Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

17 août 2012

Les Contes de l'ère du Cobra

Les contes de l'ère du Cobra - 1, Les amants

Titre : Les Contes de lère du Cobra, tome 1 "Les amants" (twoshots)

Auteur : Enrique Fernandez

Editeur : Glénat (2012)

La première chose qui m'a séduite, ce sont les couleurs. Il suffit de regarder la couverture : un feu d'artifice. Un dessinateur qui n'a pas froid aux yeux et utilise toute sa palette dans une débauche de coloris chauds et envoûtants.

Ensuite, le titre : il s'agit de contes. L'illustration aidant, on n'a aucun mal à imaginer un conte sis dans l'univers des Mille et une nuits. Et en effet, l'histoire se passe dans cet Orient fantasmé par les Occidentaux, tout en ombre et lumière.

C'est un conteur qui parle. Il raconte l'histoire de Sian et Irvi. Leur amour contrarié, leur douleur qui devient folie et leur fait perdre leur âme, la rédemption et le chemin vers l'apaisement. Entre temps, nous rencontrons le tyran Cobra, le nain révolutionnaire Maluuk... Le narrateur change régulièrement de voix, nous offrant le luxe de récits enchâssés.

En somme, cette bande dessinée est exquise, tant pour le récit que le graphisme !

En bonus: la première page.

Les contes de lère du Cobra - page 1

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16 août 2012

Thermae Romae III

Thermae Romae - 3

Si la répétition peut devenir lassante, ce troisième opus thermal présente un épisode qui réveille l'intérêt somnolant du lecteur.

Notre ami architecte Lucius, comme à son habitude, choit dans l'eau – ici dans un vivier de rougets, chez un affranchi parvenu qui n'a pas été sans me rappeler le fameux banquet du Satiricon. Il ressort de l'eau près de deux mille ans plus tard, dans un bassin de carpes décoratives en restauration, au cœur du Japon.

D'ordinaire, ce cher concepteur de bains se contente de sortir à un moment incongru dans des bains de toutes sortes au Japon, d'en tirer une idée géniale qui résout son problème à Rome au Ier siècle, et de retourner chez lui suite à un second bain.

Ici, il débarque alors qu'il est en conflit avec son employeur : le richissime parvenu veut des thermes en or, et lui, en esthète qui se respecte, préfère de loin la sobre élégance du marbre et des mosaïques. Une fois sorti du bassin japonais, il rencontre un architecte, chargé de la restauration des bains auxquels appartient le bassin de carpes. Et le propriétaire, un riche parvenu également, veut des thermes « à la romaine » qui n'ont rien de romain. Le pauvre architecte se désole pour la beauté de l'art et regarde d'un air désespéré la baignoire en or massif qu'a commandée le fameux propriétaire. Parallèles, parallèles, donc.

Pour une fois, le problème de Lucius n'est pas le seul. Pour une fois, c'est donnant-donnant, créant ainsi un soupçon de début de paradoxe temporel (absolument absent des autres chapitres). Pour une fois, il y a un véritable échange, malgré la barrière du langage, entre les deux mondes. Pour une fois, on se rend compte que Lucius a du talent, même sans l'aide d'une autre civilisation.

Du coup, ça donne de l'espoir pour la suite : l'idée n'est pas totalement épuisée, l'auteur semble avoir encore de la ressource.

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Sept détectives

Sept détectives

Titre Sept détectives (oneshot)

Scénario : Herik Hanna
Dessin et couleurs : Eric Canette

Editeur : Delcourt (2012)

Sept détectives de renom réunis à Londres par un inspecteur de Scotland Yard pour élucider une affaire de meurtres dans une atmosphère plutôt glauque.

Si en ouvrant la bande dessinée je m'attendais à voir sept détectives rendus célèbres par la littérature, j'ai été grandement désappointée. Aucun nom n'a eu l'heur de me rappeler un quelconque personnage. Mais au fur et à mesure de l'histoire, j'ai commencé à avoir des suspicions.

Nathan Else, londonien émacié fumeur de pipe, dont le grand ennemi n'est autre qu'un médecin nommé Mortime, qui a failli mourir au cours d'une lutte sans merci en Suisse aux abords d'une chute d'eau. Sans compter son ami, ici présent, le docteur Eaton.

Ernest Patisson, détective suisse à la moustache imposante, qui aime discuter et vit à Londres depuis peu. Courge ou liliacée, quelle différence ? Qu'on soit suisse ou belge, il y a peu pour un anglais qui vous prendra de toute manière pour français. Patisson, Poirot...

Adélaïde Crumble, la vieille fille du nord de l'Angleterre, a un petit côté Miss Marple. (Elle n'est pas si vieille, mais sans doute s'agit-il de licence artistique : il faut bien qu'il y ait le cota de jeune fille appétissante dans une bande dessinée commerciale – et la série des 7 est un peu commerciale malgré tout.)

Et je passe sur le flic d'outre-Atlantique (j'ai cru lire qu'il serait un parfait Marlowe, mais ma culture en littérature policière est trop limitée pour que je puisse le confirmer), l'inspecteur français et l'ancien flic renié par les services de police suite à un échec cuisant au cours de sa carrière.

Somme toute, les personnages et leurs relations sont assez savoureux. Vous devinez qu'avec tant de cerveaux et d'égos réunis autour d'un même mystère l'enquête ne va pas se passer sans heurts. Et si le graphisme est très réussi – décors superbes, personnages inquiétants, couleurs sombres – l'enquête en elle-même m'a déçue. Sans doute la difficulté affirmée est-elle peu crédible quand on sait l'excellence des protagonistes. Cette histoire m'a rappelé une enquête que j'avais lue, qui se déroulait au cours d'une murder party.

Somme toute, une histoire intéressante dans un univers inquiétant, à lire pour les portraits des détectives plus que pour l'enquête.

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03 août 2012

Brave

Brave n'est définitivement pas un film à voir en français (et pourtant, les dessins animés, en général, ça ne me pose pas de problème). Pour commencer, Rebelle, c'est une traduction ratée. Parce que Brave, ça n'a quand même pas la même connotation un peu ado-ironico-mèche-dans-les-yeux. Et surtout, l'accent écossais si savoureux est à mon humble avis inimitable. Bien sûr, je ne sais pas ce qu'ils en ont fait en français, mais tout de même.

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Une histoire de princesse sans prince charmant, sans chanson niaise, dont le plus grand méchant n'est autre que le péché d'orgueil. Pas de château aseptisé ni d'oiseaux qui chantent, et, comme je l'ai lu dans une critique, la couleur rose est aux abonnés absents. On est loin, malgré tout ce que j'ai pu lire dans les commentaires de commentateurs frustrés, du conte disneyen traditionnel. Évidemment qu'on retrouve certains codes, mais j'y ai davantage trouvé de la légende et du mythe que du conte.

Couleurs froides et sombres de splendides paysages sauvages des Highlands pour faire mieux ressortir la chevelure ahurissante de Merida (roulez le R s'il-vous-plaît), archer hors pair (Robin des Bois aussi est roux). Dans un château immense et immensément vide, guerriers crades et laids, sympathiques et ripailleurs, s'en donnent à coeur joie pour prouver qu'ils sont des brutes. On est loin des courtisans tout beaux de la Belle au Bois dormant et du village propret de Raiponce.

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Certains ingrédients ont un goût de déjà vu, mais on l'oublie assez rapidement devant la réussite époustoufflante de l'ours anthropomorphe. Cette ourse fait rire, pleurer, frissoner... Sans compter que l'on a droit un duel magnifique qui n'a rien à envier à celui de Baloo. Je n'en peux dire plus sans en dire trop, aussi je me contenterai de préciser : n'ayez crainte, notre princesse n'est pas l'amie des ours comme l'était Blanche-Neige avec les lapins et les faons. Point d'histoire d'apprivoisement ou d'amitié improbable.

En résumé, un film à voir pour sa beauté graphique, ses légers écarts quant à la loi du genre. Un très beau mythe "celtique", servi qui plus est par une bande-originale originale (pour un tel film).

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