mardi 13 octobre 2009
Paradoxes
Dans la maison, il commence à faire froid; il va bientôt falloir rallumer le feu dans la cheminée et les radiateurs dans les chambres. Dehors, les odeurs d'humus et de feu de bois se sont levées, annonçant l'hiver. Le matin, il fait nuit, même si dans les tripes de Paris, il n'a jamais fait jour. Je suis fatiguée, mais je déborde d'énergie: moi-même je ne comprends pas.
Dans ma chambre fraîchement rangée, je me sens chez moi plus que jamais. Coussins et plantes à foison. Livres partout, je ne sais plus où les ranger. Ici, une paire de boucles d'oreilles égarée, là un bout de cours de mathématiques. Les feuilles mortes et paires de chaussettes qui jonchaient le sol ont disparu. Et l'amandier turquoise de Van Gogh me séduit toujours autant. Pourtant, je regarde de plus en plus souvent les sites de petites annonces. J'attends toujours une réponse de la BPI. Je sais que les espoirs sont presque nuls. Mais qu'importe, le délai n'est pas passé.
Pour l'instant, la plupart de mes cours m'enthousiasme – théorie des graphes, logique des prédicats, programmation fonctionnelle – même si je suis quelquefois complètement larguée (mais qu'est-ce que peut bien signifier 20! ? Qu'est-ce que peut bien être cette histoire de combinatoire?). Alors je m'accroche. Et pour la première fois depuis cinq ou six ans, j'ai l'impression que mes neurones sont connectés. Je sors d'un cours où l'on a parlé de problèmes passionnants - si si, c'est vrai (« Un homme devait faire traverser un loup, une chèvre et un très gros chou dans un bateau. Le bateau était tellement petit, qu'il ne pouvait embarquer qu'un des trois et lui-même pour chaque traversée. Comment peut-il faire pour les faire traverser tous les trois sans laisser l'occasion au loup de manger la chèvre ou à la chèvre de manger le chou ? ») - et j'ai le cerveau fatigué. Mais je me sens bien, apaisée, comme si le fait d'avoir réfléchi à un problème qui a une seule et vraie solution avait réveillé des connexions neuronales que j'avais oubliées depuis longtemps.
De
plus, comme je n'ai plus de littérature du
tout,
je peux lire ce que bon me semble. Certes, la lecture assidue du
cours de linguistique de Saussure ou des problèmes de Benveniste me
serait plus salutaire. Mais pour l'instant, mes envies sont plus
directes, abruptes: je veux du suspens, de l'aventure, de l'action.
Si possible dans un contexte historique, avec des personnages
classes. Et je viens de finir, haletante, La
Marque de Windfield,
qualifié de « thriller victorien » par les critiques.
J'ai tout simplement adoré. Et si je n'ai pas pleuré, c'est parce que j'étais dans le train.
J'aimerais en dire plus, mais je n'ai pas vraiment le temps: j'ai encore un TP à préparer pour demain...
Commentaires
"Dans la maison, il commence à faire froid; il va bientôt falloir rallumer le feu dans la cheminée et les radiateurs dans les chambres. Dehors, les odeurs d'humus et de feu de bois se sont levées, annonçant l'hiver. Le matin, il fait nuit, même si dans les tripes de Paris, il n'a jamais fait jour. Je suis fatiguée, mais je déborde d'énergie: moi-même je ne comprends pas.
Dans ma chambre fraîchement rangée, je me sens chez moi plus que jamais. Coussins et plantes à foison. Livres partout, je ne sais plus où les ranger. Ici, une paire de boucles d'oreilles égarée, là un bout de cours de mathématiques. Les feuilles mortes et paires de chaussettes qui jonchaient le sol ont disparu. Et l'amandier turquoise de Van Gogh me séduit toujours autant."
C'est ce genre d'atmosphère que j'aime, et que je me plais à reconstruire, à Lyon. L'automne a des vertus apaisantes, on dirait.
>> Bamboo
Je suis tout à fait d'accord, l'automne a quelque chose de follement apaisant. Peut-être parce que le froid nous engourdit? De mon côté, il y a aussi la lumière de la Seine, tous les matins, qui participe à l'équilibre :-)
La chèvre, le loup et le chou : j'adore ce problème ! On fait d'abord traverser la chèvre, puis on embarque le chou et on remet la chèvre sur le premier rivage, où l'on prend le loup que l'on dépose avec le chou. On finit par récupérer la chèvre - en espérant qu'on ne le soit pas devenu ^^
C'est amusant : tu n'as plus aucun cours de littérature ; je n'ai plus que cela (va falloir que je réapprenne à lire vite et beaucoup).
Oui, la lumière de la Seine! Ici, c'est le Rhône et la Saône - les villes de fleuves ont quelque chose en plus, je crois. Et le ciel reste toujours très bleu, alors je jubile.
Que fais-tu comme formation ?
Sinon, tout à fait d'accord pour la sensation apaisante que procurent les "un problème, une solution" (même si en bio, plus on avance et plus les solutions deviennent négociables).
Elisabeth.
>>>>
>> Mimy: non, plus de littérature, et ce pour mon plus grand bonheur! Du coup, je lis ce que j'ai envie, quand j'ai envie ^^ (autrement dit, rien que de la "paralittérature" comme les profs de lettres aiment à appeler la bande dessinée et les romans policiers...)
>> Bamboo: deux fleuves! Quel luxe! Je suis tout à fait d'accord, les villes de fleuve ont quelque chose de magique. A Paris, le ciel n'est pas toujours bleu, mais les nuages découpés dans l'or du soleil vespéral, c'est incomparable... Et quand il fait moche, la Seine est superbe: ça compense ^^
>> Elisabeth: je suis en Langue française et techniques informatiques, et j'ai validé presque toute la langue française avec mes équivalences. Autrement dit, je ne fais plus que de l'informatique, de la logique et autres choses du même acabit. (Et je suis désolée, mais je n'ai jamais aimé la bio -_-' je lui préfère cent fois la physique!)
Bises,
inci
