mercredi 6 mai 2009
Prophétie
« Dis Mamie, c'était quoi la fac?
- Oh, ça ma petite-fille, c'était une grande institution, avec de belles idées. On y apprenait des choses anciennes, qui n'existent plus. On y faisait des recherches, par plaisir, mais aussi parce que l'homme a ça de beau qu'il se souvient. Il protégeait sa culture et son patrimoine. Il évoluait dessus, et ça le grandissait.
- Et pourquoi ça existe plus si c'était bien?
- Parce qu'on a oublié de se souvenir et de protéger ce passé.
- Mais pourtant, on a plein de musées!
- C'est de la culture morte et marchande. On paye cher pour voir un tableau ou un os. À l'université, on vivait ce passé, on le faisait revivre.
- Et toi, tu y étais?
- Oui ma chérie.
- Tu faisais quoi?
- Des Lettres Classiques.
- C'est quoi?
- On lisait les vieux, vieux auteurs. Et on essayait d'apprendre ce qu'ils avaient fait, pourquoi, comment. On en tirait des leçon parfois.
- Des auteurs... plus vieux que toi?
- Oh oui! Bien plus vieux! Des auteurs qui écrivaient avant Jésus, dans une langue qu'on appelait le latin, ou le grec. Ça dépendait d'où ils étaient nés.
- Et c'était bien?
- Oui. On apprenait plein de secrets sur les mots que l'on utilise aujourd'hui, d'où ils venaient et ce qu'on en avait fait. Depuis, on a oublié. On lisait les textes originaux, dans leur langue. Depuis, on a oublié. On ne sait plus. On apprend tous la même chose.
- Et elle a disparu la fac?
- Oui. Pourtant, on s'est battu.
- Toi aussi Mamie?
- Un peu, oui. J'ai aidé. Mais tu sais, ça a duré deux ans. Deux ans de grève, de manifestations. C'était une sorte de guerre. Mais nous n'avons rien pu faire. L'Université a disparu.
- Oh. »
Une bûche craquera dans la cheminée. Ma petite-fille perdra son regard dans les flammes, pensive, pendant que je regarderai dans le passé, nostalgique, mélancolique, avec des regrets et des remords plein le cœur, plein la bouche.
dimanche 15 juin 2008
« Cum tamen inter se prostrati in gramine molli » (Lucrèce)

C'est
le matin, j'ouvre ma fenêtre, il pleut. Une odeur diffuse d'eau
de pluie dans l'herbe, dans les feuilles, dans les arbres. L'odeur de
la rosée matinale y ressemble étrangement; ce parfum
mouillé et frais, qui fait frémir les narines et
réveille les sens encore engourdis par une courte nuit de
sommeil. C'est le matin à Robinson, avec les coucous dans les
acacias et les tourterelles dans le pommier du Japon.
Le temps est à l'orage, il fait lourd. Avez-vous déjà remarqué que l'herbe, la terre et le bitume dégagent une fragrance entêtante à l'approche de la pluie? L'eau n'a pas commencé à tomber que déjà, l'odeur chaude de la terre gorgé de soleil, de l'herbe sombre vous monte à la tête. C'est l'après-midi à Fayence, avec la sauge et le thym sauvage, les criquets qui font silence et cède la place à l'orage.
L'air est étouffant, le soleil est haut dans le ciel, il fait beau et chaud. En bordure du chemin forestier, les graminées sont hautes et les herbes folles s'en donnent à cœur joie. Au travers des arbres, le soleil pleut tout-à-coup et frappe ce carré de verdure. Un parfum fort et lourd, dont on verrait presque s'élever les effluves, vous surprend au détour du chemin. Je suis à la montagne, je suis petite, je suis avec mes grands-parents. Je pars à la conquête de quelque glacier. Le sentier alpin, rude, raide, chauffe sous les rayons et l'herbe alentours laisse s'échapper ce même parfum lourd, qui se mêle à celui de toutes ces fleurs que l'on n'a pas le droit de cueillir.
Le seul végétal que l'on foule sans y penser – pieds nus en été, pour le plaisir – fait revenir à ma mémoire nombre de souvenirs endormis.
vendredi 4 avril 2008
Topographie de l'irréel
Avez-vous déjà imaginé un endroit dont vous ignoriez absolument tout?
Il y a fort longtemps, j'entendis parler pour la première fois de la Suisse. Le Suisse, quand vous n'êtes pas plus haut que trois pommes à genoux, ça ne ressemble pas à un pays montagneux.
À mes yeux, c'était un grand royaume, plat comme la paume de ma main quand j'étirais mes doigts. C'était aussi un désert de sable, sans fin. Des touristes en bermuda, appareil photo autour du cou, allaient et venaient suivant une ligne droite. En face, deux dunes. Sur chacune des dunes, je vous le donne en mille, un petit suisse à la framboise! Ainsi, le roi de Suisse trônait sur un couple de petits suisses roses gigantesques, seuls bâtiments du pays. Les habitants? Il n'y en avait pas. Que ces touristes. Et le ciel bleu, infiniment grand, sans un nuage. Et le désert à perte de vue, de sable ocre jaune.
C'était la Suisse.
dimanche 27 janvier 2008
Promenades à vélo
Depuis le parvis de
l'église, derrière quelques champs, après la
nationale, au fond des jardins potagers, on voit Robinson dans les
arbres. La maison semble n'avoir pas changé. À sa droite, le
camping, ouvert, comme si d'un instant à l'autre j'allais me
voir y entrer en compagnie de mon père et de ma sœur, avec
dix ans de moins, pour aller faire de la balançoire sur le terrain
désert.
Je revois la petite route
sur laquelle, petite, j'ai appris à faire du vélo sans
les petites roues. Mon père nous lançait, puis nous suivait en
courant, avant de nous laisser partir à l'aventure, seules. Sur
la droite, la route ne mène nulle part. Il y a le tunnel, en
tôle ondulée. Quand le matin nous allions chercher le
pain et les croissants en ville, tous les trois sur notre vélo,
nous hurlions dans ce tunnel qui passe sous la nationale. Nos cris
résonnaient, pour conjurer la peur et pour le plaisir de se
sentir exister. Juste après le tunnel, le chemin de terre avec
les cailloux qui font tomber. Et le Pont aux Sœurs, qui pour moi
était le pont « hausseur », peut-être
à cause de ces gros pavés irréguliers qui en
formaient le sol et nous obligeaient, ma sœur et moi, à
descendre de vélo: nous avions bien trop peur de tomber. Après
cette épreuve arrivait la côte: en ville la rue montait
raide, et pour nos petites jambes, c'était bien difficile.
Mais quelle récompense nous attendait à la boulangerie!
Les ficelles toutes chaudes et les croissants dorés. C'était
mon père qui se chargeait du trésor et nous rentrions
sagement à la maison, pour déguster notre butin.
Mouillettes géantes, chocolat chaud, le bout du croissant
trempé dans le lait, de la chicorée parfois. Les petits
déjeuners en famille, dans la grande salle.
L'après-midi, les
promenades poussaient plus loin. Le long de la Loire, sur la route,
nous allions aux Loups, et à Housson. Nous faisions la course.
Mon frère devait être derrière mon père ou
ma mère, je ne sais plus. Je me souviens de cette lumière
dans les arbres, de notre cœur qui accélérait à
la vue d'une voiture, de l'eau qui scintillait, de ces bancs de sable
qui m'angoissaient, le courant fort de la rivière, les canoës
qu'il nous arrivait de voir. Et puis cette côte, pas très
longue, mais ardue. Avec admiration je voyais mes parents qui la
montaient sur leur vélo, mais moi, je descendais et préférais
monter à pied. Par contre, la descente, quel plaisir. Quand il
n'y avait pas de voiture, avec ma sœur, c'était à celle qui irait le
plus loin sans pédaler!
Et nous rêvions de
faire des pic-niques le long de la Loire, dans l'herbe. Peut-être
l'avons-nous fait, je ne sais plus. L'herbe haute, les saules le long
de la route, les chemins sablonneux sur la rive.
C'est amusant de se dire que tous ces souvenirs restent encore bien vivants dans ma mémoire, alors que je ne retourne à Bonny que pour les enterrements et aller sur la tombe de mon grand-père...
lundi 17 décembre 2007
Ubi-quo-unde-qua.
Mes yeux sont lourds de sommeil; la fatigue sourd dans mes membres languissants. Derrière mes paupières closes, des morceaux de tous les jours, des éclats de passé, des brisures de souhaits.
Place Hoche. Des guirlandes dans les arbres. Ma grand-mère, ma mère qui me racontent mes premiers pas. Le vent froid souffle: assise sur un banc, je discute avec la marmotte en attendant de partir prendre mon train. Un rayon de soleil. Combien de fois suis-je venue ici, souriant aux éclats, avec ma cousine? Il y a du monde: il faut trouver une place pour se garer, nous allons déjeuner chez mes grands-parents.
Rue
du Faubourg-Saint-Honoré. Dans le mauvais sens, par le mauvais
bout. Les gens pleins aux as déambulant du haut de leurs
chaussures de marque, sortant des boutiques Prada, L'Oréal etc
les bras chargés d'achats. Une carte jaune au Monopoly. Des
parties interminables, dans le salon du Faré, sur la grande
table, pendant que la neige tombe sur le Mont-Blanc. À chaque
fois, je me fais battre à plate couture par mon père et
ma sœur.
Truffaut. Caverne d'Ali Baba. Coffre aux trésors. Avant, nous allions à la Ferme de Gally, et nous nous émerveillions, enfants, la fontaine, le bassin, la cascade avec toutes ses plantes et ses poissons rouges. Après, ce fut Truffaut. Observer d'un œil brillant les chiots, les lapins; un regard craintif sur les hamster et cochons d'Inde; une admiration non feinte pour les couleurs chatoyantes des poissons exotiques. Un jour, on y acheta un faux sapin. Cet arbre factice trône en ce moment dans notre salon. Pour me consoler, on me proposa de le choisir.
La Bruyère. J'y entrais la peur au ventre, en seconde. Je ne connaissais personne. J'en sortais la rage au ventre, l'an dernier. J'y connaissais des gens bien. Depuis, ma rage s'est calmée. Je découvre la fac. J'y suis bien. Et c'est avec un autre regard que je lis les chroniques de mes amis khâgneux. Je ne vois plus le château du quatrième étage, je ne traverse plus l'avenue de Paris. Je passe devant la banque de France, et je cours toujours pour avoir mon RER de 40 le matin. Beaucoup de choses ont changé, mais d'autres sont restées, et ça me rassure en quelque sorte.
mercredi 30 mai 2007
J'en ai rêvé: souvenirs
Longtemps j'ai été
très peureuse. Et s'il y avait une chose qui m'effrayait par
dessus tout, c'était le cinéma. Je n'allais au cinéma
qu'une fois par an environ, pour voir le dessin animé de Walt
Disney qui sortait. Les ''vrais'' films semblaient trop réels.
Il y avait des morts, de la violence, l'expression de peurs
viscérales... Pour ceux qui connaissent Rock o Rico,
si mes souvenirs sont bons, le dessin animé a un début
filmé qui met un scène un orage énorme. Et bien,
j'en avais peur (je ne l'ai pas revu depuis...). Même dans les
dessins animés les ''méchants'' m'effrayaient: je me
vois encore partir en courant me cacher dans la chambre de mes
parents lorsqu'apparaisait l'horrible Lucifer dans Cendrillon.
Au cinéma, je me souviens m'être bouché les
oreilles lors de l'apparition du dragon dans La Belle au
bois dormant ou à la fin
de Pocahontas.
Puis un jour de janvier, en l'an 2002, ma mère décida
d'aller voir Le Seigneur des anneaux (je sais qu'il est sorti
en 2001, mais le temps qu'il passe au théâtre Fontenay,
il fallait bien qu'un mois s'écoulât). Ma petite soeur
voulut l'accompagner. Quelle honte pour moi si je n'avais pas le
courage d'affronter un petit film de fantasy! Prenant mon courage à
deux mains j'y suis allée. Certes, j'ai passé les
trois-quarts du film à me boucher les deux oreilles et à
fermer un oeil et demi: autant dire que je n'ai pas vu grand chose!
Mais j'avais été attirée par quelque chose de
particulier: les deux yeux bleus et les cheveux blonds d'un elfe!
Alors j'y suis retournée... deux fois. J'étais guérie
et aguerrie.
Maintenant, c'est sans crainte que je découvre de nouveaux
films tous les ans. Et avec plaisir que je redécouvre les
classiques de Disney. Cependant, j'ai toujours, avant de regarder un
film que je n'ai pas revu depuis ma période lâche et
peureuse, un zeste d'appréhension. Ce qui me faisait peur dix
ans auparavant est resté dans mon esprit avec la même
dimension effrayante. L'an dernier, j'ai regardé de nouveau
Pinocchio pour la première fois depuis une éternité,
et c'était le souvenir de la baleine noire qui m'avait
empêché de le regarder avant.
..
scène surréaliste et extrêment angoissante: la parade des éléphants roses, Dumbo
à suivre...
vendredi 6 avril 2007
De utilitate studiendarum latinae graecaeque
(admirez le faux adjectif verbal!)
Un trio qui gagne: une prof d'histoire normande, une prof de lettres ''suave'' et une prof de latin-grec très versaillaise. Tous les ans, le trio organise un voyage pour les 2ndes et 1ères, alternant Sicile et Grèce. Priorité aux latinistes et hellénistes pour les inscriptions!
2nde: Sicile. La Sicile c'est les mosaïques romaines, les
églises orthodoxes. C'est faire connaissance avec my dear
Cécile. C'est faire un exposé avec un chien qui nous
tourne autour. C'est se poser au soleil, non loin de la fontaine de
Jouvence, dans le silence du cloître de Monreale, et ne plus
vouloir bouger. La Sicile c'est un carnet de voyage. La Sicile, c'est
faire l'ascension d'un volcan en plein soleil, à midi, alors
que l'on nous avait dit qu'il ferait froid: c'est grimper dans le
sable noir vers les vapeurs de souffre avec manteau, pull, écharpe
sous le bras. C'est aussi la neige de l'Etna.
1ère: Grèce. La Grèce, c'est Athènes. Les
ruines. Les pierres, la caillasse. C'est la colline des Muses. C'est
I. qui n'arrive pas à dormir à cause des camions dans
les rues de la capitale. C'est Delphes sous l'orage, la mer des
oliviers sous la pluie. Ce sont les sites qui ferment tôt avec
les gardiens et leur sifflet. C'est un exposé dans les
latomies. C'est un jeu de cartes sur une table poisseuse, une Belette
qui fait la tête. Ce sont des chiens qui nous suivent dans les
rues d'Athènes, attaquant quiconque s'approche du groupe.
C'est la tortue du Cap Sounion. C'est une course sur le stade
d'Olympie.
Tale: changement de destination, nous sommes neuf à nous
incruster avec les 2ndes et les Tales. Chypre. Chypre c'est la
compagnie des neuf Muses. Les mythes, les légendes. C'est une
damoiselle qui attend son chevalier, des chants dans les salles d'une
tour (Une jeune fillette...). C'est Laocoon sur la plage, de nuit.
C'est le foutoir à l'hôtel. C'est Monsieur Citron.
Chypre c'est tant de délires que je ne les compte plus! C'est
sortir boire un vers avec les profs, à l'insu des ''mini des
classes inférieures''. C'est la prostitution sacrée,
les Muses champêtres, l'ode à Vénus. C'est
l'arrêt japonnais. Chypre c'était l'an dernier, et j'ai
l'impression que c'est tellement loin...
EDIT: IL EST EVIDENT QUE C'EST "SORTIR BOIRE UN VERRE AVEC LES PROFS"... VALERY M'A DETRAQUE LES NEURONES!
mardi 21 novembre 2006
A ma mie
Marie
Ma Mie
De vue
Je vous avais perdue.
Mon coeur brisé
Etait désespéré
Et maintenant
Ranplanplan
Que vais-je faire?
Prendre le ferroviaire
Je suis à Invalides
Et mon coeur avide
Se languit
De... [reprise]
"Vers" composés lors d'une de nos nombreuses escapades dans la capitale, le jours où nous avons couru après un malheureux appareil photo, où nous avons fait la connaissance de La Boétie et où nous avons découvert que les banques fermaient le samedi après-midi...
Petites chansons d'alors:
dimanche 12 novembre 2006
Divorce
Je ne ferai jamais d'anglais! Je ferai allemand-espagnol.
J'étais ferme, et ma décision était sans appel. Je ferais de l'allemand. Et c'est ce que j'ai fait. Mais la moral de cette histoire nous apprend qu'il ne faut jamais dire jamais.
L'allemand. Qu'est-ce que j'ai pu aimer ça! C'était parfois la seule matière qui me permettait d'apprécier ma semaine au collège. Une grammaire d'un logique implacable: il suffit d'appliquer bêtement les règles et ça marche, comme en mathématiques. Des phrases construites et d'une rigueur rassurante. En plus, c'est elle qui était une vraie crème. Certes, elle se faisait marcher sur les pieds, certes peu écoutaient ses cours, mais un professeur qui m'a permis d'acquérir les bases grâce auxquelles je m'en suis sortie au lycée, puis au baccalauréat.
Et il y avait aussi l'échange. Ah! L'échange... réservé
aux cinquièmes et aux troisièmes. Je l'ai fait. Les
deux fois. Il y a eu des problèmes. Les deux fois. Oh, ça
se passait toujours à merveille sur place: je m'adapte
facilement et ai horreur des complications. Alors si quelque chose
n'allait pas, je me contentais d'attendre le retour à la
maison. J'y ai vécu des expériences que je n'ai pas
vraiment appréciées: une soirée en boîte
(ma correspondante m'a proposé de rentrer au bout d'une heure
quand elle a vu à quel point je m'ennuyais) – soit dit en
passant, la boîte s'appelait la Schildkröte, la
tortue, – et une soirée dans une pizzeria où 80% des
gens présents ont fini ivres ou complètement
''shootés'' par les joints qui tournaient. Je ne savais plus
où me mettre. Quand nous sommes rentrés, j'ai suivi ma
correspondante qui ne marchait même plus droit... Mais à
part ces quelques incidents, rien de bien grave. Non, le problème
c'est quand elles sont venues. La première n'a pas
ouvert la bouche de tout son séjour: ni bonjour, ni merci, ni
merde! Et la deuxième ne pensait qu'à sortir au
skatepark, endroit où ce retrouvaient tous ceux de mon
âge et que j'avais (et que j'ai toujours du reste) en horreur.
Quand je lui ai dit que non je ne pouvais pas l'accompagner, que
j'avais des devoirs, elle m'a fait fait la tête! Non mais je
vous jure... Et le pire de tout ça, c'est qu'elle a réussi
à me faire complexer: pourquoi suis-je si différente?
Je n'aime pas sortir, je n'aime pas boire, je refuse catégoriquement
de fumer... (Autant vous dire que je refuse encore et toujours de
fumer!). Bref, deux ratages qui ne me firent pas perdre espoir.
J'entrai sereinement au lycée.
Seconde: « Il reste des places pour partir à Heidelberg dans le cadre d'un échange, ça vous intéresse? » Évidemment, je saute sur l'occasion. Magnifique voyage, une correspondante fort sympathique avec laquelle j'ai parlé comme je ne l'avais fait en quatre ans. Petit bémol: je me découvre une allergie au tabac en attrapant une laryngite après avoir suivi ma correspondante dans un café trop enfumé. 39° de fièvre m'ont fait manquer la visite du château. Cinq mois plus tard, on m'annonce qu'elle refuse de venir en France. Comme une abrutie, je prends la décision d'accueillir une autre correspondante. Celle-ci chope un rhume et veut rentrer chez elle. Je lui cède ma chambre. Elle veut changer de famille. C'est chose faite. Je n'aurai plus de correspondante avant au moins cinquante ans!
Tous ces échecs successifs m'ont complètement
découragée. Après cela, je n'ai plus eu aucune
motivation en cours. J'ai arrêté du jour au lendemain de
fournir des efforts. Je n'ai plus travaillé que sur mes bases.
Mon vocabulaire s'est évaporé peu à peu. Ma
moyenne a baissé, mais je n'en avais cure. Je donnais tout à
l'anglais! Je ne rêvais plus que d'une chose: arrêter
l'allemand. Et c'est chose faite.
Cependant, j'ai eu un pincement au coeur quand, à l'épreuve
de LV1 au bac, j'ai levé la main en même temps que le
troupeau des anglicistes. Si je n'avais pas échangé mes
langues au bac, j'aurais pu lever la main fièrement avec les
deux autres élèves d'allemand LV1. Au lieu de ça,
j'ai renié ma promesse faite en CM2 et j'ai fait comme tout le
monde... Ma fierté en a pris un coup, mais je ne regrette pas encore mon choix.
jeudi 26 octobre 2006
Voyage onirique...
La Toussaint, il y a quatre ans. Je pars en pèlerinage avec mes grands-parents et ma cousine, les mêmes avec lesquels je partais à Rome quatre auparavant. Nous partons en train couchette de Paris et arrivons à Milan. Puis Bergame, puis Padoue, et enfin Venise en car. Pèlerinage sur les traces du Pape Jean XXIII organisé par le prêtre vénitien de la paroisse Notre-Dame. Qui est ce Pape? Aucune idée... Des étapes, je n'ai que peu de souvenirs. Par contre, s'il me reste une chose de ce voyage, c'est l'envie d'y retourner... à Venise.
Nous sommes hébergés dans un couvent, où les bonnes soeurs ne parlent qu'italien. Le prêtre joue l'interprète puis nous laisse; il dort chez lui. Quelle chance il a: avoir une maison dans la ville d'eau, le rêve! Découverte des chambres. quatre lit, deux lavabos dans la chambre et un coin douche-WC-bidet qui fait en gros un mètre sur trois (sans plaisanter!).
Une messe tous les jours, dans une église différente. Le tourisme que nous pratiquons, je vous le promets, est des plus atypiques. Après la messe, une visite guidée de ladite église. Et devinez qui est la guide? Le père Silvano évidemment! Et il s'y connaît en histoire de l'art; ses explications sont passionnantes.
L'après-midi, visite libre. Alors nous suivons nos grands-parents dans les étroites ruelles, les lieux communs où les touristes se bousculent, les vaporetti, les musées, les petits restaurants qui poussent par centaines le long des canaux et sur les places. Nous dévorons des yeux les palais vénitiens aux chaudes couleurs, le charme des petits ponts tordus, des placettes englouties par les bâtisses immenses. Saint Georges, La Salute, San Marco... Nous avons même droit à la messe de la Toussaint dans San Marco! Je me souviens, c'était en italien et j'ai préféré observer les dallages magnifiques qui se trouvaient à mes pieds que d'écouter.
Une excursion à Burano, petite île de pêcheurs aux maisons multicolores: splendide! magnifique! merveilleux! beau... en soi et pour soi (!). Puis une excursion à Murano, la très célèbre île des verriers de Venise. Toutes ces couleurs scintillant dans les vitrines. Cela donne un air précieux à l'endroit. On n'ose toucher, on dévore du regard.
Beaucoup plus de choses restent encore en ma mémoire, mais je ne sais dans quel sens les prendre... L'envie qui me prends de vouloir me perdre dans ce dédale. De m'y aventurer sans carte, de marcher pendant des heures sans but précis avant de m'effondrer sur une chaise de la terrasse d'un café. Mais mes grands-parents ne me laisse même pas descendre dans la rue pour poster une carte postale en compagnie de ma cousine. - Les ronflements des grands-parents la nuit. Je siffle. Je réveille ma cousine. Nous rions en silence. - Nous ne ferons pas de promenade en gondole. Pourquoi? question d'argent... c'est trop cher.- Les pâtes. A tous les repas. On s'en lasse? Certainement pas! Comment peut-on se lasser des pasta? Impossible! - Un palais qui me fait rêver. J'ai oublié son nom. Nous restons devant; je le croque. Rez-de-chaussée pour les marchandises, premier étage: l'étage noble, les étages suivants pour les domestiques. Une façade rouge orangé, des bords de fenêtre blancs. Qu'a-t-il de plus que les autres? Je ne sais. Un petit quelque chose...
Voilà quatre ans que nous sommes revenus, par un jour de pluie, je m'en souviens. Voilà quatre que je rêve d'y remettre les pieds et de m'y perdre, pour de vrai.
