dimanche 13 avril 2008
Mort sanglante
"(...)
Ecce alia monstra: celsa qua Tenedos mare
dorso repleuit, tumida consurgunt freta
undaque resultat scissa tranquillo minor,
qualis silenti nocte remorum sonus
longe refertur, cum premunt classes mare
pulsumque marmor abiete imposita gemit.
Respicimus: angues orbibus geminis ferunt
ad saxa fluctus, tumida quorum pectora
rates ut altae lateribus spumas agunt.
Dat cauda sonitum, liberae ponto iubae
consentiunt luminibus, fulmineum iubar
incendit aequor sibilisque undae tremunt.
Stupuere mentes. Infulis stabant sacri
Phrygioque cultu gemina nati pignora
Lauconte. Quos repente tergoribus ligant
angues corusci. Paruulas illi manus
ad ora referunt, neuter auxilio sibi,
uterque fratri; transtulit pietas uices
morsque ipsa miseros mutuo perdit metu.
Accumulat ecce liberum funus parens,
infirmus auxiliator. Inuadunt uirum
iam morte pasti membraque ad terram trahunt.
Iacet sacerdos inter aras uictima
terramque plangit. Sic profanatis sacris
peritura Troia perdidit primum deos. (...)"
(Pétrone, Satiricon, LXXXIX)
Après deux heures passées à la traduction de Lucrèce avec commentaire grammatical et à des exercices de thème sur le système hypothétique, me voilà partie à la bibliothèque. J'ai une préparation à faire pour dans l'après-midi, et du pain sur la planche.
Des vers. Plus de soixante vers. J'ai
trois heures. Vaillamment, je m'attaque à Pétrone, et à
son récit de la prise de Troie. Au début, je me dis que
ça va aller, puis au fur et à mesure de ma progression
je me dis que non. Je rame. Les mots sont tous ambigus et les phrases
alambiquées. C'est maniéré, précieux,
presque trop rococo.
Le cheval, la traîtrise de
Sinon. Bon. D'accord. Laocoon arrive. Je dresse l'oreille. J'ai
parfois l'impression de traduire du Virgile en concentré. Il
n'y a pas de doute, l'arrivée des angues orbibus geminis
nous prépare à la mort du Neptuno sacer.
Et je souris, repensant à cette soirée, sur la plage de
Chypre, où nous avions fait une reconstitution de cet épisode
fameux. Et je jubile en repensant au texte de Virgile, si beau!
Dans la journée, j'ai donc passé cinq heures sur ce bout de poème: trois en préparation (que je n'ai d'ailleurs pas terminée, parce que soixante vers, c'est beaucoup) et deux en cours. Ma foi, des journées comme celle-là, pourquoi pas?
Commentaires
Virgilienne
Mais si, je sais que j'ai de la chance! C'est juste qu'au bout de cinq heures, la tendance est à la saturation... Et encore, heureusement que ce n'était pas du Cicéron ou pire, du Tacite ;)
Oui, je suis virgilienne à tendance ovidienne ^^
Mon ex-prof de latin (non, non, ne sois pas impressionnée: je n'en ai fait que pendant une année, et je pense qu'elle en a bien bavé, je ne peux pas apprendre par coeur, par exemple, les déclinaisons. Elle m'a dit "fais comme pour les numéros de tél", elle est effrayée quand je lui dis que même les numéros, je les apprends sous forme d'équations...) disait que le thème/version en latin pratiqué pendant des années est équivalent à une formation aux mathématiques pures. En terme de logique, de rigueur, de raisonnement etc. En tout cas, je suis admirative face à ta passion, enfin ton autre passion avec la photo je suppose.
Latin ou photo?
La photographie est un simple passe-temps, quelque chose qui me prend comme ça et à laquelle je ne réfléchis pas. Le latin quant à lui, risque de faire partie de ma vie tout entière... avec le grec. En tout cas, c'est ce que j'espère. Et ta prof avait bien raison; d'ailleurs c'est ce qui me plaît dans mes études, cette rigueur et cette logique implacables. Là où beaucoup préfèrent la littérature et la façon de penser des anciens, j'aime simplement l'exercice de traduction, dans un sens ou dans l'autre, essayer de "penser" latin ou grec.
Ceci dit, a cuisine aussi requiert une certaine logique, non? (Un autre de mes passe-temps du reste ^^)










Des journées latin, tu n'imagines pas la chance que tu as (et il n'y a absolument aucune point d'ironie là dedans !) Mais c'est vrai que 60 vers, il faut digérer...
Tu es definitely virgilienne ?