Vous en parlerez à votre cheval...

Des anecdotes plus ou moins inintéressantes sur la vie d'une tortue folle de grammaire et de langues anciennes et à l'esprit tordu. Blog créé juste parce que l'envie m'en démangeait.

15 décembre 2011

Sophocle, c'est Rock !

Profitant d'une invitation impromptue au théâtre, j'ai eu le plaisir de voir, en compagnie de ma chère Cécile, Antigone de Sophocle. Au début, j'ai un peu traîné les pieds : c'était à Nanterre, donc loin et pas pratique d'accès, ça commençait à 21h, donc finissait tard, et j'ai encore plein de projets à rendre. Et puis, finalement, je me suis un peu forcé la main, Cécile a été patiente et conciliante - une véritable déesse de la patience pour le coup - et j'ai pu oublier ma journée toute pourrie en assistant à une pièce de Sophocle.

D'ordinaire, je ne suis pas une fanatique des tragiques antiques. Je les trouve lourds et complètement déprimants. Mais en fait, je pense que ce qui est lourd dans la tragédie antique, c'est d'un, la traduction, de deux, la mise en scène. Or cette mise en scène, fort décriée d'après ce que j'ai pu voir sur les quelques fragments d'articles que j'ai lu, était plutôt pas mal. Le seul gros hic, c'était les acteurs. Diction trop hachée, un manque de naturel à faire hurler. C'était assez crispant. Antigone emporte la palme, je pense, et c'est bien dommage, pour une héroïne éponyme !

antigone

Pour le reste, je retiendrai deux points vraiment bons. Le premier, c'était l'adaptation rock mystique du chœur. Pourtant, je ne suis pas fan de rock, loin s'en faut, et j'ai une tendance assez impulsive à me boucher les oreilles quand le son devient trop fort. Mais hier, j'ai laissé ce privilège à la grand-mère assise devant moi. De mon côté, j'ai observé d'un œil d'abord incrédule et presque amusé puis d'un regard conquis cette mise en musique, en scène et en paroles du chœur antique. Le chœur, trace de la filiation du théâtre au culte de Dionysos, est trop souvent occulté, minoré ou – plus grave – massacré (c'est du moins l'impression que j'ai eu dans les quelques représentations que j'ai vues au cours de ma courte vie). Ici, il retrouve sa place de narrateur, il chante les émotions avec ses tripes pour les faire ressortir en pleine lumière. Seul hic : Bertrand Cantat, qui devait tenir ce rôle, souffrait d'une extinction de voix. Nous avons donc eu droit au play back.

Et le deuxième point, sans doute le meilleur, et de loin : la traduction. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu l'impression que le texte de Sophocle était beau. Pourtant, à traduire c'est un cauchemar, et la beauté des textes de Sophocle n'était pour moi que théorique – c'est un classique, donc c'est forcément beau. Et là, même dit par de mauvais acteurs, la beauté des mots frappait. Un texte poétique, puissant, profond et extrêmement moderne dans beaucoup de ses propos. Un pièce qui fait réfléchir sur la loi, le pouvoir et l'orgueil (ὕϐρις, mon amie) avec une force mélodique indéniable.

En fin de compte, je suis sincèrement ravie d'avoir eu l'occasion de voir cette pièce. Je vous laisse donc avec Dionysos, une des chansons présentes dans la pièce (et donc sur le dernier album de Bertrand Cantat, si j'ai tout compris).

Antigone de Sophocle, mise en scène de Wajdi Mouawa, traduction de Robert Davreu.

Posté par incitatus à 21:19 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Sophocle, c'est Rock !

  • Ah ouep. Sophocle, c'est le type qui a dit : "le silence donne aux femmes une grâce qui leur sied".

    Rien à ajouter, la sagesse a parlé

    Posté par delest, 17 décembre 2011 à 14:58 | Répondre
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