Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

26 octobre 2012

Opéra

Du premier balcon, la vue est bonne. Par contre, le siège trop étroit et les genoux dans le fauteuil de devant garantissent un inconfort que seule l'entracte saura dissiper, quand, boitillant, nous descendrons dans le hall avec Manon pour étancher notre soif avec le soda le plus cher de la planète. Mais après tout, ils peuvent se le permettre : c'est le Théâtre des Champs Élysées, la classe internationale !

theatre-des-champs-elysees

Le rideau se lève. Le décors est jaune et sans grand intérêt. Voilà qui a un air de contemporanéité déjà vue, mais qu'importe. La musique s'est élevée. Et Charpentier, j'aime. L'ouverture qui chante la gloire de Louis et la Victoire donne le ton : mise en scène déplorable mais musique géniale. Les interprètes sont bons, excellents même pour certains, le chœur me donne des frissons. Par contre, on ne comprend pas grand chose aux déplacements : tout semble complètement désorganisé, rien ne paraît naturel. Et les costumes, quand ils ne sont pas d'une banalité affligeante, piquent les yeux.

Médée 02

Fort heureusement, rapidement, on fait abstraction, et on se laisse emporter dans l'univers de Médée. Jason est un crétin fini (et le seul chanteur pas terrible du lot), qui a osé abandonner la terrible Médée pour la belle Créuse. Si cette dernière a un rôle de quasi-potiche (elle ne fait pas grand chose à part séduire Jason, lui dire qu'elle l'aime, et mourir), son interprète a une voix sublime.

J'ai eu droit, en live, à mon passage préféré : « Courrez au Champ de Mars, volez, volez, jeune héros ! », et grâce au surtitrage, je connais enfin les véritables paroles.

Après l'entracte, nous n'avons pas vu la seconde partie passer. Beaucoup plus vivante et terrible, elle nous fait entrer dans le cœur du sujet. Médée craque, elle s'abandonne à la folie et confronte un a un tous les personnages. Son « duel » avec le roi est jouissif :

CREON
Quelle audace vous porte à me parler ainsi?
Vous, l'objet malheureux de tant de justes haines,
Ignorez-vous que je commande ici,
Et que mes volontés y seront souveraines,
C'est à moi seul de les régler.

MÉDÉE
Créon, sur ton pouvoir cesse de t'aveugler,
Tu prends une trompeuse idée
De te croire en état de me faire la loi.
Quand tu te vantes d'être Roi,
Souviens-toi que je suis Médée.

CREON
Cet orgueil peut-il s'égaler?

MÉDÉE
Sur l'Hymen de ta fille il m'a plu de parler,
En vain mon audace t'étonne,
Plus puissante que toi dans tes propres États,
C'est moi qui le veux, qui l'ordonne,
Tremble si tu n'obéis pas.

Elle va même jusqu'à le défier : « Sois roi si tu peux l'être ». Quand, un peu plus tard, Créuse se plaint qu'elle ne peut lui obéir, parce que «  d'un père et d'un Roi le Ciel m'a fait dépendre », Médée lui répond simplement : « j'ai parlé, c'est assez ». Mais le mieux reste à venir : sa confrontation avec Jason, dernière scène de l'opéra, fait d'elle un monstre peut-être, mais une femme d'une puissance terrifiante assurément. Jason, prêt à la suivre jusqu'en Enfer, pleure la mort de celle qu'il aime et de ses enfants, et jure de se venger. Mais elle n'ira pas en Enfer, au contraire. Sur un dragon (affirme le livret), elle s'élève dans les cieux.

Médée 05

En fin de compte, Charpentier, c'est magique.

***
Revue de presse :

" On regrette seulement que par effet de mode cette vision Médéenne soit réduite à une simple exposition contemporaine. " (Artistik rezo)

" La scénographie du plasticien allemand fort en vogue Jonathan Meese, qui « prône la dictature de l’art et pourfend le reste » (sic) faite de néons, de fenêtres et de croix métalliques, et de cercueils renversés, le tout mu par solistes et choristes, est à la fois simple, basique et laide. " (Classique aujourd'hui)

" Les chanteurs semblaient un peu perdus sur ce vaste plateau, dans des déplacements à l’allure parfois hasardeuse. " (Le blog baroque)

Pour les points positifs, il faut lire les articles en entier. Je me suis contentée des citations qui expriment peut-être plus "professionnellement" les critiques que j'ai essayé d'émettre.

Posté par incitatus à 10:54 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Opéra

    Ça bouge dans tous les sens, ça cause ampoulé, et on a mal aux genoux. Merci de confirmer ce que j'ai toujours pensé de l'opéra

    Posté par delest, 30 octobre 2012 à 07:19 | Répondre
    • Mais non, mais c'est quand même chouette l'opéra !

      Posté par incitatus, 13 novembre 2012 à 14:09 | Répondre
  • Tu crois ? Je trouve que je suis plutôt modéré, en fait.
    Car le pire je n'en même pas parlé, hein. A savoir ces grosses dames, sur l'estrade, en décolleté pigeonnant, (soyons honnête, il y a aussi des messieurs du même tonneau) qui beuglent tout ce qu'elles savent, et pendant des heures, en plus.
    Dans l'unique but d'empêcher l'innocent spectateur, accablé par le sort et les conférences de presse présidentielles, de piquer le petit roupillon réparateur qu'il n'a pourtant volé à personne, nom de nom !

    Posté par delest, 14 novembre 2012 à 21:04 | Répondre
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