un fou. Un fou dans le bon sens du terme, évidemment.
Pendant plus d'une heure et demie, il nous a lu et joué des textes
que jamais je n'aurais été lire de moi-même, surtout pas les
théories de Paul Valéry sur la poésie. Mais étrangement, par je
ne sais quelle alchimie, lorsque cet homme lit du Valéry, tout se
fait clair dans notre cerveau. Il a l'art de mettre en lumière
l'essentiel, de répéter la
phrase, d'articuler les idées de telle sorte que tout devient
limpide.
D'ailleurs, ce texte – ou devrais-je dire ces textes – de Valéry m'a fait revenir en mémoire le cours d'hypokhâgne, le seul qui m'ait marquée suffisamment pour que je le retienne, sur la poésie. Les explications de texte sur Mallarmé, et cette idée que la sonorité des mots en dit bien plus que le mot lui-même, que la langue est mal fichue puisque le signe est arbitraire, et ce genre de choses. Bref, je puis désormais dire que, lu par Fabrice Luccini,j'aime bien Paul Valéry.
« Les mots sont des planches jetées sur un abîme, avec lesquels on traverse l'espace d'une pensée, et qui souffrent le passage et non point la station. »
De lectures inspirées en délires hallucinants, nous avons vogué toute la soirée au rythme de fous-rires et de citations. Imitations hilarantes, piques assassines contre politiques de tous bords alternant joyeusement avec des extraits d'une poésie à couper le souffle. Tout dans son enthousiasme montre son amour pour la langue et la littérature. Passer un quart d'heure sur une seule phrase ne le dérange pas, la répéter en une litanie interminable, jusqu'à être certain d'en avoir transmis la beauté et l'unicité.
Et puis, pouvoir dire « j'ai vu Fabrice Luccini sur scène », ça a un peu la classe quand même.
dimanche 4 octobre 2009
Istanbul online
Après deux semaines d'attente, vous allez enfin pouvoir profiter de mon voyage à Istanbul. Compte-rendu léger - peut-être un peu grandiloquent, mais il n'en fallait pas moins pour une telle ville - et photos. Pour profiter de celle-ci, il va falloir partir à la chasse aux liens! En attendant que je m'occupe de mes albums photos...
Cliquez sur l'image pour accéder au compte-rendu.
dimanche 20 septembre 2009
Back from Istanbul
- Les senteurs fortes et subtiles du bazar égyptien.
- Les couleurs éclatantes et agressives du grand bazar.
- Le goût amer, juste ce qu'il faut, du thé brûlant.
- Le silence recueilli, mystique, des mosquées aux fresques apaisantes.
- Le chant frénétique, envoûtant, du muezzin dans le silence du petit matin.
- Les couleurs estompées du lever du soleil sur le Bosphore nuageux.
- Cette odeur de bois chauffé par le soleil, qui me rappelle un peu celle du chalet à Saint Gervais.
- Les pieds nus qui s'enfoncent dans l'épais tapis de la mosquée.
- Le goût liquoreux, très sucré, de ces petits beignets ronds vendus sur la place, dès le coucher du soleil.
- La douceur chaude et confortable de mon écharpe, dans le vent frais du soir.
De retour d'Istanbul. Demain, je travaille à la fac. Les photos arriveront sous peu: ce soir je ne suis pas chez moi.
lundi 24 août 2009
Entracte
Le week-end dernier, grâce au 15 août, j'ai eu trois jours de ''vacances''. Comme je vous l'ai déjà dit, je suis alors parie dans le sud, chez ma grand-mère. Trois jours de vraies vacances, avec soleil, ciel limpide, et même un petit bout de mer Méditerranée.
Dès la sortie du train de nuit, il est sept et demi du matin, gare des Arcs, l'odeur méridionale m'assaille. Cette odeur de vacances chaude et épicée. Un savant mélange de résine de pin, de romarin et de terre rouge.
Nous arrivons à la maison pour le petit déjeuner. Puis sieste au soleil matinal et baignade avant de partir jouer des coudes dans la foule du marché. L'après-midi, sieste réparatrice, après cette mauvaise nuit dans les « sièges allongés » du Lunéa.
Le lendemain, promenade sur la côte d'Azur en voiture, déjeuner en bord de mer, tremper les orteils dans la mer – non sans s'être brûlé la plante des pieds sur le sable – et visite à mon grand-oncle où je retrouve avec joie mon parrain. Baignade et glandouille au programme.
Le lundi matin, il faut déjà repartir. Ces deux jours et demi ont été courts, mais ma foi, je ne les regrette pas. Quelques jours de vacances au milieu de mon mois à la banque: rien de tel pour remonter le moral. Je n'avais pas envie de rentrer.
samedi 11 juillet 2009
Vacances tourangelles (plus joli que « Séjour tourangeau »)
Six jours de vraies vacances, comme j'en attendais depuis longtemps. Manger ce qui nous fait envie, se coucher quand on le souhaite. Ne rien faire, ou partir en excursion, c'est au choix, c'est selon les désirs. Il en a résulté beaucoup d'âneries débitées à la minute, des heures de sommeil rattrapées et des dizaines de kilomètres parcourus.
Futuroscope.
J'avais envie d'y retourner depuis quelque temps déjà. Et le temps
changeant nous a permis une promenade dans un parc plus calme que
jamais en fin d'après-midi. Nous avons vu des dinosaures, puis
effectuant un monstrueux bond chronologique, les animaux du futur
(dans quelques centaines de millions d'années). Un voyage sous les
mers, et un autre avec les débuts de l'aéropostale. Ainsi qu'une
croisière sur le Nil bleu, en compagnie d'un géologue moustachu
(« Gordon est un vrai cow boy! »).
Langeais<.
Je le connais par cœur, mais je l'aime toujours autant. La
spécialiste qu'est Typhlée* n'a que moyennement apprécié les
« fresques XIXe », mais les tapisseries aux mille fleurs
compensent largement. Ainsi que les coffres ornés de plis de
serviettes et les crédences finement sculptées.
Angers.
Admiration muette devant les tapisseries de l'Apocalypse. Les revoir
après plusieurs années et un travail effectué sur le texte de
Saint Jean m'a permis d'apprécier ce chef d'œuvre à sa juste
valeur. Un moment exquis qui s'est poursuivi par une promenade dans
les jardins des remparts. Simplement superbe.
Chinon.
Déjà visité il y a cinq ans, je n'y allais que pour partager cette
connaissance avec Typhlée*. Alors que nous prenons nos billets, on
nous suggère de nous dépêcher pour rattraper la visite guidée.
Sur la terrasse, le guide attendait avec quelques autres touristes.
La visite commence et c'est l'histoire du chantier qu'on nous
raconte. Depuis les premiers projets de restauration jusqu'aux
travaux actuels. Je me souviens, il y a cinq ans, nous avions visité
le logis à ciel ouvert. Aujourd'hui, on nous a montré les
charpentes. Histoire d'un chantier et de ses techniques, explications
claires et précises, techniques même, sur le choix des matériaux,
des travaux à effectuer. Et discussion sur le projet culturel à
venir, les techniques économiques et tout ce qui a trait au
tourisme. Absolument passionnant.
Amboise.
Sur la Loire. Bâtiment noble, distingué, avec une vue imprenable.
Des jardins ensoleillés et presque déserts à l'heure du déjeuner.
Une visite des plus agréables qui m'a donné envie de poursuivre ces
visites. J'ai déjà vu la plupart des châteaux du val de Loire,
mais j'ai l'impression de ne les avoir jamais assez
vus. Éternel recommencement. Plaisir renouvelé.
* Le prénom a été modifié, selon un code identifiable par les seuls hellénistes et latinistes.
Note: Clique sur les images pour les agrandir!
samedi 23 mai 2009
Sortie néo-hellénique
Il faisait très beau et très chaud. Je sortais de deux heures et demi de cours à dormir debout, et j'étais ravie de retrouver Cécile pour le déjeuner. Après ça, nous avions rendez-vous au Petit Palais avec la prof de grec moderne, pour aller voir l'exposition sur le Mont Athos.
Quand nous sommes arrivées, en retard d'à peine quelques minutes, Eirênê nous attendait déjà sur les escaliers. La prof a profité de mon retour parmi eux pour me remonter les bretelles: elle ne voulait pas que je passe en septembre tout ça parce que je n'étais pas assez assidue en cours!
Nous avons parcouru l'exposition, tâchant d'écouter les explications professorales sur les "askètes" et les "archianges". Sa petite voix aiguë n'était pas facile à entendre, mais nous avons appris quelques choses intéressantes, notamment sur le "saint vendredi" et le "saint samedi". Je n'ai malheureusement pas entendu les informations sur les deux renaissances byzantines, et n'ayant jamais assisté aux cours de civilisation...
Une fois la visite terminée, nous nous sommes installés dans la cour/le jardin du Petit Palais, en plein soleil sur les marches. Nous avons discuté en profitant de ce beau temps et du calme de l'endroit: une fois isolé de la rue, on a presque l'impression de n'être plus à Paris.
jeudi 14 mai 2009
QCM
Trois trains, trois RER C différents. Deux stations, puis cinq, et enfin trois. Rungis-la-Fraternelle n'est pas si éloignée, mais le trajet est loin d'être direct. À destination, je vois un flots de jeunes filles gloussantes descendre de la rame: pas besoin de plan, il suffit de les suivre.
Et ça n'a pas raté: la foule est énorme et visible de loin. Plus de trois mille candidats attendent rue du Bélier, dont près de trois mille filles. Elles ricanent par grappes. Certaines disent du mal des autres, d'autres se plaignent d'être malades. Les unes sont tristes d'êtres séparées, les autres parlent du concours d'orthophonie de Lille ou de Nice. Dans cette espèce de gymnase-hangar, huit cents tables. Je m'installe, complètement groggy, assommée par la chaleur et le manque de sommeil.
QCM, part one: déduction. De loin la partie la plus facile et la plus amusante. Exemple: vous vous rendez à la bibliothèque. En chemin, vous croisez six hommes accompagnés de leur femme. Chaque femme a à ses côtés deux enfants et porte trois chatons dans un panier. Combien de personnes et d'animaux se rendent à la bibliothèque? A.42; B.24; C.30; D.54; E.ARNC (aucune réponse ne correspond). Alors, d'après vous?
QCM, part two: vocabulaire. Trouver les mots les plus proches de celui qu'on nous propose, d'accord. Mais quand les mots à définir sont « sabir » ou « labile », vous rigolez tout de suite beaucoup moins. « Labile » me revient en mémoire: je l'ai déjà entendu. Dans une chanson de Juliette, Un ragga obsolète. « ... mon verbiage labile... » Autant dire tout de suite que ça ne m'est d'aucun secours.
QCM, part three: compréhension de texte. Le texte en question est une introduction à une édition des contes de Grimm. Le sujet en est extrêmement intéressant, mais les questions ne m'ont laissé aucun souvenir. La chaleur commençait à avoir raison de moi et mes yeux papillonnaient.
QCM, last part: grammaire. Enfin je suis en terrain connu. Seul problème: quand il s'agit d'identifier des formes mal orthographiées dans une liste, le doute s'empare de vous, et vous ne savez plus si c'est en ou an, si c'est un ou deux l. De même, les accords des verbes pronominaux m'ont laissée hésitante.
En fin de compte, je suis ressortie de là blasée, ne songeant qu'à mon sac qui m'attendait à Caen. J'ai quand même esquissé un sourire quand j'ai vu la foule qui attendait sur le quai en direction de Paris, tandis que nous étions trois malheureux pelés à partir vers Massy-Palaiseau.
mardi 12 mai 2009
Échappée
Glandouiller et manger furent les
maîtres-mots de ce week-end prolongé à Langrune-sur-Mer. Jouer un
peu, marcher sur la plage, se baigner – ou regarder se baigner en
ce qui me concerne – se marrer comme des bossus. Ecrire en grec dans le sable, et faire des fautes d'accent. Boire aussi –
c'est bon le rosé – et mâchouiller qui un Carambar, qui un
Malabar. Errer dans la foule sur la « grande avenue » de
Cabourg, papoter sur une terrasse de café, penser au dîner tout en
restant vautré dans la pelouse du jardin. Ne pas se perdre dans Caen
et réussir des créneaux et autres manœuvres complexes. Chercher le
signal GPS (« Vous êtes arrivés. - Mais non banane! »)
et la serpillère. Larver sur le lit en chantant à tue-tête. Se
faire battre à plate couture au Trivial Poursuit – Passeport
pour le monde. Tester le pain
frit « à la Kramer ». En gros, passer un week-end de
rêve, à quatre sous le soleil normand.
Seul bémol peut-être: se rendre compte une fois de retour chez soi qu'on a oublié son sac à main dans la location... Portefeuille, papiers, clefs de maison et j'en passe, à plus de deux heures de route. Et j'avais un concours à passer le lendemain. La poisse.
jeudi 23 avril 2009
Paris, m'amie
Il est facile de critiquer les mauvaises habitudes des parisiens, quand on y a un appartement. Mais quand se rendre à la capitale relève de la grande sortie, où il faut prévoir horaires de trains et de bus, s'armer de son plan de métro et de son pass Navigo, on ne peut qu'apprécier la Seine, ses quais, les rues larges et grandioses, les monuments gigantesques.
Mercredi, en compagnie de Melendili, nous avons effectué une sorte de retour aux sources. Musée d'Orsay, les quai en passant par Invalides, Pont de l'Alma et retour dans les transports après avoir jeté un regard enfantin au sommet de la dame Eiffel. La longue pause au milieu de la passerelle qui relie Orsay et les Tuileries, au soleil, avec cette vue imprenable sur la verrière luisante du Grand Palais. Ces enfilades de ponts, vieux et moins vieux. Au loin, Notre-Dame, le Louvre. Et tous ces gens qui marchent, qui errent, et parfois se perdent.
Ce sentiment de paix qui nous étreint quand on peut regarder tout ça en se sentant presque chez soi. On discute, mais on ne cogite pas. Non, ça c'est pour plus tard. Ou avant. Quand on est là, on profite.
Un jour, je ne mettrai plus une heure et demi pour aller à Paris.
mercredi 15 avril 2009
Epopée
Je ne sens que trop mes pieds et le douleur qui remonte dans les
chevilles et jusque dans les hanches, le bas du dos. La migraine
pointe son nez. Je suis fatiguée.
Nous sommes arrivés à vingt heures précises, devant l'hôtel de ville. La Ronde des Obstinées était grande, large, elle s'étendait sur le parvis. Lorsque l'horloge de la mairie a sonné, nous sommes entrés dans la Ronde. Pendant près de trois heures et demie, avec à peine une pause au bout de deux heures et demie, nous avons marché. Nous avons vu le jour baisser, la nuit couvrir les toits noirs de Paris, les lampadaires s'allumer. À 23h35, nous abandonnâmes nos comparses pour attraper le dernier train.
Malheureusement, un détour inattendu par les Halles nous fit rater notre train, et au lieu des vingt minutes de marche qui nous attendaient entre Fontenay et chez nous, nous nous sommes retrouvés, mon frère et moi, à Saint Quentin en Yvelines, à plus d'une heure du matin. Et nous avons marché.
Nuit noire, lumières blafardes, crachin et brume de plus en plus
dense. Il ne fait pas froid, mais lourd et moite. Nous avons déjà
les pieds en triste état. Nous longeons la grande route qui relie
les deux villes. Il n'y a personne, nous n'entendons que nos pas.
La pluie a éveillé les senteurs par dizaines. Lorsque nous passons au-dessus de l'autoroute, les acacias se révèlent à nous dans tout leur arôme. L'herbe, la terre des travaux, le bitume, les arbres. Tout vit et bruisse dans la nuit noire.
Nous arrivons enfin, il est presque deux heures, et nous tenons à peine debout. Mais nous n'avons plus envie de dormir.






