samedi 21 novembre 2009
Si j'étais... une saison
L'été, de Vivaldi. Calme et indolent au premier abord, presque apathique; rendu apathique par un soleil de plomb, par une chaleur lourde et étouffante. Puis brusquement, comme agressé par quelque moquerie, violent et emporté dans son orage. Saison soupe-au-lait et susceptible. Hurlant sa colère, criant à l'injustice. Enfin, après ce sursaut d'énergie, abandonné à lui-même, épuisé et sanglotant dans l'attente de l'automne.
(Une chose est sûre, il faut que j'arrête d'écouter Vivaldi en boucle.)
PS: Cette vidéo n'a aucun intérêt visuel, mais comme je n'ai pas trouvé sur deezer d'enregistrement présentant les trois mouvements de l'été consécutifs, j'ai du me rabattre sur cette encombrante solution.
jeudi 19 novembre 2009
Angustiae
Demain, c'est le saut dans le vide. Demain, je me retrouverai, deux fois de suite, face à une classe de trente collégiens, pour un cours de latin. Cela va faire une semaine que je dors en moyenne quatre heures par nuit, une semaine que je remanie sans cesse les cours que j'ai préparés. Demain, je vais donner un cours, non, deux cours de latin. J'ai tout misé sur Lucrèce et Tarquin pour les quatrième, et sur l'âge d'or pour les troisième. Alea jacta est! Demain, je serai dans la gueule du loup, dans l'arène face aux fauves. J'ai peur.
(Vous savez maintenant pourquoi je n'ai rien posté depuis si longtemps: remise en route de mon site et boulot par-dessus la tête.)
Si je suis encore vivante demain soir, je tâcherai de vous raconter tout ça...
dimanche 1 novembre 2009
Back to La Bruyère
Haha! J'ai un contrôle de maths la semaine prochaine. Déjà, en soi, ça fait bizarre de dire "j'ai un contrôle de maths"...
Mais le problème c'est que je ne peux pas assister aux cours (pour cause de chevauchement). Et là, je révise sur le poly des histoires louches de factorielles, d'arrangements et de combinaisons, et je ne comprends rien! C'est mal barré les amis! J'ai six jours pour comprendre et intégrer la chose, sinon je n'aurai pas la moyenne... Humph.
samedi 24 octobre 2009
Misanthropie
Il y a des jours, je déteste le genre humain dans son ensemble.
Je crois même que je déteste encore plus le sous-ensemble d'humains, que l'on appellera [[sœur]] pour ne viser personne. Et l'individu désigné par la constante c appartenant au sous-ensemble [[sœur]] y est pour beaucoup.
Elle se plaint qu'un mois et demi loin de la maison, c'est long. Je réplique "ouais, bof, ça passe vite" d'un air peu convaincu. Et là, du tac-au-tac, l'individu du sous-ensemble [[sœur]] cité ci-dessus, argument du prédicat unaire G="est une garce", me répond: "Tu verras quand tu seras partie de la maison."
Je te l'aurais bien jetée dans la Seine, juste à côté! Mais le fleuve n'a rien fait pour mériter ça; au contraire, c'est bien souvent le seul élément de ma morne vie passée dans les transports en commun qui me fait encore sourire. C'est le seul élément qui m'apaise et calme l'aigreur qui me ronge les sangs depuis deux ans.
"Tu verras quand tu seras partie de la maison." Non mais je rêve...
jeudi 22 octobre 2009
Mélange des genres
En ce moment, constatation aberrante mais amusante, mon navigateur Firefox fait se côtoyer des onglets qui n'ont rien à voir... Youtube - Skins saison 3, mais je crois que je vais arrêter là le massacre, - Wat - One Piece épisode 380, - Wikipedia - articles "Graphe hamiltonien" et "Slash" (amusant de voir ce que raconte une encyclopédie sur la fanfiction), - mon blog et ffnet...
Voir cet article sur la théorie des graphes à côté de la page ffnet m'a fait doucement sourire, et je me suis rendu compte d'une chose: j'ai de la chance de faire des études que j'adore et qui me laissent du temps à côté pour vaquer à mes occupations de midinette...
mardi 13 octobre 2009
Paradoxes
Dans la maison, il commence à faire froid; il va bientôt falloir rallumer le feu dans la cheminée et les radiateurs dans les chambres. Dehors, les odeurs d'humus et de feu de bois se sont levées, annonçant l'hiver. Le matin, il fait nuit, même si dans les tripes de Paris, il n'a jamais fait jour. Je suis fatiguée, mais je déborde d'énergie: moi-même je ne comprends pas.
Dans ma chambre fraîchement rangée, je me sens chez moi plus que jamais. Coussins et plantes à foison. Livres partout, je ne sais plus où les ranger. Ici, une paire de boucles d'oreilles égarée, là un bout de cours de mathématiques. Les feuilles mortes et paires de chaussettes qui jonchaient le sol ont disparu. Et l'amandier turquoise de Van Gogh me séduit toujours autant. Pourtant, je regarde de plus en plus souvent les sites de petites annonces. J'attends toujours une réponse de la BPI. Je sais que les espoirs sont presque nuls. Mais qu'importe, le délai n'est pas passé.
Pour l'instant, la plupart de mes cours m'enthousiasme – théorie des graphes, logique des prédicats, programmation fonctionnelle – même si je suis quelquefois complètement larguée (mais qu'est-ce que peut bien signifier 20! ? Qu'est-ce que peut bien être cette histoire de combinatoire?). Alors je m'accroche. Et pour la première fois depuis cinq ou six ans, j'ai l'impression que mes neurones sont connectés. Je sors d'un cours où l'on a parlé de problèmes passionnants - si si, c'est vrai (« Un homme devait faire traverser un loup, une chèvre et un très gros chou dans un bateau. Le bateau était tellement petit, qu'il ne pouvait embarquer qu'un des trois et lui-même pour chaque traversée. Comment peut-il faire pour les faire traverser tous les trois sans laisser l'occasion au loup de manger la chèvre ou à la chèvre de manger le chou ? ») - et j'ai le cerveau fatigué. Mais je me sens bien, apaisée, comme si le fait d'avoir réfléchi à un problème qui a une seule et vraie solution avait réveillé des connexions neuronales que j'avais oubliées depuis longtemps.
De
plus, comme je n'ai plus de littérature du
tout,
je peux lire ce que bon me semble. Certes, la lecture assidue du
cours de linguistique de Saussure ou des problèmes de Benveniste me
serait plus salutaire. Mais pour l'instant, mes envies sont plus
directes, abruptes: je veux du suspens, de l'aventure, de l'action.
Si possible dans un contexte historique, avec des personnages
classes. Et je viens de finir, haletante, La
Marque de Windfield,
qualifié de « thriller victorien » par les critiques.
J'ai tout simplement adoré. Et si je n'ai pas pleuré, c'est parce que j'étais dans le train.
J'aimerais en dire plus, mais je n'ai pas vraiment le temps: j'ai encore un TP à préparer pour demain...
Il était une fois...
... les inscriptions pédagogiques vues de l'intérieur.
À peine avais-je rendu mon tablier à la banque que je repartais vaillamment sur le champ de bataille. Une amie m'avait aiguillée vers l'UFR de latin: ils recherchaient des vacataires pour les inscriptions en septembre. Absolument inconsciente, n'écoutant que mon courage (vous remarquerez que les deux vont souvent de paire), je leur offris mon curriculum sur un plateau d'argent, et ils s'empressèrent de l'accepter. Tout cela se passait juste avant mon départ pour Istanbul. Le jour de mon retour, il me fallait être à Malesherbes à onze heures.
Le jour J, j'étais là-bas en avance. Parfait, j'avais le temps de potasser la brochure et de manger avant l'entrée des fauves dans l'arène, les fauves étant interprétés par de frêles Classiqueux et quelques CAMC*, et la susdite arène n'étant autre que la fameuse salle 345. Naïve que j'étais alors! Il me fallut déjà un quart d'heure pour trouver mon employeur: il était dans le bureau des Lettres Modernes, à décider des horaires de littérature! Le matin des inscriptions! Bref, ce n'était là que la pointe du bout de la partie émergée de l'iceberg.
Déménagement des
tables, rédaction des panneaux d'affichage, redirection des brebis
galeuses perdues, dissertation et explications
détaillées sur « peut-on faire du grec moderne et de l'italien »
ou « pourquoi faire du latin confirmé est plus intelligent que
faire de la culture latine »... Il faut savoir qu'un vacataire
doit tout faire, tout savoir et être entreprenant, parce qu'au
secrétariat, ça ne suit pas. Quatre jeunes filles, anciennes
Classiqueuses ou CAMC, auxquelles on a confié l'avenir de ces
filières-dinosaures. Mais après tout, les petits L1 et L2 sont très
gentils. Et si le premier jour fut épuisant, le second fut vide.
Quelques âmes en peine venues se renseigner: on se les disputait
presque. Dire qu'on nous annonçait un raz-de-marée! Plutôt tranquille somme toute. C'est parce que j'ignorais
tout du sort qui m'attendait à la Sorbonne-mère.
Mercredi, un quart
d'heure en avance. Salle fermée, UFR fermé, des dizaines
d'étudiants massés en masse, si si, en masse, devant la salle. Je
la connais déjà cette salle, pour y avoir fait la queue trois
heures durant l'année précédente. Cette fois, j'ai la chance
d'être de l'autre côté du miroir bureau. Neuf
heures moins cinq, je commence à m'inquiéter. Enfin, une collègue,
l'appariteur. La porte s'ouvre. Pas la moindre trace des fiches pour
les inscriptions. Seules les fiches « CAPES - AGREG »
jonchent le bureau. Au secours! Je monte en catastrophe à l'UFR,
qui, entre temps, a ouvert ses portes. Branle-bas de combat, la
débâcle est proche, je demande les fiches. Panique à bord,
personne ne sait, non j'exagère, mais presque.
Munie de mes précieuses fiches – my preciousssss – et des horaires que nous fixons à même le mur – les Modernes se sont emparé de toute la place disponible sur les panneaux, j'entre d'un pas triomphant dans la F363. Ma collègue de latin est arrivée, ainsi que les grecs. Tout va pour le mieux: on s'installe. Commence alors un long défilé de LMA*, FLE*, LM*, bonjour, je n'ai pas les horaires, c'est affiché dans le couloir, je n'ai pas vu les horaires, c'est affiché dans le couloir, vous n'avez pas les hor... c'est affiché dans le couloir. Toute la journée. Nous nous disputons nos Lettres Classiques, nous crions de joie lorsque l'un d'eux demande le parcours Linguistique. Les CAMC sont venus en groupe: on n'en a pas revu après. Deux jours durant, les Modernes ont persisté à demander la culture latine, malgré nos tentatives de séduction – mais vous savez, ce n'est pas difficile le latin moyen, ça reste du latin pour Lettres Modernes, il faut pas vous effrayer – mépris et regard hautain des Classiques sur les Modernes. Plaisir partagé des quatre abandonnés.
Pendant deux jours, pas une seule fois nous n'avons eu la visite de l'UFR. Rien. Et si nous n'avions pas été au courant, personne n'aurait été là le vendredi pour seconder la littérature et la langue française. Les inscriptions continuaient, mais les UFR n'avaient pas prévenu l'UFR de latin. Les choses sont graves. Quand je pense que... non, je ne pense pas: trop risqué. Il n'empêche, le Latin, c'est le pire de tous les UFR. Il faut vraiment être désespéré pour se décider à aller leur demander une information. Mais je vois que je fais de la concurrence à Mimy, alors je m'arrête là. Récit de la suite au prochain épisode!
*Notes: CAMC (Culture antique et monde contemporain), LMA (Lettres modernes appliquées), FLE (Français langue étrangère), LM (Lettres modernes, tout simplement). UFR (Unité de formation et de recherche).
vendredi 11 septembre 2009
Ode to my family
Il y a pire que d'être seul: être entouré de gens murés dans leur silence, dans leurs habitudes, de gens qui ne regardent pas autour d'eux. Figures paternelle et maternelle, toujours là quand il s'agit de faire une remarque, une critique, de dire que ça ne va pas, qu'il faut faire plus. Jamais le reste du temps. Travailler de plus en plus, de moins en moins à la maison, là n'est pas le problème. Mais même présents, elles sont absentes. Lunettes sur le bout du nez, casque sur les oreilles, les yeux plongés dans l'écran de l'ordinateur, chacun le sien, pour plus d'incompréhension. Le jeu, le blog. Parler dans ces moments-là ne sert plus à rien.
À table, le géniteur arrive après la bataille, occupé qu'il était à perdre son tournoi. Le frère arrive en retard, occupé qu'il était à jouer en ligne; repart en quatrième vitesse, préoccupé qu'il est à l'idée d'être en retard pour son raid. Les rares moments où il est là, il monopolise la parole, de ses mots hachés, bousculés, trop enthousiastes; il obstrue les oreilles de ses formules, de ce qu'il a appris en cours. C'est bien, l'enthousiasme. Et quand je m'avise de glisser un mot, la génitrice ne l'entend même pas: elle parle de la cuisson du gâteau au fils, droit comme un i quand je suis avachie par la lassitude.
Quant à l'absente, la sœur, elle me rappelle une parabole que je n'ai jamais comprise au catéchisme. Celle du fils prodigue. J'ai toujours été de l'avis du frère, furieux parce qu'on fait la fête pour le fils qui était parti et qui avait dilapidé tout son argent. « Voilà tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres, [dit-il à son père]; et, à moi, tu n'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui! » Dans son école d'ingénieur, on lui paye appartement et vivres. Quand elle revient, c'est le branle-bas de combat, il n'y en a que pour la revenante. Et on prépare tout pour l'année à venir. Et on complète la vaisselle. On fait le plein de nourriture. On achète un pécé tout neuf pour celle qui a fait cramer le sien. Quand j'ai le malheur de dire que je veux partir, on m'annonce que le compte en banque est vide. Ah. Ah. Ah. Je n'ai pas « la chance » de travailler assez loin pour avoir droit à quoi que ce soit.
Si ce n'est ce silence. Ces murs. Ces dos voûtés et ces yeux hagards. Et je suis pareille. Envie et incompréhension. Il y a des fois où le mal être qui m'habitait en prépa resurgit violemment, douloureusement.
Volonté de partir.
vendredi 28 août 2009
Poison
Rongée par la jalousie, dévorée par l'envie.
Je ne connais rien de plus douloureux.
jeudi 13 août 2009
Note fiduciaire
Je viens de me rendre compte que je n'avais pas posté depuis plus d'une semaine: rien ne va plus! Cela dit, vous aurez remarqué les quelques articles publiés sur mon site...
Depuis presque deux semaines je découvre le monde de la banque. Les chèques au montant faramineux qui se perdent, les gens qui vous engueulent parce que vous leur demandez leur pièce d'identité, les dizaines de formulaires de remise de chèque à refaire parce que "le zéro n'est pas au bon endroit", les gens qui se pointent à l'accueil "Où est-ce que je peux changer mon billet de 500?"* etc. Ce n'est pas de tout repos, et pas toujours très gratifiant. Heureusement, un mois d'août à Versailles, c'est calme. Très calme.
Et le côté positif de ce boulot, c'est la destruction des chéquiers: mettre toute sa mauvaise humeur dans la mise en pièces des chéquiers, tout déchirer et arracher avec hargne. Et couper les cartes bleues en petits morceaux, faire sauter les miettes un peu partout. Rayer d'un geste rageur, une moue vengeresse sur le visage, la pièce annihilée dans le registre.
Et maintenant, je saurai que les élèves de HEC sont de vils profiteurs. Les comptes que leur offre la banque (on se farcit quand même cinq cents dossiers à remplir à la main!), il les abandonnent à la fin de leurs études, avec un découvert de 300 euros... Vive la gratitude! Je me doutais bien que les gens de ces milieux-là étaient des requins, mais à ce point-là!
Tout ça pour dire que je n'ai pas vraiment le coeur à l'ouvrage en ce moment. Je rentre le soir lessivée, ayant à peine le courage de me faire à manger (je me nourris essentiellement de tomates et de mozzarelle ces derniers temps...).
Demain soir, je pars pour le week-end, dans le sud chez ma grand-mère. De retour lundi après-midi.
Bon week-end!
* Oui oui, pour la première fois de ma vie, j'ai vu de mes yeux vu, un billet de 500 euros! Même qu'ils sont roses...



