Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

08 janvier 2012

pudor, oris : la honte

Le ciel ce matin s'assortit parfaitement à mon humeur, ou même, à mon état d'esprit : gris, monotone, froid, triste à mourir.

Il y a des moments où l'on nous dit de grandir, et ceux, bien pires, où l'on se rend compte par soi-même qu'il faut avancer. Bien sûr, il y a des choses qui évoluent sans douleur, presque imperceptiblement. Mais pour le reste, c'est au gré de désaccords croissants, de petites phrases piquantes et douloureuses comme « ce n'est plus de ton âge », que l'on apprend qu'il faut changer.

Le changement est terrifiant. Absolument et incontestablement paralysant. Il y a des jours où, sans doute, je le cherche avec avidité, et surtout quand je ne sais pas sur quel pied danser ou que je me retrouve sur des charbons ardents ; alors tout mouvement est le bienvenu. Mais quand on est bien au chaud dans un duvet, pourquoi en sortir ?

Sans compter que tout ne nécessite pas de changement. Des choses, qui relèvent des affaires intérieures, comme nos choix de livres ou de films, dépendent entièrement de nos choix et préférences. Il y a des adultes qui pratiquent encore des jeux de rôles et que d'hypocrites joueurs de poker ou autres « jeux de grands » vont regarder de travers ; il y a des adultes qui regardent encore des dessins animés, se protégeant du bouclier de la nostalgie et du souvenir. Personnellement, je ne me protège pas : pourquoi ? À quoi bon ? On peut bien lire et regarder ce qu'on veut.

Aussi, quand on m'a dit que je devrais grandir et lire des choses plus évoluées que Harry Potter, je me suis sentie blessée. Passe encore que ce soit un voisin de classe : c'était plus pour me charrier, et il a trente ans passés, il doit se sentir vieux. Mais ma propre mère. Elle n'a réussi qu'à me rendre honteuse de mes lectures. Parce que me dire d'arrêter ne me fera pas arrêter. Seulement désormais je ne pourrai plus lire dans le métro ou dans les couloirs de la fac sans penser à l'opinion des autres. Si même ma mère juge mes lectures, je ne sais plus où me réfugier.

Désormais j'ai peur et honte et mal, et si le ciel se met à pleuvoir, je risque de l'imiter.

Posté par incitatus à 10:17 - Commentaires [17] - Permalien [#]
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